[1950]
Bien emmitouflées jusqu’au nez, nous sommes allées Laure et moi à la grande Messe dans l’Eglise St Ignatius de Loyola qui a été bâtie à la 84ème rue il y a cent ans sur l’emplacement d’une maison de jeux, de danses. Elle est vide, magnifique en tout, l’encens monte en grands nuages, les vêtements sont merveilleux, quelques uns du 16ème siècle, un chœur de garçons) on ne fait pas mieux à Rome – j’aime y aller d’ailleurs j’ai toujours eu un faible pour les Jésuites – ils sont très intelligent [sic], ne trouvez vous pas, vous aussi, vous êtes très intelligent.
Hier soir je suis sortie avec mes amis Sweeney cocktail d’abord chez des amis, d’autres, où on a bu du whisky irlandais, bon, très bon, particulièrement stimulant après dîner avec eux et les Sweeney dans un restaurant Chinois – puis dans une atmosphère toute spéciale, modernistique avec des femmes étonnantes d’aspect, je ne sais ce qu’elles voulaient prouver – des hommes jeunes, sérieux avec des chemises et des cravattes [sic] assorties aux femmes. C’était dans un studio et c’était pour présenter « Mobiles » d’Alexander Calder en film avec bruit et music appropriés. Vous rappelez vous le film de Kandinsky chez Drouin ? Ici c’était parfait comme film, comme représentation. Chez Drouin tout le monde était déçu – mais la tradition se niche avec orgueil et compétence dans la machine, dans le Cinéma. Et cet après-midi et comme tous les Dimanche nous irons au concert – Bach, Mozart, Brahms – vous voyez, mêmes les Dimanches ont leur programme. Je ne sais pourquoi je raconte tout cela pour bavarder comme je le ferais rue des Arènes.
J’ai mon billet pour l’Europe, je serai à Ville d’Avray fin mai. Je vous embrasse. Toute mon amitié à vous deux.
Barbara.Ces trois dernières phrases figurent sur le bord de la première page, à la verticale.