Transcription Transcription des fichiers de la notice - 1924-01- ??, Lettre de Léonce Bénédite à Kojiro Matsukata Léonce Bénédite 1924-01- ?? chargé d'édition/chercheur Léa Saint-Raymond (PSL et IHMC) ; EMAN, Thalim (CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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208 1924-01- ?? Fiche : Léa Saint-Raymond [XXX], EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l’Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
Lettre non datée (après janvier 1924, exposition Monet chez Petit) de Bénédite à Matsukata. INHA [273-276] Français Lettre non datée (après janvier 1924, exposition Monet chez Petit) de Bénédite à Matsukata. INHA [273-276]

Cher M. Matsukata,

Voici longtemps que je ( ?) vous donner de nos nouvelles et vous remercier de votre bonne lettre que vous avez eu des( ?) pour M. Naruse. Nous apprenons avec satisfaction que votre pays, avec son unique nature, son esprit de méthode, sa puissance économique de premier ordre, se relève rapidement des épreuves cruelles qui l’ont frappé. Nous les avons ( ?) en francs avec une profonde émotion et une vive sympathie. Cela n’a rien qui vous étonnera, mais vous connaissez l’âme française et toute l’affection de notre pays pour le peuple japonais avec lequel il a tant de similitudes. Notre ( ?) musée Rodin, qui vous doit beaucoup mais qui n’est pas encore très riche, a néanmoins voulu faire un geste envers le Japon, geste qui s’astimait ( ?) instimement ( ?) à vous-même avec reconnaissance, adressant à la souscription pulique une somme de 5000 francs.

Nous avons ensuite, mon ami Aman Jean, Dezarrois et moi, organisé sur les trois galeries Georges Petit une exposition de Claude Monet en faveur des victimes de la catastrophe du Japon. Cette exposition a eu un succès considérable, j’y avais prêté trente Monet et on y a admiré tout particulièrement ceux qui venaient de la collection Hansen et qui sont assurément parmi les plus beaux du maître. Durand Ruel en avait prêté plus d’une vingtaine de sa collection puisque cela n’a, malheureusement, pu durer que 15 Jours et n’a rapporté, par suite, malgré le nombre de victimes, qu’une somme de 15 000 francs. Mais le geste était fait et l’ultime démostration que nous tenions personnellement à faire, Claude Monet, seul, a fait semblant d’une miconteurs ( ?). Il s’est plaint qu’on ne l’ait pas prévenu à temps, mais si on l’avait prévenu, il se serait opposé à notre projet. Les mauvaises langues disant qu’il n’est pas content des autres tableaux de lui que j’ai achetés pour vous, puisqu’ils ne viennent pas de chez lui, ils sont cependant parmi les plus beaux et ils ont coûté moins cher.

Cette collection Hansen était d’ailleurs de premier ordre. Nous avons acheté il y a une quinzaine pour le Luxembourg une toute petite tête de Degas, qui en pro( ?) et que vous avez payé 100.000 francs. C’est vous dire que vous avez fait une bonne affaire ( ?) les ( ?) qui ont été acquis pour mes ( ?) autres le petit portrait de Manet qui ( ?) épuré. On me demande de le prêter à l’exposition Degas en avril, je pense que vous n’y voyez pas d’objection. Je ne vous ai pas acquis beaucoup de choses depuis longtemps, pensant qu’il fallait être réservé après un tel achat d’ensemble. Cependant, j’ai eu la bonne fortune d’acheter immédiatement, avant (illisible) d’une ravissantes toiles de H. Lebasque, qui ont été demandées trois ( ?) pour des amateurs le 7 ( ?) de l’ouverture. Lebasque est un artiste qui gagne chaque jour un talent et une réputation et de qui nous avons quatre peintures au Luxembourg. Je les ai payées au prix très modéré 6000 fr chacune. Ce sont des prix qui monteront.

