Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Barbara Church à Jean Paulhan (12 août 1955) Church, Barbara (1879-1960) 1955-08-12 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1955-08-12 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)<br />
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Français
12-8-1955

Cheer, Joy and Hope

Barbara Church

1) Cher Jean, c’est si joli ce que vous nous dites de Port-Cros. Pour moi aussi, le souvenir est charmant, heureux, le haut-banc ( ?), les couleurs, l’espace, devant, autour, la Vigie, nous tous. Je me sentais bien, heureuse et Harry me disait chaque soir – on reviendra – je voudrais bien y revenir – ce sera différent pour moi aussi, je retournerai au passé, j’en souffrirai. “Toi tu peux vivre dans le présent, sans arrière-pensée” me disait-il souvent.

New York est à nouveau sous le signe de Noël et on s’y plonge dans cette atmosphère d’optimisme, de générosité facile avec entrain –

2) L’optimisme est un devoir en U.S.A [sic] et “The pursuit of Happiness” une loi, un droit.

Il fait beau, les boutiques sont jolies, pleines de monde, j’achète comme tous les autres un tas de choses qui m’amusent, me plaisent, puis à la maison je mets un nom dessus – sur chaque objet “and hope for the best” (encore une expression difficile à traduire – peutêtre [sic]  – et tant pis, tant mieux) mais le pessimisme domine.

Je vous ai fait envoyer un sweater d’Écosse par SalkinUn grand magasin ? - je le trouvais joli, léger chaud et vous me parliez dans votre lettre, du froid, de lainages, de manteaux chauds.

Oui Wallace Stevens n’aurait pas du [sic] mourir – Marianne Moore m’en parle chaque fois que nous nous rencontrons et dans ses lettres (elle aime les écrire, tout comme moi) et moi, je pense souvent à lui, je lis ses vers, je n’ose pas encore relire ses lettres, j’en ai un grand nombre. Il m’avait d’abord adopté [sic] comme la femme de Harry, qui d’un coup est seule – mais, disait-il, Barbara Church est importante à elle toute seule, il aimait mes lettres d’Europe, je voyageais pour lui.

– Je suis émue quand vous me dites que Germaine a parlé de moi, je pense souvent à elle, désolée de ne pouvoir rien pour elle. Et je ne suis pas courageuse comme vous devant la maladie, la souffrance – les optimistes sont lâches souvent, je crois. L’optimisme se 3) défend aprement [sic], peutetre [sic] est-ce la raison pourquoi les Américains ont souvent des  “nervous breakdowns”

Le “Penses-tu” français est une saine défense.

Gentil de vous réjouir par la victoire de Yale, il y en avait une autre depuis – sur Harvard, elle est importante et mon jeune ami Dwight Minton de Yale m’a téléphoné, m’a écrit, je devais le savoir au plus tôt. Et je me rappelle qu’à Princeton les professeurs les plus sages, les moins bavards devenaient presque fous – parlant – criant - hurlant – ou apportant des chapeaux (d’hommes) express [sic] pour les jeter dans l’arène, après la victoire. Je peux suivre le jeu, Allen Tate Célèbre poète américain qui résida un temps à l’université de Princeton et conseilla également la Library of Congress (1899-1979). à Princeton m’a appris à connaître les règles, les finesses, je n’ai pas oublié, Allen s’appliquait, était ravi quand j’avais compris, quand j’employais le terme juste.

Je viens de rentrer d’une longue promenade en auto – il faisait beau, un peu brumeux, très peu, le long de l’Océan, par Brooklyn, Coney Island, les mouettes devaient avoir une permission spéciale, par centaines on les voyait voltiger, Ernest, mon chauffeur américain, m’a expliqué que c’est là un des grands endroits ou [sic]  les ordures sont La fin de la lettre se trouve dans la partie supérieure de la première page. déposés [sic], ils viennent pour dîner, - c’est quand même très joli. Le soleil était une énorme Boule rouge – orange – le ciel d’un ton de rose inattendu, l’air froid et léger – Tout cela me plait et me rend légère aussi. Marthe Ternand m’a écrit sur vous, sur vôtre [sic] intérêt à sa peinture, elle est contente, moi avec elle. Je trouve que depuis 2 ans elle a fait des progrèss [sic] constants – ces [sic] couleurs sont fluides, vivantes – elle fait comme Klee, elle donne des titres à ses toiles. Elle me parle d’une toile bleue du nom d’une ville que j’ai oublié, je la verrai au mois de Mai. Et j’aime beaucoup quand elle m’explique les différentes façons de peindre abstrait.

Et maintenant à tous deux ma grande affection.

Je vous embrasse,

Barbara

[Illustration]

Gabriel

St John The Divine Cathedral New York

La plus grande cathédrale, on y travaille depuis la moitié du 19e siècle et elle n’est pas finie. Tous les styles y sont représentés, c’est imposant et impressionnant. Gabriel sur la cime du toit salue le soleil tous les matins.