La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


137. Monge à sa fille Louise

Collection : 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI  - Voir les autres notices de cette collection
Auteur : Monge, Gaspard
Notice créée le 12/01/2018

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
Passeriano, le 17 vendémiaire de l'an VI de la République française
 
Je te fais mon compliment, ma chère Louise, et du choix que tu as fait d'un honnête homme[1] ; et du bonheur que tu as eu de lui plaire. J'userai pour la dernière fois du droit que j'ai encore de te donner quelques conseils pour te représenter qu'une femme n'a pas d'autre moyen d'être heureuse en ménage, que de s'occuper uniquement du bonheur de son mari. Cette tâche ne sera pas bien difficile pour toi, ma chère amie, avec un mari dont les qualités de cœur sont charmantes, et dont les qualités de l'esprit ont de quoi te rendre fière. Rien de ce qui peut intéresser son honneur et sa gloire ne doit t'être indifférent. Le citoyen Eschassériaux s'est acquis une grande réputation ; le bon parti qu'il a toujours pris dans toutes les circonstances où tant d'autres se sont trompés, lui fait le plus grand honneur auprès des patriotes de tous les pays ; il est connu au dehors de la République comme au dedans.[2] Il faut qu'il soit heureux des vertus domestiques de sa femme ; il faut qu'il en soit fier à son tour. Tes charmantes qualités, ma chère amie, te rendront tout cela facile, mais songe que ce seront principalement celles du cœur, parce que ce seront celles dont il aura le plus grand besoin.
Fais-lui mes compliments ; je ne lui écris pas, peut-être pour la même raison qui l'a rendu paresseux à prendre la plume.[3] Mais exprime-lui combien je suis content des nœuds qui vont m'unir à un homme également distingué par ses vertus, ses talents et son patriotisme. J'espère qu'un jour nous ne serons pas gênés l'un vis-à-vis de l'autre et que nous nous passerons de truchement. Au reste, ma chère amie, il ne pouvait pas en choisir auprès de moi un qui me fut plus agréable, et j'espère que ma correspondance ne prendra pas de défaveur auprès de lui en passant par tes mains.
Tu ne doutes pas, ma bonne Louise, des vœux que je fais pour ton bonheur, et je suis bien persuadé que tu le mériteras.
Embrasse bien ta mère pour moi ; et n'oublie pas Paméla. [4]
Monge

[1] Joseph ESCHASSÉRIAUX (1753-1824).

[2] Monge salue son engagement ininterrompu dans l’action révolutionnaire. Voir lettres n°27, 110 et 118. Eschassériaux a voté la mort du roi et entre au Comité de Salut Public après la chute de Robespierre du 31 juillet au 4 novembre 1794. Il y encore actif comme Monge au sein d’un Comité, celui du commerce et de l’approvisionnement. Sur le jugement de Monge au sujet d’Eschassériaux voir aussi les lettres n°113, 125, 126, 127 et 138.

[3] Voir la lettre n°136 et celle de Catherine du 30 fructidor an V [16 septembre 1797] en note.

[4] Catherine HUART (1747-1846) et sa nièce Marie-Élisabeth Christine LEROY (1783-1856) appelée Paméla.

Contributeur(s) :
  • Dupond, Marie (édition scientifique)
  • Walter, Richard (édition numérique)

Relations entre les documents

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