La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


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54. Monge à Catherine Huart


Auteur : Monge, Gaspard
Collection : 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI  - Voir les autres notices de cette collection

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
Bologne, le 15 pluviôse de l'an V
 
La division avec laquelle, ma chère amie, le général va entrer dans la Romagne est partie d'ici avant-hier matin; elle s'est rendue le même jour à Imola à 20 milles d'ici ; hier sur la route de Faenza elle a rencontré les Papelins[1] qui ont fait quelque résistance ; elle en a fait la capture : il y a eu 200 hommes tant tués que blessés, 600 prisonniers et 6 pièces de canons qui augmentent notre train d'artillerie. Après l'affaire, on a dû se rendre à Faenza qui, de loin, n'a pas dû résister. Nous voilà donc en guerre active contre le pape.[2]
Nous partons d'ici demain matin, deux, c'est-à-dire Tinet[3] et moi, pour recueillir les trophées de notre brave armée. Nous laissons ici Berthollet, Thoüin et Berthélemy[4] pour aller à Mantoue lorsqu'il se sera rendu[5]. Le citoyen Moitte est encore à Milan d'où il ne nous écrit pas.[6]
Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour te donner souvent de mes nouvelles ; je crois que j'en aurai souvent l'occasion, parce que nous serons toujours à portée du général; mais comme je vais aller en m'éloignant, ne t'inquiète pas si mes lettres tardent un peu. D'ailleurs nous ne serons que deux pour opérer, il faudra agir avec promptitude, et peut-être n'aurai-je pas le temps de t'écrire.
Nous avons été ici deux ou trois fois à un théâtre civique où des citoyens libres représentent au profit des pauvres des pièces utiles dans les circonstances. Hier on représenta Mahomet de Voltaire traduit en italien. J'étais enchanté de voir le théâtre remplir sa véritable et noble destination, celle de servir à éclairer une nation. Il était fort intéressant de voir jouer une pièce par les personnages les plus considérables de la ville. C'était le citoyen Marescalchi, un des 4 ci-devant sénateurs de Bologne,[7] qui jouait Mahomet ; la jeune personne qui jouait Palmire était pleine de décence et de candeur. La pièce fut assez bien jouée; elle fut écoutée avec le plus grand intérêt par les spectateurs ce qui n'arrive jamais ici où tout le monde cause à haute voix pendant la représentation et elle fut beaucoup applaudie. Il y a bien du chemin à faire pour retirer le pauvre peuple de l'état d'abrutissement où il est; mais le temps et la gloire de l'armée française sont deux grands maîtres, et nous espérons tous que la chute de Mantoue nous donnera une secousse favorable.
Adieu, ma chère amie. Embrasse pour moi le citoyen Marey, sa femme,[8] Louise, Paméla,[9] Fillette, Baur, leur enfant[10] et Victoire.[11] Rappelle-moi au souvenir de la citoyenne Berthollet[12] et compte sur mon tendre attachement
                                                 Monge


[1] Soldats du pape.

[2] Bonaparte informe le Directoire le 13 pluviôse an V [1er février 1797] qu’« [il] a fait partir [le] matin la division du général Victor, qui s’est portée à Imola, première ville des états du Pape. » (1339, CGNB) et il en fait le récit dans sa lettre au Directoire du  15 pluviôse an V [3 février 1797] : « La division du général Victor a couché le 13 à Imola, première ville de l’État papal. L’armée de Sa Sainteté avait coupé les ponts et s’était retranchée avec le plus grand soin sur la rivière de Senio, qu’elle avait bordée de canons. Le général Lannes commandant l’avant-garde, aperçut les ennemis qui commençaient à le canonner ; il ordonna aussitôt aux éclaireurs de la légion lombarde d’attaquer les tirailleurs papistes. […] Cette légion qui voit le feu pour la première fois s’est couverte de gloire.[…] Pendant que le feu durait, plusieurs prêtres un crucifix à la main, prêchaient ces malheureuses troupes.» Les nombres indiqués par Monge ne sont pas ceux donnés par Bonaparte au Directoire : « […] [la légion] a enlevé quatorze pièces de canon sous le feu de 3000 ou 4000 hommes retranchés. ». Bonaparte continue : «  Nos troupes se portèrent aussitôt sur Faenza ; elles en trouvèrent les portes fermées ; toutes les cloches sonnaient le tocsin, et une populace égarée prétendait en défendre l’issue. Tous les chefs, notamment l’évêque, s’étaient sauvés. Deux ou trois coups de canons enfoncèrent les portes et nos gens entrèrent au pas de charge. Les lois de la guerre m’autorisaient à mettre cette ville au pillage ; mais comment se résoudre à punir aussi sévèrement toute une ville pour le crime de quelques prêtres ! […] Le général Victor continua hier sa route et se rendit maître de Forli. Je lui ai donné ordre aujourd’hui de se porter à Cesena. […]Il est déplorable que de penser que cet aveuglement coûte le sang des pauvres peuples, innocents instruments et de tout temps victimes des théologiens. » (1352, CGNB). Voir la lettre n°57.