Suivant vos indications, j’ai acquis deux peintures. Les deux sœurs, la cour d’une villa mauresque, une jeune pime ( ?) Deval, lauréat d’une bourse du gouvernement de l’Algérie, à qui vous m’aviez chargé d’acheter 2 tableaux pour 500fr pendant 5 ans. C’est un jeune artiste qui fait de francs progrès et aura sa place dans notre école.

Je n’ai pu résister à la tentation de vous acheter un admirable dessin de Puvis de Chavannes, étude sur nature pour un tableau de l’Espérance du Luxembourg. C’est une étude rare et que mon musée aurait beaucoup envié, s’il avait les moyens de s’offrir ce luxe. Mais il sera admirablement placé chez vous.

Enfin, j’ai acheté, ces ( ?) derniers une étude de nu, d’ailleurs, à très bon marché, à un peintre japoais que vous connaissez, je crois, Tanaka, qui a fait, à Paris, une exposition de nus féminins qui ont eu un réel succès. J’en ai acquis un pour le Luxembourg, mais la petite étude que j’ai prise pour vous un prix de 1400 francs est, peut-être, à mon avis ce qu’il a fait de plus délicat.

Du côté Rodin, j’ai continué la commande de petits groupes que vous m’avez demandé de poursuivre. Nous les mettons tous pour vous à un prix sensiblement inférieur au prix de vente. Et, chaque jour, ces bronzes font des prix très élevés en vente publique. C’est ainsi que le baiser s’est vendu, ces temps derniers, 63.000 francs et a été racheté pour la maison Georges Petit qui espère un bénéfice très supérieur. Je l’ai commandé à Rudier et le (Conseil ?) vous le compte à 50 000 au lieu de 60 000. Je poursuis la fonte des petits groupes en ce moment où le change très élevé vous permet de les acquérir à très bon compte. La ( ? livre ?) étant à près de 95, vous payez ces sujest près de quatre fois au dessous de leur valeur.

Le travail de la Porte continue et j’espère qu’au printemps vous pourrez la ( ?) et faire l’émoi ( ?) de la dorure. Il est très dommage qu’on ne puisse pas expédier ( ?) d’or du Japon, car il est devenu très rare chez nous tous les encadreurs en manquent.

Voici, maintenant, une affaire qui doit vous intéresser et que justement la question du change rend très opportune. Vous connaissez l’œuvre de Gustave Moreau. Vous avez acquis de ce maître quelques aquarelles à M. Knoedler, c’est une des figures les plus a( ?) de l’art frnaçais contemporain. Le musée du Luembourg comprend 16 chefs d’œuvre de lui et un musée spécial lui est consacré. Et je fais cette année un cours de l’École du Louvre sur son œuvre. Le musée justement est en cause. Il a été légué, par lui à l’État, avec des ressources qui étaient suffisantes avant la guerre mais qui, depuis, avec l’élévation des traitements du personnel et autres frais qui ont quadruplé ou quintuplé, sont devenus insuffisants. Pour le tirer d’embarras, on n’a trouvé qu’un seul moyen : obtenir une ( ?) qui permette de mettre en vente quelques-unes de ses toiles. On a jeté le dévolu sur un de ses chefs d’œuvre, La fée aux griffons, qu’on pensait mettre en vente publique et former jusqu’à 100.000 fr mais, on s’est ravisé et on est venu me demander si je ne vous en proposerais pas l’acquisition de manière à ce que, puisqu’on avait la triste obligation de la vente, cette toile ne quittât son musée que pour un autre, et on baisserait le prix jusqu’à 60 000. Cela me paraît une occasion exceptionnelle : une œuvre de Chine ( ?) ? jalousement par le maître pour son musée et qui, par le bénéfice de ce terrible change, qui nous éprouve tellement, vous reviendrait à 16 ou 17 000 francs. J’attends votre réponse, mais si cela était trop pressé, je consulterai l’excellent M. Narusé avant de prendre une décision qui me semble très d( ?).

Rosa n’a plus de nouvelles de Miss Hanako, mais elle va lui écrire. Ma famille se joint à moi pour vous envoyer à vous et à tous les vôtres nos meilleures ( ?) et affectueux souvenirs.

Votre tout dévoué