Merci pour la lettre du 6, arrivée ce matin, merci pour votre assurance qu’il n’y aura pas de guerre en Europe. D’ailleurs vous êtes du même avis sur le côté asiatique que les astrologues américains.
Je suis triste de la mort d’Alix – vous êtes tourmenté pour votre fils et sa mère – et vous allez voir Bertha Rhodes en Angleterre – oui, c’est dur « le sentiment d’être à présent du côté pas sur de la vie » (Très finement dit.)
Je serai à Ville d’Avray le soir du 2 juin – nous arriverons au Havre le matin tôt Jean sera là et je rentrerai en auto, comme d’habitude. J’aimerais beaucoup vous voir tout de suite.
Voulez-vous m’envoyer le numéro sur Gide de la N.R.F ?
Marianne Moore s’occupe de La Fontaine surtout en ce moment – elle a fait une conférence la semaine dernière au Y.M.H.A (yorm mens he [ ?] association), les « Abyssiniens » comme Wallace Stevens les appela - j’y suis allée avec les Sweeney et leur fils (19 ans) Jean – elle a lu ses poèmes, quelques uns, puis quatre fables – déjà dans leur forme définitive en américain – M.M est charmante, lit très mal, je connaissais presque tout déjà, j’avais moins de peine à suivre – Les microphones ne font du bien qu’à ceux qui au fond n’en ont pas besoin ;
Après la conférence nous sommes tous monté [sic] chez moi pour souper, pour bavarder – vous savez que les Sweeney sont de très bon amis, et Marianne et Barbara s’entendent très bien) elle aime mon nom et elle a découvert que nos deux noms ont le même nombre de lettre, bon présage, paraît-il.
Je suis votre conseil, je me mets assez régulièrement à travailler le matin – souvent j’écris des réponses à des amis qui m’ont plus particulièrement touchés par leurs messages – mes amis sont précieux dans ma solitude ) oh, je ne suis presque jamais seule, à vrai dire – je suis seule cependant, sans Harry – et vous le comprenez.
L’hiver est presque fini, hier Dimanche à la Campagne – tout paraît vert et jaune, l’herbe, les haies de Cytises, je me suis promenée à travers bois pendant 2 heures avec mon avocat, j’étais chez lui dans sa propriété, à 100 km. de N.Y. il s’occupe de Daumier et écrit un livre sur Louis Philippe. Je suis arrivée vers 11h et nous avons assisté au service épiscopalien dans une petite église ravissante, nous avons chanté ensemble des hymnes. Mme Bechtel la femme de l’avocat faisait une leçon aux enfants de Sunday School.
Une amie anglaise, Miss Margaret St. John, vient d’arriver, je lui ai lu ce que vous dites sur l’anglais, elle riait fort et disait qu’à Hindermere on était déjà arrivé aux monosyllabes – peut-être même au monosyllabe. Hou, hou, voilà ce qu’ils disent à Hindermere.
J’ai eu une longue lettre d’Yvonne Moreau-Lalande – des affaires sur tout – mais aussi des nouvelles sur Paris, de l’affection, de l’amitié.
Embrassez Germaine – à vous mon amitié affectueuse.
La recette
Un petit peu de raison
Un petit peu d’amour
Un rire au bon endroit
La fantaisie, tant que tu veux,
Avec mesure, s’entend.
Le mot qui sonne, qui donne
La saveur, la valeur
Qui fait d’une toute petite idée
Une chose qui rit,
Qui rit, qui rit
Qui rend heureux.
Racontes [sic] la fable,
Choisis, fouilles [sic], finis,
N’oublies pas la fin
Qui tombera à point
Si légèrement, si juste
Rien ne changera, ne pourra
Se faire plus beau –
Les frises [ ?] le disent
Toi, tu le sais.