Je n’aime pas du tout le Henry Miller dans le numéro 3. Il est lourd, bavard, il exagère. Je sais bien qu’avec l’âge les défauts s’exagèrent, - mais qu’il est loin de « Via Dieppe-Newhaven » de Mesures. Il doit le savoir, c’est pourquoi il insiste tant. Et vous êtes bien trop fin pour ne pas vous en apercevoir. Je comprends mieux ce que vous m’avez dit dans une autre lettre : « La N.R.F. Va reparaitre [sic], je regrette « les Pléiades » qui se rapprochaient le plus, me semble-t-il de Mesures » Julien Benda, que je ne lis pas souvent, du coup paraît moins froid, moins pédant.
J'ai lu très attentivement (je lis tout de [?] très attentivement) le prologue du 1er numéro, j’étais si contente, aussi de votre introduction à Vaillanti; c’est toujours nouveau, inattendu, c’est très bien. Amers est un beau poème, le jeune homme de Domenach ravissant N°1, N°2 et 3 – vous voyez que la Nouvelle Nouvelle me donne du tracas – agréable souvent.
Vous avez du avoir un monceau de lettres, sans compter ce que disent revues et journaux – celle-ci est de plus - pardon.
Je n’aime pas critiquer et probablement je le fais mal comme tout ce qu’on n’aime pas faire.
Ce soir j’irai voir Tristan et Isolde pour la nième fois –
Le printemps est arrivé avec violence, il fait trop chaud tout d’un coup du vent à je ne sais combien de Miles à l’heure et une pluie torrentielle trempe la terre et fait pousser herbes et fleurs. J'aime surtout les arbres qui deviennent violets et noirs, tout mouillés, plein de sève, presque nus encore.
Etes-vous comme moi et trouvez-vous les heures, les jours, semaines et mois bien plus courts depuis quelques temps ? Cela prouve paraît-il qu’on ne s’ennuie pas – moi j’aimerais mieux m’ennuyer un peu. Ça peut-être très doux – Harry et moi avions une bonne technique pour nous arranger ce plaisir parfois, nous en faisions un jeu, même en Amérique.
Bien affectueusement, bonnes Pâques,