M. Kojiro Matsukata, l’un des hommes les plus considérables du Japon, armateur et constructeur de paquebots, fils du marquis Matsukata, qui est un ami personnel de l’empereur, est venu à maintes reprises en Europe, où l’amenaient ses immenses affaires, et il y a conçu un projet qui l’honore, celui de créer à Tokio un musée de l’art moderne occidental, où l’école française, il va sans dire, sera la plus magnifiquement représentée. C’est à M. Léonce Bénédite, conservateur du Musée du Luxembourg et du Musée Rodin, qu’il a confié le soin de le guider dans ses opulentes acquisitions, qui se poursuivent depuis plusieurs années. Aujourd’hui, la collection qui constituera le fonds du musée japonais est à peu près formée et c’est dans la chapelle de l’hôtel Biron qu’elle est rassemblée en attendant l’heure du départ pour sa destination finale.
Or cette collection, le
« Nous aidons M. Bénédite à retourner un à un les tableaux qui regardent les murs. Tous les Monet venus de Giverny sont là, meules, peupliers, ponts de Londres, nymphéas, neiges, paysages de Belle-Isle. Voici, de Renoir, le
M. Matsukata a également acquis des œuvres d’Aman-Jean, Lebasque, Cottet, Henri Martin, Danchez, Lhermitte, René Ménard, Forain, Louis Charlot, Albert André, d’Espagnat, Picasso.
-Et le départ de tout cela, quand ?
M. Bénédite esquisse un geste vague.
-Je ne saurais le dire. L’édifice destiné à recevoir cette collection n’est pas achevé. Un jour de l’an prochain, sans doute, ces tableaux seront dirigés vers l’un ou l’autre de nos ports, où un navire les viendra prendre. Des navires, M. Matsukata en construit. Le transport ne l’embarrassera guère.
Disons encore que le musée Matsukata, édifié près de Tokio, portera le nom de « Kyoraku Bijutsu Kwan », qui signifie en langue nipponne « Pavillon du pur plaisir de l’art ».