Transcription Transcription des fichiers de la notice - 1924-12-04, Lettre de Léonce Bénédite à Kojiro Matsukata Léonce Bénédite 1924-12-04 chargé d'édition/chercheur Léa Saint-Raymond (PSL et IHMC) ; EMAN, Thalim (CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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225 1924-12-04 Fiche : Léa Saint-Raymond [XXX], EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l’Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
Lettre de Léonce Bénédite à Matsukata, en-tête du musée Rodin. INHA [245-247] Français Lettre de Léonce Bénédite à Matsukata, en-tête du musée Rodin. INHA [245-247]

Cher Monsieur Matsukata,

Il y a vraiment longtemps que je désire vous écrire ; j’ai toujours remis, et j’en ai du remords, à cause de toutes les affaires que j’ai lues ici et de la longue et grave maladie de ma femme, qui aujourd’hui, heureusement, est à peu près rétablie.

Je dois commencer par vous dire ce que j’aurais dû faire depuis longtemps que j’ai bien reçu les 58 000 francs qui m’ont été versés de votre part par M. Narusé qui m’ont servi à divers paiements 50 000 ont été versés dont je vous envoie à part le détail.

Depuis, nombre d’occasions se sont présentées sans que j’aie pu vous saisir à temps et vous en faire profiter, puisque vous n’avez plus de fonds déposés chez Suzuki.

Je ne sais plus maintenant à qui je dois m’adresser pour la continuation des travaux que vous avez commandés. J’ai arrêté jusqu’à nouvel ordre les commandes de petits groupes que vous m’aviez demandé de faire faire. Vous m’aviez fixé le chiffre de dix, il y en a cinq d’exécutés.

Il reste maintenant la question des travaux de la porte de l’Enfer. Tous les prix, je n’ai pas besoin de vous le dire ont été maintenus au taux d’autrefois malgré la hausse constante des matières première et de la main d’œuvre l’élévation générale des prix.

Toutefois pour la Porte de l’Enfer, qui va être bientôt achevée et qu’on ne tardera pas à monter, il serait désirable que vous puissiez nous faire parvenir en une ou plusieurs fois les derniers acomptes qui sont dûs au fondeur.

Il nous a été versé à ce sujet par la banque Suzuki la somme de :

Nous avions estimé la fonte des 2 Portes qui comprennent, vous le savez, chacune, 186 figures, à la somme de 6 à 700 000 fr, nous sommes obligés ici, le Musée ne retenant aucun bénéfice, de nous arrêter à ce dernier chiffre malgré l’élévation générale des prix, en raison de la hausse considérable sur les matières premières et la main-d’œuvre.

Nous vous serions donc obligés de nous faire parvenir, en totalité ou par acomptes, la somme de :

Nécessaire à la liquidation de ce compte spécial.

J’ai pris la liberté, après avoir pris l’avis de M. Narusé, de faire figurer à l’exposition d’Art français de San Francisco à peu près toutes les œuvres provenant de la collection Hansen, de Copenhague. C’était le moyen en les faisant sortir momentanément de nous éviter les droits de 10% qu’ils auraient dû payer à leur entrée en France, où les œuvres en transit ne peuvent demeurer qu’un an, sur la somme de 1 600 000 fr, vous auriez donc eu 160 000 fr à payer !

Cet ensemble, dûment assuré d’ailleurs, fort admiré, pourra donc soit retourner encore pour un an en France, soit être dirigé directement de San Francisco chez vous. Je serais très désireux, naturellement, d’avoir votre avis.

J’ai reçu la visite du jeune et aimable ménage Katano qui m’a apporté de vos bonnes nouvelles et que je compte revoir sous peu à la maison. J’apprends en même temps que M. Narusé va vous quitter, j’en suis extrêmement fâché : c’était un lien entre le Japon et nous et nous avions pour lui beaucoup d’amitié.

Ainsi donc, pour me résumer, auriez-vous l’obligeance de me faire savoir

- si les tableaux prêtés à l’exposition de San Francisco doivent retourner en France ou être dirigés sur Kobé

- si les commandes que vous avez faites au musée Rodin doivent être continuées

- si vous avez déposé des fonds dans une autre banque que la banque Suzuki et si je peux, avec toutes les garanties habituelles, vous faire profiter de certaines occasions exceptionnelles.

Enfin, je vous serais reconnaissant de me permettre de liquider en totalité ou par acomptes la Porte de l’Enfer.

Toute ma famille se joint à moi pour vous adresser ses meilleurs vœux et affectueux souvenirs,

Votre tout dévoué