Le Conservateur du Musée Rodin, à Monsieur le Directeur Général des Beaux-Arts,
Comme suite au rapport que j’ai eu l’honneur de vous adresser dans le courant de ce mois concernant les mesures de protection à prendre en cas de guerre pour mes Musée Rodin de Paris et de Meudon, je considère indispensable de vous rappeler que l’Hôtel Biron, outre les œuvres et les collections de Rodin abrite encore à l’heure actuelle, dans l’Hôtel ou ses dépendances, deux dépôts qui lui ont été confiés à des époques différentes.
I.Collection Matsukata
Tout d’abord, mon prédécesseur, M. Léonce Bénédite, sur la demande de M. Kojiro Matsukata, amateur japonais qui avait acquis du Musée un nombre considérable de bronzes de Rodin, fut chargé par celui-ci du soin de lui procurer un certain nombre de tableaux des peintres français du XIXe siècle, destinés à constituer à Kobé un musée. Il y a là, comme vous le savez, parmi bien des toiles d’artistes de second plan, beaucoup d’œuvres remarquables et même de chefs-d’œuvre signés Delacroix, Ingres, Millet, Courbet, Manet, Monet, Renoir, Degas, Matisse, etc… M. Bénédite accepta de les entreposer en attendant la construction du Musée de Kobé, sur la tribune de la chapelle de l’Hôtel Biron.
A mon entrée en fonctions, après la mort de M. Bénédite, je trouvai cette collection. Tout aussitôt, je déclinai par lettre toute responsabilité sur son sort, tant au point de vue du vol, de la détérioration ou de l’incendie. Je demandais, en même temps à M. Matsukata et à son représentant à Paris d’être déchargé de ce dépôt, sans d’ailleurs obtenir satisfaction. Je patientai en considération de la personnalité de M. Matsukata et des nombreux achats qu’il avait faits au Musée Rodin. Entre temps, je m’étais aperçu que la police d’assurance contractée par l’amateur japonais, si elle couvrait son souscripteur, permettait aux assureurs de se retournée contre le Musée. J’exigeai donc immédiatement qu’un avenant fût rédigé dégageant l’État, le Musée, le Conseil d’Administration et tout le personnel de la fondation, de toute responsabilité, quel que soit le sinistre pouvant survenir. A
Mais bon nombre de ces œuvres, je tiens à le répéter, sont des œuvres françaises importantes et il serait déplorable qu’elles fussent laissées dans un endroit aussi exposé. J’ajouterai, désirant tout prévoir, qu’au cas d’une guerre où le Japon prendrait parti contre nous, cette collection devrait être mise sous séquestre. A l’heure présente, elle est inventoriée contradictoirement par le représentant de M. Matsukata et par moi-même, mise sousscellés par moi, en présence de M. Hioki. Elle comprend 285 tableaux et dessins, 64 sculptures et est assurée globalement pou deux millions sept cent mille francs.
Archives Goncourt
Voici quelques années, l’Académie Goncourt demanda, privée de siège, au Conseil d’Administration du Musée Rodin qui accepta d’accueillir ses archives. Celles-ci sont constituées par quelques caisses contenant des manuscrits, des lettres, des documents concernant l’Académie, quelques tableaux et un buste. Le tout est installé dans un petit cabinet et pourrait être déménagé dans deux ou trois taxis ou une petite tapissière. J’écris ce jour au Président de l’Académie, M. J.-H. Rosny aîné pour lui renouveler l’irresponsabilité de l’État et du Musée à l’occasion de ce dépôt et l’inviter à prendre des mesures personnelles touchant sa sauvegarde, en présence des éventualités.
Je serais très heureux de connaître le sentiment de la Direction ou de recevoir ses instructions concernant ces deux collections.
Georges Grappe