Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Barbara Church à Jean Paulhan (26 juillet 1958) Church, Barbara (1879-1960) 1958-07-26 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1958-07-26 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)<br />
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Français

Le matin à 6h 30

Le 26 Juillet 1958

Cher Jean

Ravie, contente, heureuse que vous pouvez vous absenter sans trop d’inquiétude - Germaine va mieux, un peu somnolente, elle s’apercevra moins de votre absence vous verrez Bertha RhodesBertha Rhodes, morte en 1958, était une peintre britannique, élève à Paris de Jean-Paul Laurens, proche amie de la famille Paulhan. C’est elle qui a fait le portrait du jeune Jean Paulhan en 1905. Elle fit au moins deux séjour à Port-Cros entre les deux Guerres mondiales et J. P. alla lui rendre visite en Grande-Bretagne. C’est elle qui aurait permis d’acheter la maison de la rue des Arènes en 1935. Voir la chronologie paulhanienne de Claire Paulhan et Bernard Baillaud., vous la consolerez elle se remettra – dites-lui mes amitiés – peut-être se souviendrait-elle de moi – je la vois très bien – à Port-Cros – partant avec son équipement de peintre à la recherche d’un beau motif, elle était alors grande, tranquille, sûre d’elle, bien sympathique.

Vous vous débrouillerez comme vous dites en Angleterre et sa langue étrange. Moi, j’ai parlé Munichois, d’abord un peu hésitante, avec mes 6 visiteurs – c’était gai, amusant, nous riions, les boules ont eu grand succès et le ping-pong et autres jeux – j’étais dragman [?], traducteur, truchement tour à tour. Le jeune Bernhard 13 ans ½ - grand, beau, avec des yeux intelligents me dit que je suis quelqu’un qu’il s’efforcera d’imiter ; deux jeunes filles – 21-23, jolies elles aussi regardent, mes robes, mes chapeaux

[sur le côté gauche]

Autrement je lis peu, manque de temps, trop de journaux, de politique = choses ennuyeuses. Je vous embrasse, écrivez-moi de Grange-over Sands.

[sur le côté droit de la lettre]

Barbara

A bientôt

J’insiste encore

Je vous souhaite beau voyage, beau temps.

j’ai fait le touriste, métier fatigant – satisfaisant aussi - enfin 2 semaines pleines de choses prévues [sic], de surprises aussi. Laure Lévèque était pleine d’énergie, de bonne volonté, Henry a appris, lui aussi des mots, des phrases nouveaux, il prononce admirablement. Beaucoup d’"aussis", de répétitions – mes 6 repartirons [sic] ce soir, je mettrai de l’ordre dans mes esprits, en français, en anglais, j’attends des Américains, plus tard, et Antoine, le frère de Henry viendra le 31 Juillet pour travailler à Condorcet – 6 semaines – il a raté son Bachau Bac au Lycée français à New York et recommencera en Septembre.

Je regrette que vous ne serez pas à Ville d’Avray pour le moment, peut-être pourriez vous me donner un weekend en Septembre - après mon retour de Munich et de Genève, ce serait un grand plaisir pour moi, pour la maison.

Promettez le moi.

Je déjeunerai avec Edith Boissonas [sic] lundi à la Bucherie – j’ai eu une lettre ravissante de Marianne Moore de BostonTed Hugues, l’un des plus grands poètes anglais du XXe siècle, a évoqué, avec un mélange d’admiration et d’amusement, cet événement, dans l’une de ses lettres de juin 1958 à sa sœur, Letters of Ted Hugues, London, Faber and Faber, 2011, p. 126, texte accessible sur la Toile, Letters of Ted Hughes, elle y était pour un Festival de Poésie [sic], elle y a reçu d’autres honneurs, d’autres prix, d’autres diplômes (elle les a tous maintenant) - elle en parle avec humour, avec modestie, m’envoie des belles photos.

Je viens d’acheter un livre de Ezra PoundLe poète Ezra Pound (1885-1972), convaincu de trahison au profit du fascisme italien et du nazisme allemand, mais jugé fou, est interné aux États-Unis de 1945 à 1958. S’agit-il ici de la réédition en 1957 d’un essai de Pound sur Brancusi ? un recueil de 1957, assez étonnant – Henry me demande un tas d’explications que je donne avec précaution.