1 avenue Halphen
Ville d’Avray
Tél.:Chaville 382
S et O
(Obs 09 32)
Vous me manquez. Je voulais vous écrire depuis quelques [sic] temps. Je vous ai écrit pour vous demander de déjeuner avec moi à Paris. Édith Boissonas m’a dit que vous étiez à Naples, puis j’ai reçu votre carte de Capri.
Je continue à être seule, nombreusement seule (je cite), je sors aux expositions, au Cinéma, au Théatre [sic]. J’ai des visiteurs, un peu moins maintenant, mais Laure et les [illisible] resteront jusqu’au 6 Août et le 9 je partirai pour mon pèlerinage annuel à Munich, à Genève, je reviendrai en Septembre avec mes cousins américains qui me rejoindront à Munich.
Puis nous essayerons (n’est-ce pas ?) d’arranger un déjeuner.
[sur le côté gauche] Il y a un béret ici, de la garden-party, si quelqu’un parmi vos amis vous demande, je pourrais l’apporter à Paris
[en oblique, à gauche de la page, à côté de la photo] Et Germaine ? Je pense à elle, j’ai des regrets, des remords, de la peine.
Chez moi, vers la mi-Septembre, le 30 je repartirai pour mon chez moi à New York.
Le voici, mon programme. Le temps passe vite – Ville d’Avray est beau, je suis contente d’être restée deux mois sans bouger.
Edith Boissonas m’a invité [sic] à déjeuner vendredi dernier à la Bucherie, Cétait très bon, charmant. Nous avons des choses à nous dire et nous nous écoutons – elle est enthousiaste, intelligente, intense. Elle n’aime pas Picasso, un peu plus Kandinski, beaucoup Klee et Lukas Kranach [sic], et je crois comprendre. J’admire Picasso, les 2 expositions dans leurs beaux cadres m’ont attiré [sic] 3 fois, évidemment Klee et les « Colonaise siècles.
Je fais comme vous, je veux parcourir les galeries, les musées, les cathédrales, je m’impatiente avec les gens qui s’attardent –, je trouve que je vois mieux, mes impressions sont plus fortes – rapidement.
HarryMesures”, in Christopher E. G. Benfey, Karen Remmler, Artists, Intellectuals, and World War II: The Pontigny Encounters at Mount Holyoke College, 1942-1944, Univ of Massachusetts Press, 2006, pp. 89-100.
J’espère que vous trouvez du repos en Italie, j’ai (moi aussi) pensé à Capri, à Port-Cros – comme j’aimerais y retourner – à Port-Cros.
Nous étions heureux, le ciel, la mer, les fougères-arbres, vous deux, la ravissante vigie avec l’âne, le grand chien, votre petit singe.
Bien affectueusement – faites-moi signe.