Genève.
14. XII. 1936.
Mon cher ami,
Le livre de Thibaudet m'est parvenu et je vous en remercie, comme je vous remercie aussi de l'article de BrasillachRobert Brasillach (1909-1945) plein de choses judicieuses.
Je n'ai pas reçu encore la réponse d'Arland. Aurait-il écrit directement à M. R. ? Ou renoncerait-il à courir sa chance ? La lettre de M. R. me paraît moins encourageante qu'à vous, car M. R., sans méconnaître les très grands mérites d'Arland, a fait sienne, pour ainsi dire, la candidature d'Albert BéguinAlbert Béguin (1901-1957), un suisse dont je vous ai parlé & que vous devez connaître d'ailleurs. Néanmoins il me semble que M. Arland ne devrait pas renoncer à poser sa candidature. (Béguin prépare une thèse sur le rêve chez les romantiques allemands.)
Avez-vous fixé la date de votre soutenance de thèse, déjà ? Mon ami DauxGeorges Daux (1899-1988), professeur à Dijon, doit soutenir sa thèse samedi prochain en Sorbonne & je regrette de ne pouvoir me rendre à Paris à cette occasion.
Le R. politiqueLiaisons du monde : roman d'un politique, Gallimard, 1938 avance, mais je n'en suis qu'à raconter encore les préliminaires, origines de la révolution plus ou moins imaginaire, que je me propose de retracer ensuite. J'espère qu'un ou deux volumes pourront paraître au printemps.
Ciel splendide ce matin, air frais. On aurait envie d'aller se promener…
À bientôt je l'espère, chers amis, nous irons à paris dès que mes préliminaires de révolution seront achevés. Nous vous souhaitons d'heureuses fêtes de Noël & Nouvel an & vous envoyons à tous deux nos plus cordiales amitiés et tous nos vœux.
L.B.
P.S. : Un des libraires d'ici me dit avoir vendu, à lui seul, en quelques jours, 40 Thibaudet. C'est, me dit-il, un grand succès.