Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Barbara Church à Jean Paulhan (7 février 1957) Church, Barbara (1879-1960) 1957-02-07 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
http://eman-archives.org
1957-02-07 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)<br />
PLH_120_020699_1957_02
Français
Le 7 Février 1957

Cher Jean

Pour avoir un mot de vous, une lettre, je vous envoie “Valentine” – naturellement vous connaissez la charmante coutume – j’aime beaucoup me promener parmi les monceaux [sic], les grandes [sic] étalages et j’en achete [sic] – Altman, un grand magasin a eu une sorte d’exposition retrospective de 1820 à aujourd’hui de ces cartes et images, ils [sic] viennent d’ici, d’Europe, il y a des gens qui collectionnent, moi je les envoie, j’essaie de trouver à qui le plus approprié – la lyre pour vous – peutêtre vous trouverez que je suis ridicule – je m’amuse et j’espère vous amuser – un peu. Tout devient business, on se donne un mal fou pour attirer les acheteurs, on accourt, on achete [sic] . Je crois vous vous disentirez [sic] comme moi, vous aimez les gadgets comme moi.

Vous ai-je dit que j’irai le 27 Fevrier [sic] au Panama, puis en Californie avec des cousins (les Minton’s  [ ?]) en avion, pour à peu près 3 semaines. Il fera chaud, il fera beau, je verrai du pays, je n’ai jamais été plus au Sud que le “Mexico”. J’aime bien être avec les Minton’s, lui le type du business-man [sic], elle une femme charmante, intelligente. Et ils m’aiment bien.

Et naturellement je serai à Ville d’Avray fin mai – j’y resterai beaucoup cette année je pense, j’en ai envie. Je pense à mes arbres, à Paris, à ma vie là-bas avec nostalgie. Je viens avec ma voiture, j’espère qu’on me vendra de l’essence, Jean de Ville d’Avray m’écrit qu’il a déjà fait des provisions – vous ne me dites rien sur les difficultées, mais j’aime les optimistes.

Je regarde les pronostics d’ici, d’Europe, je suis contente quand je lis qu’il fait chaud à Paris, je voudrai [sic]  un beau mois de Juin, je voudrai une belle “Gardenparty”.

[Marge gauche]

Edith Boissonas [sic] m’a écrit. Ungaretti aussi (il a promis de venir à Paris, quand je serai à Ville d’Avray. Marianne Moore était enchantée de vos messages, elle travaille beaucoup, sort peu, m’écrit beaucoup

[ En haut]

elle sait que je n’aime guère le telefone [sic] – elle peut faire des grandes visites à travers cet instrument

Nous avons Louis Barrault [sic] et Madeleine Renaud à New York – c’est un succes [sic] hier j’ai vu VolponeLe Winter Garden Theater à Broadway présenta la pièce le 4 février en version française avec la troupe de Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. Christophe Colomb fut présenté du 30 janvier au 2 février 1957. La tournée était soutenue par les autorités françaises., j’ai déjà vu Christophe Colomb – je verrai le Misanthrope, l’Intermezzo [sic], enfin tout le programme – c’est bien joué par une bonne troupe la mise en scene de bon gout [sic] on vend tous les livres chez les libraires – en français – du programme, on les lit, on a l’air de comprendre, le theatre [sic] est plein, une bonne propagande.

A l’avant première – j’y suis allée avec Monique – un gala – l’ambassadeur français de Washington, tous les dignitaires français et leurs femmes parés [sic], habillées, de leurs décorations, de leurs plus belles robes, tout le monde parlait français, c’était bien, très bien – et Christophe Colomb, Claudel, Barrault, Renaud, une troupe nombreuse, Darius Milhaud faisaient de leur mieux – la grande voile qu’on roulait, déroulait, gonflait (c’était le décor) s’alliait bien au langage biblico-peuple court [sic] royal –marin (peu marin) – Barrault était Christophe, M.  Renaud Isabelle, j’ai passé une soirée à mon gout [sic]. Barrault ne jouait pas Volpone (c’était Pierre Bertin) mais Corbaccio, il s’était fait une tête étonnante.

Je continue ma vie newyorkaise, bien soutenue par les amis, la famille, ma Suzanne, tout mon entourage. J’en suis contente, mais en ce moment la perspective de m’en échapper pour 3 semaines m’enchante, j’ai toujours aimé les changements, Harry aussi  - et s’il continue de me manquer  - autour de moi on le desire [ ?], c’est pourquoi je pense qu’on est si gentil.

Cher Jean, écrivez-moi, parlez moi de vous, de littérature [sic], de Paris. Je lis en ce moment “LéliaRoman de George Sand (1833). Drame de l’amour malheureux et du choix impossible entre une spiritualité exigeante et les plaisirs terrestres.”. Antoine Polgas (16 ans) le fils de monique me l’a donné pour Noël, disant que je dois l’aimer, qu’il a pensé à moi tout le temps en le lisant – je le lis en essayant de découvrir pourquoi – enfin je le lis, je languis seulement quand elle se mele [sic]  de politique – et puis je lis un tas d’(autres choses, Shakespeare surtout – je me suis acheté une T.V., c’est amusant parfois, on écoute bien

[Marge gauche]

mieux les nouvelles, quand on voit le speaker. Mon affection, mon amitié à tous deux

Barbara

Juin 1924

Souvenirs précis, précieux (ma lettre française de Noël 1956)

Je pense à Ville d’Avray(a gnawing sorrowA sense of nevermore)Mais optimiste quand meme –Elle est belleMa demeureMon jardin celuiDu paradisEt lui m’a tout donné“Voici ton chateaux[sic]Petit, nous le ferons grandEt plein de chosesQui ressembleront à nousA nôtre [sic] vie –Tu es belle – TonChâteau [sic] sera magnific [sic]”Avec mon sourire, beau, tendreEncore un mot“Montres [sic] moi tes yeuxAh, ils sont bleus, bleu saphir,Merci, merci.”J’étais heureuxSans autre, sous le coupLe choc du bonheur.Puis assaillie de projetsQuoi faireCommencer par où ?Pour être en paix avec luiSous nos arbresDans notre maison.Un bel étéTranquil [sic] – le ciel aussiSouriaitLe bonheur une réalitéIl ne fallait troublerRienUn temps d’arrêtUn long tempsRempli de nousDe nos promessesDe nos éspoirs [sic]Nous nous taisionsNous pensions à l’unissonSur nous, à nousLe soleil, le grand jour,Les étoiles, la nuit d’étéSous le ciel de FranceQuoi de plus ?Quoi quoi de plus !

[Dans la marge à droite]

Sentimental, personnel – Trop personnel – comme Toujours – Je suis sentimentale, je suis personnelle – vaniteuse, oui, mais, point ambitieuse.