Transcription Transcription des fichiers de la notice - 1920-06-30, Lettre de Léonce Bénédite à Kojiro Matsukata Léonce Bénédite 1920-06-30 chargé d'édition/chercheur Léa Saint-Raymond (PSL et IHMC) ; EMAN, Thalim (CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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53 1920-06-30 Fiche : Léa Saint-Raymond [XXX], EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l’Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
Brouillon de la lettre de Bénédite à Matsukata, en français puis en anglais. INHA [60-62] Français Brouillon de la lettre de Bénédite à Matsukata, en français puis en anglais. INHA [60-62]

[texte en anglais]

Cher M. Matsukata

J’ai bien reçu votre lettre, ainsi que votre câble. Je n’ai pas répondu encore à la première, parce que j’attendais toujours la visite que vous m’avez annoncée de M. Hioki. Je réponds donc sans plus tarder aux questions que vous me posiez à propos du groupe de Pygmalion et Galathée. Le marbre dont il s’agit doit être évidemment celui qui a été donné par Rodin à Mlle Cladel [sic]. Il avait été vendu par elle à un marchand Georges Bernheim pour le prix de 50.000 frs. Le marchand l’a vendu à un de mes amis M. Laroche qui l’a payé 100.000 fr. Cet amateur l’a ensuite rendu à Georges Bernheim chez qui je l’ai reçu et qui m’a dit qu’il était à vendre au prix de 125.000 frs. Toutefois il l’aurait. Cédé pour 100.000 fr. Par conséquent le prix qu’on vous demandait, 290.000 fr, même en y comprenant la commission due à l’intermédiaire, était fortement exagéré. Mais ce qu’il y a de piquant dans l’affaire, c’est que notre [votre ? c’est illisible] ami Edm Davis m’a envoyé ces jours-ci le catalogue d’une vente qui a lieu à Londres chez Christies comprenant divers ouvrages de Rodin parmi lesquels figure ce marbre. La vente a dû avoir lieu hier 29. J’ai demandé à Mr Davis de me renseigner sur les prix que ce marbre a pu atteindre. Je vous ferai savoir le prix aussitôt mais il est évident que tous les intermédiaires ou marchands qui vous proposeront des Rodin vous majoreront très fortement les prix.

J’en viens maintenant à votre câble sur la Porte de l’Enfer. Je suis très heureux que ma suggestion vous ait convenu. Il doit y avoir au moule un second exemplaire de ce magnifique monument. C’est bien dans ce musée que vous aurez constitué à la gloire de l’art français qui vous en devra une éternelle gratitude.

Je vais faire aujourd’hui les devis exacts pour l’architecture et pour la grandeur. Je vous renouvelle qu’il faut bien compter sur une dépense de 600.000 francs. Je vous préciserai ce renseignement dès que ce devis sera établi et je ne commencerai les travaux qu’après votre adhésion définitive.

En ce qui concerne les peintures, je ne sais plus si je vous ai dit que j’avais commandé 2 panneaux de fantaisie décorative à Aman Jean, pour 10.000 fr chacun. M. Davis m’a promis de me réserver 2 toiles, n’ayant rien de disponible pour le moment. J’ai acheté en même temps 2 excellentes peintures d’un jeune peintre qui est un des jeunes peintres les plus hauts classés dans notre école pour les prix de 4000 fr chacun. Un tableau d’Emile Bernard, élève de Cézanne et l’initiateur de Gauguin et de Van Gogh pour 5000. 2 tableaux paysages de Lebourg, le dernier des plus brillants maîtres de l’impressionnisme 15.000. 2 tableaux de Quost, œuvres fort remarquables qui ont failli avoir la médaille d’honneur au Salon, pour 18.000. Je n’ai pas besoin de vous dire que j’ai obtenu pour tous ces tableaux des réductions de prix et j’ai prouvé un grand désintéressement de la part des artistes, que ce qui est particulièrement intéressant c’est que je vous ai acquis 2 Puvis de Chavannes à la vente Beurdeley, petits morceaux très rares et dans des prix très modestes. Un pastel, portrait grandeur nature d’un de ses élèves, le peintre Trevoux. C’était la perme de la collection Beurdeley, 7.300 fr, et un petit pastel de l’enfant prodigue qui n’a pas atteint 5000 fr. Je crois vous avoir fait là quelques opérations avantageuses tant au point de vue de l’art qu’un point de vue pécuniaire mais votre création m’intéresse aussi passionnément que si je constituais mon propre musée et ce sera une grande fierté pour la France d’être si bien représentée grâce à vous dans le pays du soleil levant. Je reste du (illisible) votre fidèle et dévoué collaborateur attendant impatiemment votre visite. Je vous envoie les meilleurs souvenirs de ma fille et l’expression de mes sentiments très (illisible) affectueux.

[ajouté à la plume : ] Je viens de revoir comme (illisible) une peinture de fleurs Quost comme il désirerait avoir être représenté de cette façon dans votre collection. Il avait au Salon un joli tableau de géraniums qu’il laisserait spécialement à un prix purement normal de 600 fr j’ai accepté sa proposition.