Espace Afrique-Caraïbe

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Bijou rose et noir [D'un]


Auteur : Rabearivelo, Jean-Joseph
Collection parente : Le moraliste
Présentation de la collection :
Entre tant de beautés que partout on peut voir,
Je comprends bien, amis, que le désir balance ;
Mais on voit scintiller en Lola de Valence
Le charme inattendu d’un bijou rose et noir. Charles Baudelaire

C’est dans le septième des « Dixains » de Sylves (1927) qu’apparaît, comme premier vers de la pièce, le tout dernier du quatrain baudelairien. JJR est heureux, dès ce moment, de rebondir sur le scandale causé d’abord par le tableau de Manet puis par « l’inscription » de Baudelaire et il se fera fort d’en prolonger l’effet jusque dans les années trente par une série de fragments ou d’aphorismes écrits entre 1931 et 1937, délibérément provocateurs souvent, dont il détachera deux séries qu’il publiera l’une en 1932 et l’autre en 1935. S’inscrivant d’emblée dans la lignée des moralistes français comme du Baudelaire de Fusées et de Mon cœur mis à nu (une fois cité à ce titre, voir XX), il cisèle des observations ou des injonctions de portée psychologique et morale, puis des aperçus paradoxaux voire équivoques. Car il ne recule ni devant le jeu de mots approximatif ni devant le calembour obscène. Et nombre de ses remarques relèvent d’un pur amusement devant les bizarreries du verbe et les facéties que se permettent certains écrivains précieux ou classés comme décadents. Il aime à faire retentir les échos d’un potentiel esclandre sous d’autres noms que ceux de l’époque de Baudelaire, avec des allusions à André Gide et à Pierre Louÿs, par exemple. En 1934 et 1935, JJR vit une vraie fascination pour l’œuvre de Gide autant que pour le personnage : il ne se résout à lui écrire « deux grandes pages bleues » que le 28 octobre 1935 ! Aussi pastiche-t-il plusieurs fois le ton et le style des Nourritures terrestres (tout en raturant une allusion explicite à Corydon qu’il aime pourtant tout autant !) : son tout dernier fragment, daté du 8 mai 1937, évoque la barque de Ménalque, attirante et clandestine. Il aime aussi l’allure transgressive et, pour tout dire, « antipuritaine » de narrateurs comme Pierre Louÿs, lui qui se définit volontiers par la répulsion que lui inspire le milieu de bourgeoisie protestante merina, borné, hypocrite et mesquin, qui est le sien !

Nous sommes sans doute plus sensibles aux notations qui répondent à des préoccupations biographiques et qui trouvent leur écho dans les CB. Bon nombre des injonctions concernant un choix ou une discipline de vie peuvent s’appliquer d’emblée à celui qui s’exprime : il procède alors, et toujours à la manière de Baudelaire, à une sorte d’examen de conscience d’où doit découler une décision immédiatement applicable. Il se plaît au paradoxe moral autant qu’esthétique, défendant une conception aristocratique et dédaigneuse, prompte à railler le vulgaire ou les vaines prétentions comme à s’en distinguer. Un évident fatalisme, confinant parfois au nihilisme, caractérise sa vision du destin ou du Sort. Un scepticisme non moins profond s’affirme à l’endroit des dogmes religieux en vigueur : JJR ne s’avoue que fort marginalement « chrétien », respectant en le « Galiléen » le prophète qui a offert sa vie pour l’humanité, refusant l’idole peu charitable qu’en ont faite toutes les Églises. S’affiche toutefois une certaine foi en la mort et en un destin posthume : le dernier aphorisme publié en 1935 (XLIV) montre le poète comme « celui qui vit toute sa vie de sa mort, sur les réserves hypothétiques de celle-ci » et cette formule mallarméenne suppose un art de vivre empreint, malgré la dispersion des jours, de toute une gravité quotidienne, destinant celui qui s’y voue à une lucidité toujours « pré-posthume » (selon l’expression suggérée par Robert Musil). Nous en avons la plus belle preuve, et la plus émouvante, dans le fragment III que JJR se rappelle précisément le 20 juin 1937 (voir CB), deux jours avant son suicide : « Tu vois déjà des étudiants laborieux venir à toi et creuser la terre qui t’enserrera avec de l’herbe et des fleurs, des fruits trop mûrs et des pulpes vides. ». 

Auteur de la présentation : Serge Meitinger

Fiche descriptive de la collection

Auteur : Rabearivelo, Jean-Joseph
Genre : Essai
Langue : Français
Contributeur(s) : Serge Meitinger

Citation de la page

Rabearivelo, Jean-Joseph, Bijou rose et noir [D'un], .
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Consulté le 15/11/2019 sur la plate-forme EMAN :
http://eman-archives.org/francophone/collections/show/102
Collection créée par Xavier Jar Luce Collection créée le 16/07/2015 Dernière modification le 25/04/2018