Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Barbara Church à Jean Paulhan (23 octobre 1956) Church, Barbara (1879-1960) 1956-10-23 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1956-10-23 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)<br />
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[Filigrane : 875 Park Avenue

New York 21, N.Y.]

Le 23 octobre 1956

Cher Jean

Nous ne nous sommes pas vus  avant mon départ pour l’Amerique [sic], j’en ai du chagrin. Vôtre [sic] mot m’est arrivé ici. J’espère que vos courtes vacances ont été bonnes pour vous, bonnes et reposantes. L’Amerique [sic], New York, la côte Est sont merveilleux, l’automne americain [sic] dans toute sa splendeur, jamais je crois bien, je n’ai vu des couleurs aussi rutilantes, aussi douces, aussi grisantes. Et il fait beau temps, chaud comme en été, si j’étais capable d’écrire des sonnets, je ferai [sic] comme Shakespeare ?

Harry aussi subissait l’influence de cette saison bienfaisante. Il se detendait [sic] , il pardonnait tout à tout le monde, même à l’Amerique [sic], il devenait optimiste.

Je fais le tour de la famille – on reste tard à la campagne naturellement – j’étais à Greenwood, à New Hyde Park, à Mill Creek, tout cela à Long Island, hier je suis allée à Princeton pour la journée – une sorte de festival americaine [sic] , annuelle, plus réussie encore cette année, “Things and people at Their Best”, sans programme, sans programme  [sic], spectacle permanent, sans tickets. Evidemment [sic] nous sommes en periode [sic] d’élection, j’ai pris (Suzanne aussi) ma carte d’électrice (une inscription seulement) et j’écoute les gens et la Radio me dit comment, pour qui voter. C’était passionant  [sic] pour moi en 1940, nous habitions Princeton à cette époque et j’ai saisi avec attention, application tous les discours – avec ahurissement aussi, Harry s’en  [sic] amusait beaucoup de mon apprentissage – les discours, il fallait que je les raconte chaque fois. C’est bien moins passionnant pour moi en 1956 – à moins que la dernière semaine ne nous apporte la grande tension, necessaire, parait-il  [sic], à toute élection presidentielle [sic]Le républicain Dwight Eisenhower est réélu le 6 novembre 1956..

Laure Lévèque est venue avec moi sur “Liberté”, elle est heureuse d’être avec sa fille, nous nous voyons souvent, elle parait [sic] plus française que jamais, elle s’en defend [sic] – un peu – mais sans beaucoup de succes [sic], mes amis, ma famille, sont ravis d’elle, on l’écoute, on admire son français, son incapacité de parler anglais ou americain [sic] , elle a moins d’inhibition.

sans sa fille, sans moi – au fond, je pense qu’elle apprecie [sic] l’Amerique [sic], elle se sent attirée malgré elle, on lui en sait gré, elle est essentiellement conservatrice, elle croit à l’hérédité, aux traditions, l’Amerique [sic] lui fait un peu peur.

Nous sommes très differentes [sic] et c’est cela qui nous rapproche, je m’impatiente quelques fois [sic] de son indulgence envers moi, je comprend [sic], nous en rions.

Je vais vois Marianne Moore cet après-midi, elle revient de Californie ou [sic] elle a fait des conferences [sic], très bien payées, dans les universitées [sic], elle m’a fait un long recit [sic] au télefone [sic] sur son séjour (2 semaines) dans ce pays aux quatre printemps, mais dit-elle, rien ne vaut New York et son automne. Nous sommes d’accord sur bien de choses [sic], nous nous admirons mutuellement et nous le disons, elle, la puritaine, moi la catholique !!, en tous cas nos rencontres, longues ou courtes, sont agréables, satisfaisantes.

Wallace Stevens me manque bien, nous nous voyions peu, Hartford dans le Connectitut est tout de même un peu loin, il était Directeur d’une grande Compagnie d’Assurances [sic], occupation sérieuse, ses séjours à New York étaient courts et d’heure en heure d’avance préparés. Mais ses lettres etaient [sic] nombreuses, me faisaient plaisir, étaient stimulantes.

Je reviens de la ville, nous avions rendez-vous à l’hôtel Plaza, M. Moore et moi, il faisait très chaud ; on a bu une limonade glacée ; un café glacé, nous avons bavardé, elle m’a parlé d’un auteur français sur lequel elle écrit 30 pages pour une revue, - elle admire son érudition, le travail qu’elle impose – je n’ai pas compris son nom, je saurais [sic] plus tard. Au moment c’était difficile de l’interrompre, elle parle beaucoup, bien, j’aime l’écouter.

Puis après nous avons été du public qui compose un vernissage, une exposition d’un jeune peintre americain, la nouvelle tendance “ la photographie en couleur faite à la main” (qui m’a donné cette definition [sic] ? Déjà en 1955 je crois). J’en suis sortie, éprouvée à l’extreme [sic] par la chaleur, un peu aussi par le choix des models [sic] – genre Dali, plus jeune. Sans aucun “penses tu ?”, nous nous sentions un peu hors de cadre [sic] parmi tous les beaux éphèbes qui évidemment étaient en extase, ou pretendaient l’être. Cependant ce n’était pas mal quand même. Nous étions heureuses d’être a [sic] nouveau dans la 54e rue (la rue de la Boétie d’ici), nous avons marchéLa suite sur le côté gauche un peu, puis M. Moore allait à une conference [sic] – quelqu’un allait lire ses poèmes à la Y.M.H.A. (Young Men’s Hebrew Association), Wallace Stevens les appelait “Les Abyssiniens ». Une grande belle salle de conferences [sic], des pièces de théatre [sic], des concerts – toujours de choix. Maintenant après un bref souper je suis bien contente à la maison, j’ai un passionant [sic] roman policier, et un concert de Mozart à la Radio.

[Dans la marge gauche de la preemière page.]

Marianne Moore vient de publier “Like a bulwark”Marianne Moore (1887-1972), Like a Bulwark, 1956.. Poems [sic] nouveaux – elle m’a donné une belle dédicace, le livre, 11 poèmes, bien imprimés, un beau volume. Je le lirai ce soir – plus tard. 

[Dans un coin à gauche de la lettre]

Ma première lettre d’Amérique est trop banale, je crains. J’avais envie de bavarder avec vous, mon excuse.

Bien des choses à Germaine.

Je vous embrasse

Barbara