Guizot-Lieven

Correspondance croisée entre François Guizot et Dorothée de Benckendorff, princesse de Lieven : 1836-1857


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Mot(s)-clef(s) recherché(s) : Académies

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Auteur : Guizot, François (1787-1874)
296 Du Val-Richer, Mercredi 25 oct. 1839
7 heures

Ma journée a été prise hier par M. Hèbert, qui me reste encore aujourd’hui. C’est un homme de quelque importance dans la Chambre. Il a du sens, du courage et de la parole. Il m’a toujours été très fidèle. Mais c'est une terrible chose qu’un brouillard qui rend la promenade impossible, et la conversation permanente. Je ne connais plus que vous au monde avec qui en fait de présence et de conversation, je n’arrive jamais au bout de mon plaisir. Mon hôte ne sait rien. Il vit depuis deux mois à la campagne, en vacances. Sa disposition me paraît être celle des gens sensés du centre, le mécontentement expectant, peu de confiance et peu d’ambition.
Vous verrez que D. Carlos, pour avoir ses passeports, sera obligé de prier sérieusement Cabrera et le comte d’Espagne d'en finir, & qu’ils ne lui obéiront pas. Raison de plus pour ne pas les lui donner de sitôt ; il faut qu’il ait autant d'envie que la reine Christine de voir cesser la guerre civile, et qu’il emploie ce qu’il a d'influence pour nous comme il l'a employée contre nous. Bourges doit être bien ennuyeux, pas plus pourtant qu’Elisando, je pense. Je ne suppose pas que les visiteurs Carlistes suffisent pour charmer le séjour. Quel puérile parti !
Il me paraît que Berryer poursuit sa candidature à l’Académie française car on m'en écrit de nouveau. Parlerait-il du Roi comme il convient dans son discours de réception ? Demandez-le lui tout simplement si vous le voyez. Remarquez-vous, de votre côté un léger, bien léger mouvement pour nous adoucir un peu dans notre refus de faire comme l’Angleterre.
Plus j'y pense, et plus je répète, pour la politique ce que Mirabeau disait pour la morale : " la petite tue la grande. " Et je le répète contre tout le monde.
Pour rien au monde, je ne voudrais épouser la Reine d’Angleterre. Vous n'aviez pas bonne opinion de l'avenir conjugal de la Princesse Charlotte. Je parierais bien plus contre cet avenir-ci. Je ne sais pourquoi, car au fait je n'en sais rien. Mais j’ai cette impression. Peu importe du reste au résultat. Le Prince de Cobourg ne l'en poursuivra pas moins, et ne s'en félicitera pas moins, s’il l'obtient. Puis le temps s’écoulera ; les mécomptes viendront les ennuis, les colères, les regrets peut-être. C'est le train de la vie. Bien peu y échappent, même de ceux qui le prévoient.

9 heures et demie
Je m’attendais, en effet au dénouement de Félix. Vous faites bien de le garder. Moi aussi, j’attends le beau mois de Novembre. Adieu. Adieu. Je vous quitte bien brusquement. Mon hôte entre dans mon Cabinet. Si c'était vous !
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Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
314 Paris Mardi 12 Novembre 1839 Midi

Voici donc ma dernière lettre, si c’est ma dernière lettre ! (vous voyez comme je crois difficilement au bonheur.) Je me sens fatiguée ce matin à faire des copies pour vous. Je me sens fatiguée à mille choses de désagréables. Il me semble difficile que les choses désagréables, aient la moindre chance de m’atteindre jeudi.
Le duc de Bordeaux n’a pas été reçu par le Pape. La Duchesse de Berry est allé voir le Saint Père pour solliciter une audience pour son fils. Il l'a absolument refusé parce que le passeport du jeune prince ne portait pas le visa du nonce à Vienne. La cour d'Autriche et la cour de Gorrie sont également fâchée de ceci. J'ai causé hier avec Miraflores il n’est pas sanguin pour les affaires de son pays. Il dit que la dissolution est décidée. Montrond est occupé de la candidature de Berryer à l’Académie. Thiers se donne beaucoup de mouvement pour lui. Il sera surement odieux. Le Roi est curieux de voir ce que sera son discours de réception.
Granville me donne des conseils dans mes affaires. Il veut que des questions directes sont adressées à Londres, et je le ferai. Cela ne doit pas traîner. Je me porte mal, ne vous attendez à rien d’autre qu'à ce que vous aurez laissé. Et tout au plus encore. mais attendez vous bien à ma joie car elle sera grande. Adieu. Adieu, ce dernier adieu est le seul bon de loin. Adieu.
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