1)
Grand Hotel Continental
München
Je suis à Munich depuis Mercredi – aujourd’hui c’est Dimanche – je vois la famille, il fait beau, frais, l’air de Munich me fait dormir profondément, je me réveille pleine d’énergie.
Hier soir je suis allée avec mon neveu et sa femme à l’opéra – Lohengrin – c’était magnifique à tous point [sic] de vue. Devant une salle pleine de gens, pleine d’enthousiasme, mon neveu a vu Lohengrin 10 fois, moi peut-être 20, je ne sais
“Nie sollst Du mich befragen"Lohengrin, acte I. Elsa voit venir à son aide un chevalier, porté par un cygne. Le mystérieux personnage l’avertit qu’elle doit jurer de ne jamais lui demander ni son nom, ni qui il est, ni d’où il vient, ni sa race… (« Nie sollst du mich befragen… »)
Aujourd’hui, j’irai à München-Grosshadern chez mon frère et sa fille, sa femme, son gendre, il y a un petit jardin ravissant, des roses partout, j’y passerai la journée et le soir j’irai voir 'Rosen Kavalier" avec ma nièce et son mari – Sofie est intelliegente, gentille, assez grasse, gracieuse étonnement [sic pour étonnamment ?]
2)
dans sa démarche, son mari s’occuppe [sic] de publicité et les affaires affluent - d’ailleurs l’Allemagne, même la Bavière est d’une prospérité sans pareille et la vie est bien meilleur marché qu’en France, qu’en Suisse.
J’ai bien regretté de ne pas vous avoir vu avant mon départ, j’ai reçu votre carte, je regrette vos ennuis au sujet de Mlle O, je m’étonne un peu qu’en France on se préoccupe de ces choses en tant que poursuites [sic], en U.S.A. évidemment cela se sera [sic] passé tout autrement. On aurait confisqué, peut-être fermé la boutique et une armée de femmes vous aurait attaqué, lettres, insultes, articles etc, elles sont violentes là-bas et elles ne se laissent pas abaisser, d’ailleurs les hommes américains ne le font pas, manque d’envie ou peur, je ne sais.
(repetition [sic]) Vous savez surement [sic] que Wallace Stevens est mort le 2 Aout [sic], dans une clinique – je n’ai pas eu de détails, un cable [sic] seulement, j’ai écrit à Holly, sa fille
3)
Je suis encore sous le coup, ma vie à N.Y. sera changé [sic], je ne le voyais pas souvent, mais nous nous écrivions régulièrement – c’était un lien puissant entre ma vie avec Harry et le present [sic]. Harry et lui s’entendaient de gout [sic], d’intelligence, je n’oublierai jamais le bien que W. St. m’a fait par un mot, par un geste pendant cette année difficile de 1947, il semblait comprendre, sentir d’avance la depression [sic], le dessespoir [sic] – sans insister ou préciser – il était poète – j’attends une lettre de Marianne Moore – qui, elle aussi, était sa grande amie – nous nous réunissions chez moi pour déjeuner quand W. St. venait à New York, souvent on y passait tout l’après-midi à bavarder – choses frivoles, choses serieuses [sic], heureux d’être ensemble.
Ecrivez-moi de Paris, je serai ici jusqu’à fin Aout [sic], mes cousins d’Amérique arriveront le 20, nous resterons un peu, puis je les ramènerai
4)
à Ville-d’Avray par Genève, début septembre. Je vous les ferais [sic] connaître, elle, Hélène, parle français.
Edith Boissonas est en Italie – Marianne Moore a dit des choses curieuses sur elle dans sa dernière lettre –
Je pense à Germaine, j’espère que vous ne l’avez pas retrouvé [sic] trop déprimée, trop malade – il faut que je sors [sic], on m’attend, il fait beau, un ciel bleu, bleu d’Italie, on est gai, optimiste, quand même.
Bien affectueusement,
je vous embrasse tous deux,