Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Jean Blanzat à Jean Paulhan (11 juillet 1950) Blanzat, Jean 1950-07-11 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1950-07-11 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
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Français
Cher Jean

Merci de m’avoir écrit. J’espère, je pense que tu vas te reposer, dormir la nuit. Il y a dans les choses de la campagne une force, je crois, qui finit par tout submerger. Il est vrai qu’il suffit d’un coq ou d’un chat pour que des heures de silence soient f..ues

Je t’envoie mon laïus à Bellac. J’avais fait de grands efforts pour me placer dans le problème. Je n’y ai pas du tout réussi. C’était l’assistance officielle pour la mort d’un général ou pour un comice agricole exceptionnel. Personne n’était dans la vérité, ni ne pouvait y être. Mais tu l’as un peu connu. Peut-être ça t’intéressera. En ce qui nous concerne lui et moi.

Je suis passé au Figaro. Noël se prit à rouspéter pour le prix des Critiques et par exemple à reproduire le passage de ta lettre Si tu m’autorises à le communiquer.

B.G.Bernard Grasset, à 70 ans, avec une mentalité d’émigré est mûr, à point, pour n’importe quel courtisan – de préférence jeune – Ça n’est pas étonnant que M. J.Marcel Jouhandeau ait été reçu comme ça. En un sens ce n’est pas volé. Mais il devait savoir à quoi s’attendre. Ça n’est pas fini. Pourtant tant mieux pour lui, tant mieux pour G.G. et pour tout le monde.

Nous avons eu hier Gueh. à dîner. Je regrette que tu ne connaisses pas Jean-Marie. Il a un charme dans les yeux, comme une femme ou comme un homme. On pense à lui. On souhaite le revoir. C’est étrange à sept mois.

Ph. est admissible au bachot. Son tremplin pour le moment c’est la haine des « conformes ». Je ne sais pas ce que ça peut donner, c’est encore désintéressé. Le pauvre Pierre Noël, qui est de sa classe, ne peut même pas se représenter en octobre. C’est moche pour son père qui est, pour lui, étonnant

Madame Labin remet tout à Septembre. Ça ne doit pas être très bien accroché ni en elle, ni autour. Et d’ici Septembre… Ne crois-tu pas que tout est possible. Et cette fois nous serons faits comme des rats.

A ce propos j’aimerais obtenir d’un médecin un viatique. J.G. dit que c’est lâche. Il me semble que je connais l’histoire d’avance et que ça ne vaut pas le coup d’accepter le jeu.

Parce que – ça m’arrive une fois tous les deux ou trois ans – je devais faire une dédicace j’ai entrouvert un de mes livres. Je voudrais recommencer quelque chose pour me délivrer de ce malaise là.

J’ai vu Guilloux aujourd’hui. Il est peut-être fatigué ou ennuyé, et n’a plus la force ou ne se donne plus la peine de recouvrir sa ruse. A cause de ça il est un peu inquiétant et pénible. Est-ce le succès ? Je le croyais préservé pourtant.

Sérieusement, je crois que l’affaire Descaves [?] mérite d’être tentée. Je ne sais pas bien comment m’y prendre pour leur faire comprendre, que si ça prend corps, tu ne désavouerais pas.

Nous avons su que Germaine avait bien supporté le voyage et nous pensons Marguerite et moi, bien souvent à elle.

Quand même, ces histoires de Corée, ça accélère un peu toutes les choses. Tout est excité, accéléré. On n’évite pas ça, au travers de ses pensées. C’est une drogue.

Je t’embrasse bien.

J.B.

P.S. Au fond non. le texte sur Silvestre n’a aucune importance – ni intérêt