Je suis dans une telle confusion que j’ose à peine prendre la « plume ». J’ai trouvé votre dépêche au retour d’un petit voyage dont le but avait été de ramener M. Desjardins qui venait nous rendre visite après un séjour à Roquebrune. Je me suis mis aussitôt au travail et je vous envoie cette après-midi la note sur du Bos, qui sera, je le crains, aussi « précipitée » que la sienne sur Messages.
Nous quittons le Couffin le 19 ou le 20, et pensons être à Sèvres Samedi au plus tard. Dès Lundi, je serai à votre disposition. Samedi au lieu de Vendredi, car notre jeune Irène a manifesté des troubles digestifs peu graves mais qui appellent quelques précautions.
Nous avons regretté de vous manquer au retour, mais j’espère que nous ne vous manquerons pas à Pâques. (Votre carte collective était datée de Tournus : avez-vous, au moins, rendu visite à Thibaudet ?)
J’ai la tête farcie de projets que je vous soumettrai. J’aime décidément beaucoup les Hommes de la Route. Le Benda vaut par les principes ou les questions soulevées, mais pêche par les exemples et l’esprit de la dialectique. Il ne marque aucune distinction entre, et donc confond perpétuellement, les idées qui ressemblent à l’intelligence, et les idées produits de l’intelligence, et qui peuvent ne pas lui ressembler. Que diriez-vous d’une chronique lui répondant dans ce sens ?
Affections de nous deux à nous deux,
Je suis bien heureux que l’Esprit classique vous plaise. Je pourrai détailler un peu. Si par hasard vous pouviez le donner dans le n° de Février cela me remplirait d’aise, car il fait partie de l’Essai sur l’Humanisme qui doit paraître au printemps.
[de la main de Jean Paulhan : « écr. Champion »]