[3] Jacques-Pierre TINET (1753-1803).

[4] Claude-Louis BERTHOLLET (1748-1822), André THOÜIN (1747-1824) et Jean-Simon BERTHÉLÉMY (1743-1811). Berthélemy reste à Bologne pour guérir de sa blessure. Voir les lettres n°50, 51, 53, 71 et 81.

[5] Monge n’a pas encore appris la chute de Mantoue qui a lieu le jour même. Il l’apprend quelques heures plus tard mais ne décachète pas sa lettre pour ajouter la nouvelle à sa femme. Le jour même, Bonaparte écrit au Directoire de Faenza (1352, CGNB). « Je me suis attaché à montrer la générosité française vis-à-vis de Wurmser, général âgé de soixante et dix ans, envers qui la fortune a été, cette campagne-ci, très cruelle, mais qui n’a pas cessé de montrer une constance et un courage que l’histoire remarquera. Enveloppé de tous les côtés à la bataille de Bassano, perdant d’un seul coup une partie du Tyrol et son armée, il ose espérer pouvoir se réfugier dans Mantoue, dont il est éloigné de quatre à cinq journées passe l’Adige culbute une de nos avant-gardes à Cerea, travers la Molinella et arrive dans Mantoue. Enfermé dans cette ville, il a fait deux ou trois sorties ; toutes lui ont été malheureuses, et à toutes il était à la tête. Mais, outre les obstacles très considérables que lui présentaient nos lignes de circonvallation, hérissées de pièces de campagne, qu’il était obligé de surmonter, il ne pouvais agir qu’avec des soldats découragés par tant de défaites et affaiblis par les maladies pestilentielles de Mantoue. » Voir les lettres n°12, 18, 21, 22, 29, 42, 45, 51, 53 et 55. 

[6]Jean-Guillaume MOITTE (1746-1810). La dernière fois que Monge l’a mentionné dans sa correspondance, il est à Florence avec Tinet voir la lettre n°29.

[7] Ferdinando MARESCALCHI (1764-1816).

[8] Nicolas-Joseph MAREY (1760-1818) et Émilie MONGE (1778-1867).

[9] Louise MONGE (1779-1874) et Marie-Élisabeth Christine LEROY (1783-1856) appelée Paméla.

[10] Anne Françoise HUART (1767-1852), son mari Barthélémy BAUR (1752-1823) et leur fils Émile BAUR (1792- ?).

[11] Victoire BOURGEOIS (17 ? -18 ?).

[12] Marie-Marguerite BAUR (1745-1829).

Auteur(s) de la transcription : Dupond, Marie
Auteur de l'analyse : Dupond, Marie

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        120-2074_IMG.JPG 12. Monge à sa femme Catherine Huart
       
18. Monge à sa femme Catherine Huart
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22. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
       
29. Monge à sa femme Catherine Huart
        121-2108_IMG.JPG 42. Monge à sa femme Catherine Huart
        121-2111_IMG.JPG 45. Monge à sa femme Catherine Huart
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55. Monge à sa femme Catherine Huart

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Notice créée par Marie Dupond Notice créée le 08/11/2016 Dernière modification le 23/03/2019