Pour avoir un mot de vous, une lettre, je vous envoie “Valentine” – naturellement vous connaissez la charmante coutume – j’aime beaucoup me promener parmi les monceaux [sic], les grandes [sic] étalages et j’en achete [sic] – Altman, un grand magasin a eu une sorte d’exposition retrospective de 1820 à aujourd’hui de ces cartes et images, ils [sic] viennent d’ici, d’Europe, il y a des gens qui collectionnent, moi je les envoie, j’essaie de trouver à qui le plus approprié – la lyre pour vous – peutêtre vous trouverez que je suis ridicule – je m’amuse et j’espère vous amuser – un peu. Tout devient business, on se donne un mal fou pour attirer les acheteurs, on accourt, on achete [sic] . Je crois vous vous disentirez [sic] comme moi, vous aimez les gadgets comme moi.
Vous ai-je dit que j’irai le 27 Fevrier [sic] au Panama, puis en Californie avec des cousins (les Minton’s [ ?]) en avion, pour à peu près 3 semaines. Il fera chaud, il fera beau, je verrai du pays, je n’ai jamais été plus au Sud que le “Mexico”. J’aime bien être avec les Minton’s, lui le type du business-man [sic], elle une femme charmante, intelligente. Et ils m’aiment bien.
Et naturellement je serai à Ville d’Avray fin mai – j’y resterai beaucoup cette année je pense, j’en ai envie. Je pense à mes arbres, à Paris, à ma vie là-bas avec nostalgie. Je viens avec ma voiture, j’espère qu’on me vendra de l’essence, Jean de Ville d’Avray m’écrit qu’il a déjà fait des provisions – vous ne me dites rien sur les difficultées, mais j’aime les optimistes.
Je regarde les pronostics d’ici, d’Europe, je suis contente quand je lis qu’il fait chaud à Paris, je voudrai [sic] un beau mois de Juin, je voudrai une belle “Gardenparty”.
[Marge gauche]
Edith Boissonas [sic] m’a écrit. Ungaretti aussi (il a promis de venir à Paris, quand je serai à Ville d’Avray. Marianne Moore était enchantée de vos messages, elle travaille beaucoup, sort peu, m’écrit beaucoup
[ En haut]
elle sait que je n’aime guère le telefone [sic] – elle peut faire des grandes visites à travers cet instrument
Nous avons Louis Barrault [sic] et Madeleine Renaud à New York – c’est un succes [sic] hier j’ai vu Volpone
A l’avant première – j’y suis allée avec Monique – un gala – l’ambassadeur français de Washington, tous les dignitaires français et leurs femmes parés [sic], habillées, de leurs décorations, de leurs plus belles robes, tout le monde parlait français, c’était bien, très bien – et Christophe Colomb, Claudel, Barrault, Renaud, une troupe nombreuse, Darius Milhaud faisaient de leur mieux – la grande voile qu’on roulait, déroulait, gonflait (c’était le décor) s’alliait bien au langage biblico-peuple court [sic] royal –marin (peu marin) – Barrault était Christophe, M. Renaud Isabelle, j’ai passé une soirée à mon gout [sic]. Barrault ne jouait pas Volpone (c’était Pierre Bertin) mais Corbaccio, il s’était fait une tête étonnante.
Je continue ma vie newyorkaise, bien soutenue par les amis, la famille, ma Suzanne, tout mon entourage. J’en suis contente, mais en ce moment la perspective de m’en échapper pour 3 semaines m’enchante, j’ai toujours aimé les changements, Harry aussi - et s’il continue de me manquer - autour de moi on le desire [ ?], c’est pourquoi je pense qu’on est si gentil.
Cher Jean, écrivez-moi, parlez moi de vous, de littérature [sic], de Paris. Je lis en ce moment “Lélia
[Marge gauche]
mieux les nouvelles, quand on voit le speaker. Mon affection, mon amitié à tous deux
Juin 1924
Souvenirs précis, précieux (ma lettre française de Noël 1956)
Je pense à Ville d’Avray
(a gnawing sorrow
A sense of nevermore)
Mais optimiste quand meme –
Elle est belle
Ma demeure
Mon jardin celui
Du paradis
Et lui m’a tout donné
“Voici ton chateaux[sic]
Petit, nous le ferons grand
Et plein de choses
Qui ressembleront à nous
A nôtre [sic] vie –
Tu es belle – Ton
Château [sic] sera magnific [sic]”
Avec mon sourire, beau, tendre
Encore un mot
“Montres [sic] moi tes yeux
Ah, ils sont bleus, bleu saphir,
Merci, merci.”
J’étais heureux
Sans autre, sous le coup
Le choc du bonheur.
Puis assaillie de projets
Quoi faire
Commencer par où ?
Pour être en paix avec lui
Sous nos arbres
Dans notre maison.
Un bel été
Tranquil [sic] – le ciel aussi
Souriait
Le bonheur une réalité
Il ne fallait troubler
Rien
Un temps d’arrêt
Un long temps
Rempli de nous
De nos promesses
De nos éspoirs [sic]
Nous nous taisions
Nous pensions à l’unisson
Sur nous, à nous
Le soleil, le grand jour,
Les étoiles, la nuit d’été
Sous le ciel de France
Quoi de plus ?
Quoi quoi de plus !
[Dans la marge à droite]
Sentimental, personnel – Trop personnel – comme Toujours –
Je suis sentimentale, je suis personnelle – vaniteuse, oui, mais, point ambitieuse.