Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Barbara Church à Jean Paulhan (30 septembre 1958) Church, Barbara (1879-1960) 1958-09-30 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1958-09-30 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)<br />
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Français

Ville d’Avray

Mardi 30 Septembre 1958

Cher Jean

Je viens d’écrire à Giuseppe Ungaretti – c’est difficile pour moi d’écrire ces lettres, je déborde de sympathie, j’ai peur d’être ridicule ou de blesser par gaucherie - j’ai fait de mon mieux – brièvement.

Et j’ai encaissé le chèque – je suis contente de mon idée, j’y avais pensé dès mon arrivée en France – je voulais un geste léger, élégant - ai-je réussi ?

Embrassez Germaine – nous étions bonnes amies quand on se voyait beaucoup – elle aussi avait l’air de me comprendre – la vie est magnifique et difficile –

Vous déjeunez à Ville d’Avray Jeudi le 2 Octobre, je viendrai vous prendre chez vous à Midi – je dois aller à Paris le matin. Mon départ approche, j’espère que vous serez libre.

Téléfonez [sic] à Paulette.

J’ai vu hier matin Yvonne Moreau Lalande pour affaires – elle était gaie, heureuse – elle avait passé la soirée du dimanche dans les Champs Elysées jusqu’à une heure, dans la grande foule, ravie des Français, de leur enthousiasmeLe 28 septembre 1958, un référendum demande aux Français de ratifier le projet de Constitution proposé par le général De Gaulle, président du Conseil. La nouvelle Constitution, approuvée à 82% par les votants, est promulguée le 4 octobre 1958 et la Ve République proclamée le 5. - une femme criait “ bravo mon pays ”, un homme avec ses deux fils, 14 et 12 ans, les prit par les cheveux “ C’est pour vous mes enfants, ce n’est pas seulement pour moi.”, leur disait-il.

Et Jean a vu à la TV le spectacle dont il me parlait avec un sourire et des yeux qui brillaient. Moi j’ai écouté la radio jusqu’au bout, cela ressemblait aux élections présidentielles en [sic] U. S. A., la [sic] on donnait les résultats des 48 états, un à un, ici des villes et des communes, une à une. Toute la France est redevenue Patriote [sic], c’est ça le miracle, elle croit de nouveau – de Gaulle en est le symbole, peut-être même l’instrument – de la victoire. Je parle comme l’homme de la rue et avec lui – vous voyez bien que je peux être extravagante – exubérante – je suis optimiste, je m’y raccroche.

Laure aussi l’est – presque – elle est une des douairières dont parle Pravda qui garde soigneusement ses doutes.

Nous, Laure et moi irons toute [sic] à l’heure à Paris déjeuner rue de Varenne chez Pierre et Claire Lévèque et leur [sic] 5 enfants – Pierre doit aller en Birmanie dans 15 jours – les affaires de France PresseL’Agence France Presse, fondée et réorganisée sur des bases nouvelles après la Libération, comme beaucoup d’autres grandes institutions.. J’aime bien bavarder avec lui – il me le rend, me coupe la parole, rectifie avec son rire franc, indulgent, quelquefois avec colère, pour prouver son pointAnglicisme pour «  faire valoir/ soutenir son point de vue », « étayer son opinion »..

Bien à vous, je vous embrasse tous deux

Barbara

Hier Marthe Ternand est venue déjeuner, nous nous étions promis de ne pas parler politique, inutile précaution, elle était d’une discrétion totale – même gaie – l’après-midi nous avons vu le film de Jean Gabin et de l’opulente Brigitte BardotEn cas de malheur, film de Claude Autant-Lara, sorti en septembre 1958. – sombre, beau - presqu’un chef-d’œuvre, la salle archipleine.