Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Panaït Istrati à Jean Paulhan, 1929-08-04 Istrati, Panaït (1884-1935) 1929-08-04 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
http://eman-archives.org
1929-08-04 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
Français

96 av. des Termes

Mon cher Paulhan,

Vous êtes un diable d’homme quand vous acceptez tout ce qui vient de moi et quand aussitôt vous laissez planer un doute sur ce qui peut venir de mes collaborateurs. Là, vous m’imposez une honnêteté qui me plaît. Mais, en ce cas, – c’est à dire en vous confessant toute la vérité, – il n’y aura comme suite [mots barrés illisibles] que cet échange de lettres et c’est tout.

La collaboration, je vous l’ai dit, est bien distincte. Si distincte que chacun des trois livres n’est écrit que par un seul homme.

Le premier c’est un cri, d’un [mot barré illisible] bout à l’autre, un cri qui vomit les entrailles de l’homme qui le lâche à la face de l’univers. Mais il ne documente que psychologiquement, moralement, intellectuellement. Il n’est qu’ affirmation. Il réclame exige la pleine confiance dans l’homme qui pousse ce cri.

Le second est le livre d’un opposant gouvernemental, critique et objectif, nourri, complet, sur les Soviets 1929. C'est celui qui peut faire l’affaire de tout le monde et que je veux vous donner. Il n’est pas moins alerte.

Le troisième (il n’est pas encore écrit), c’est un regard froid, compétent, féroce, sur la Révolution Russe, le bien et le mal, du début à la fin.

Je les souscris des deux mains, tous les trois, je le dis dans ma courte introduction.

Que voulez-vous de plus, commercialement ?

C'est tout ce que je puis vous confesser, pour le moment. Et c’est mon dernier mot.

Par ce même courrier je vous expédie le volume qui vous intéresse et qui seul est prêt.

Je sais ce que vous voulez, vous qui me connaissez trop bien : ce n’est pas possible, mon ami, ce serait un énorme scandale dans la revue. Camille AymardCamille Aymard (1881-1964), directeur du journal La Liberté., sans connaître le texte, m’en a offert une petite fortune, et je l’ai refusé. Non. Même pour la NRF, qui est tout autre chose que la Liberté.

Votre amicalement

Panaït Istrati