Transcription Transcription des fichiers de la notice - 1922-12-26, Lettre de Presse à NA Presse 1922-12-26 chargé d'édition/chercheur Léa Saint-Raymond (PSL et IHMC) ; EMAN, Thalim (CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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168 1922-12-26 Fiche : Léa Saint-Raymond [XXX], EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l’Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
Coupure de presse [Musée Rodin, fonds Bénédite] « A travers les revues artistiques. La collection Matsukata » Français Coupure de presse [Musée Rodin, fonds Bénédite] « A travers les revues artistiques. La collection Matsukata »

M. Kojiro Matsukata, l’un des hommes les plus considérables du Japon, armateur et constructeur de paquebots, fils du marquis Matsukata, qui est un ami personnel de l’empereur, est venu à maintes reprises en Europe, où l’amenaient ses immenses affaires, et il y a conçu un projet qui l’honore, celui de créer à Tokio un musée de l’art moderne occidental, où l’école française, il va sans dire, sera la plus magnifiquement représentée. C’est à M. Léonce Bénédite, conservateur du Musée du Luxembourg et du Musée Rodin, qu’il a confié le soin de le guider dans ses opulentes acquisitions, qui se poursuivent depuis plusieurs années. Aujourd’hui, la collection qui constituera le fonds du musée japonais est à peu près formée et c’est dans la chapelle de l’hôtel Biron qu’elle est rassemblée en attendant l’heure du départ pour sa destination finale.

Or cette collection, le Bulletin de la Vie artistique nous révèle son importance extraordinaire, sous la signature d’Adolphe Tabarant, à qui M. Léonce Bénédite a bien voulu la montrer, dans le pêle-mêle de son entassement provisoire :

« Nous aidons M. Bénédite à retourner un à un les tableaux qui regardent les murs. Tous les Monet venus de Giverny sont là, meules, peupliers, ponts de Londres, nymphéas, neiges, paysages de Belle-Isle. Voici, de Renoir, le Harem, œuvre à la fois ardente et délicate ; de Puvis, une répétition du Pauvre Pêcheur ; de Courbet, ce morceau capital, et qui méritait d’avoir sa place réservée au Louvre, les Paysans de Flagey ; de Manet, ce chef-d’œuvre, la Serveuse de bocks (Au Cabaret de Reichshoffen), de l’ancienne collection Denys Cochin. Hélas ! encore un Manet qui va s’en aller au loin et que nous ne reverrons plus ! Déjà son autre Servante de bocks est à New-York (Haviland l’avait acquise à la vente Manet. Elle appartient aujourd’hui à M. Knoedler). De Van Gogh, des fleurs, puis l’étonnante Chambre jaune. Voici plusieurs Carrière, entre lesquels la curieuse esquisse d’un Clemenceau ; des Pissarro – et, au passage, nous saluons cette composition charmante et forte, la Causette ; de prodigieuses aquarelles de Cézanne ; un très beau Matisse, un délicieux Bonnard, un éblouissant triptyque de Roussel ; de nombreux Maurice Denis, une figure de Lautrec, des Degas, des Gauguin, des Fantin, des Forain, des Lebourg, des Lucien Simon, des Marquet, un Guillaumin, des Van Dongen, des Jules Flandrin. Nous citons pêle-mêle, comme pêle-mêle les tableaux se présentent à nous. Et d’un lot tourné vers le murs nous passons au lot voisin. Il est près de quatre heures de l’après-midi, et déjà le jour tombe. A peine pouvons-nous distinguer ces peintures, à présent…

M. Matsukata a également acquis des œuvres d’Aman-Jean, Lebasque, Cottet, Henri Martin, Danchez, Lhermitte, René Ménard, Forain, Louis Charlot, Albert André, d’Espagnat, Picasso.

-Et le départ de tout cela, quand ?

M. Bénédite esquisse un geste vague.

-Je ne saurais le dire. L’édifice destiné à recevoir cette collection n’est pas achevé. Un jour de l’an prochain, sans doute, ces tableaux seront dirigés vers l’un ou l’autre de nos ports, où un navire les viendra prendre. Des navires, M. Matsukata en construit. Le transport ne l’embarrassera guère.

Disons encore que le musée Matsukata, édifié près de Tokio, portera le nom de « Kyoraku Bijutsu Kwan », qui signifie en langue nipponne « Pavillon du pur plaisir de l’art ».