Transcription Transcription des fichiers de la notice - 1922-11-02, Lettre de Léonce Bénédite à Kojiro Matsukata Léonce Bénédite 1922-11-02 chargé d'édition/chercheur Léa Saint-Raymond (PSL et IHMC) ; EMAN, Thalim (CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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162 1922-11-02 Fiche : Léa Saint-Raymond [XXX], EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l’Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
Brouillon de lettre de Bénédite à Matsukata, papier à en-tête « direction des musées nationaux. Musée du Luxembourg ». INHA [180 à 182] Français Brouillon de lettre de Bénédite à Matsukata, papier à en-tête « direction des musées nationaux. Musée du Luxembourg ». INHA [180 à 182]

Cher M. Matsukata,

Voilà fort longtemps que je voulais vous écrire pour vous tenir au courant de nos petites affaires : je me suis pourtant abstenu de faire beaucoup d’acquisitions pour vous ayant attendu que vous ayiez tout liquidé avec vos achats fait à Paris.

Du côté des œuvres de Rodin, vous m’aviez dit de vous prendre une dizaine de groupes ou petites figures nouveaux. Jusqu’à présent, je n’en ai fait faire que 3 ou 4 et j’attends que vous me confirmiez la commande pour continuer.

J’avais à vous parler de différentes affaires qui peuvent vous intéresser.

1° M. Narusé a dû vous faire parvenir les photos des 7 panneaux du peintre Léon Frédéric : tout est mort, tout est ressuscité par l’Amour. C’est un ensemble extrêmement remarquable du peintre le plus grand de l’école belge.

Si cet ensemble qui est digne d’un grand musée vous convenait, il le laisserait au prix de 100 000 fr.

2° J’ai organisé au printemps dernier une exposition qui a eu un grand succès, de l’œuvre du sculpteur français Saint Marceaux et du grand peintre Baudry, l’un de nos premiers décorateurs qui a décoré le foyer de l’Opéra.

J’ai exposé l’ensemble des 14 grands cartons qui ont servi à cette décoration célèbre : la famille serait désireuse de se défaire de cet ensemble, n’ayant jamais voulu vendre les pièces séparément. Je vous signale cette affaire parce qu’elle est également exceptionnelle et bien qu’ils soient très exigeants pour le prix et qu’ils aient d’abord demandé 500 000 fr pour en arriver à 200 000, je suis convaincu qu’on aurait le tout pour 150 000 fr.

Et voici maintenant l’affaire la plus extraordinaire. M. Narusé vous a déjà écrit à ce sujet vous envoyant un catalogue. Voici ce dont il s’agit.

Le directeur d’une grande compagnie d’assurances au Danemark, M. Hansen a recruté depuis de longues années un ensemble vraiment unique de pièces de premier ordre de l’école française moderne. C’est un incomparable musée dont le Louvre et le Luxembourg pourraient être jaloux. Ce musée était destiné à la pensée de M. Hansen à être offert à la nation danoise. Des spéculations malheureuses l’obligent à se défaire d’une partie de sa collection pour payer une partie de ses dettes.

Il a fait une démarche confidentielle auprès de moi pour que je lui trouve un amateur. Il faut absolument qu’il trouve une somme de 4 millions de francs, argent français ce qui avec le change actuel se produirait environ à 1 800 000 fr. Moyennant ce prix on pourrait prélever dans sa collection un certain nombre de pièces de premier ordre au choix.

Je pense qu’on pourrait faire une moyenne d’une quarantaine de pièces cotées à 100 000 fr l’une ou l’autre bien que les Manet, les Corot, les Daumier et les Delacroix dépassent de beaucoup ces chiffres. Peut-être du reste pourrait-on demander plus.

M. Hansen ne semble pas solliciter du preneur un paiement immédiat, une signature et probablement un acompte si cette affaire pouvait être conclue, l’acquéreur aurait en un seul coup un merveilleux musée. Je ne vous cite pas les noms des peintres représentés puisque vous avez reçu le catalogue.

Je vous renouvelle, bien que cela me semble inutile auprès de vous, qu’en toutes ces affaires je suis personnellement absolument désintéressé, et je n’ai pas besoin d’ajouter qu’en aucun cas que ce soit, je n’accepte la plus minime commission. Vous m’excuserez de le répéter, mais je tiens à ce qu’il n’y ait pas le moindre doute à ce sujet.

Ma femme, mes filles se rappellent à votre bon souvenir et je suis toujours votre tout dévoué.

PS : je n’ai eu aucune nouvelle du tableau de M. Takenushi. Son tableau est très beau et j’aurais été bien heureux de l’exposer dans mon nouveau musée des sessions étrangères du Jeu de Paume.