Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Barbara Church à Jean Paulhan (30 janvier 1952) Church, Barbara (1879-1960) 1952-01-30 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1952-01-30 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
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Français
Le 30 Janvier 1952 Cher Jean, chère Germaine

Vous êtes en pleine Guinée dans le plus beau village nègre ; j’aurais bien voulu y aller avec vous, Jean. N’ayez aucune crainte que New York et les amis New Yorkais [sic] me feront jamais oublier Paris et les amis Parisiens.

Et surtout pas Vile d’Avray. Quand j’y arrive j’ai une sensation d’apaisement, la solitude pèse moins, je m’attarde dans la maison, dans le jardin, sans au fond penser à rien de précis, presque comblée d’être chez moi. Evidemment la voiture, les voyages me tentent à nouveau très vite.

Je crois ma façon de me partager entre New York et l’Europe la bonne formule, ma famille d’ici semble contente, ils me trouvent très courageuse. Je ne suis pas sure de mon courage. J’ai pris le bateau pour l’Europe 6 semaines après la mort de Harry. Nous avions pris en partant des billets de retour en France, pensant à un autre été sous nos arbres. Laure Lévêque est venue avec moi alors. Depuis c’est une habitude et qui me convient. J’aime parler, penser en français pédant une partie de l’année.

On me gâte, on croit que je suis une femme remarquable. Pour ne pas le croire moi aussi trop, il est bon d’aller en Europe, d’avoir le bénéfice du doute.

Peut-être avez-vous lu que Marianne Moore a eu 2 prix, le Bollinger, que Wallace Stevens a eu en 1949, et un autre – la récompense nationale du Livre – (The National Book Award), donné chaque année pour : Fiction – Non Fiction – Poetry. Elle se fait interviewer, parle à la Radio, on la photographie, et quand elle n’en peut plus, je la sors de son appartement, de son milieu. Je vais au théâtre avec elle, elle dîne chez moi avec des gens, pas le moins du monde littéraires au point de vue professionnel, des admirateurs modestes. Nous sommes grandes amies. J’aime bien, et ce qu’elle écrit et sa personne. Peut-être se laissera-t-elle persuader à venir en France cet été, elle en a envie.

Monique m’a donné votre dernier livre « Petite préface à toute critique ». Toutes deux nous l’avons lu – avec plaisir, avec étonnement, étonnement heureux, c’est que c’est frais, c’est consolant et naturellement très bien écrit.

Je l’ai envoyé, le petit livre, à Wallace Stevens qui l’a lu à fond, il s’en est commandé une copie de Paris, il m’a promis une longue lettre, que je vous traduirai. Henri Pourrat m’a envoyé « Le Trésor des Contes ». La suite de la lettre se trouve en haut de la première page. Nous en avons parlé cet été avec lui en Auvergne. Je ne l’ai pas encore lu, il me semble au premier Tour [ ?] – régionale [sic], il est devenu le prophète de l’Auvergne. Il est si sympathique, il nous aime beaucoup. Quand il parle des montagnes, des sapins, du ciel, je le suis avec enthousiasme. Les contes m’emballent moins – mais en les lisant, je changerai d’avis peut-être.

Il fait très très froid depuis quelques jours. Mais nos maisons d’ici sont surchauffées – généralement je n’ouvre pas les radiateurs – aujourd’hui tout est ouvert, mon amie anglaise qui s’appelle Margaret ST. John a toujours froid, elle a passé la journée avec moi et c’était là un bon prétexte la chaleur pour elle il faut avouer que moi aussi je trouvais très agréable cette température 72° Fahrenheit (24° Celsius). Dehors il fait – 10°C.

Mais le ciel est bleu et le soleil sans rancune. Les jours sont plus longs, on pense au printemps quand même. Je vous embrasse tous deux bien affectueusement.

Barbara.