Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Ramon Fernandez à Jean Paulhan (8 septembre 1932) Fernandez, Ramon (1894-1944) 1932-09-08 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1932-09-08 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
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Français
8.9.32. Mon cher Jean,

Je trouve votre lettre en arrivant. J’espère que ma réponse arrivera à temps. En ce qui concerne les notes, je vous supplie d’attendre jusqu’à la rentrée. Je suis obligé, d’une part de corriger et mettre au point Le Pari en quinze jours, d’autre part de préparer mon premier article pour Marianne. Vous savez qu’un premier essai dans un genre nouveau (oh combien) est toujours pénible, d’autant que Berl a des idées très arrêtées sur ce qui est public. A partir d’octobre vous pouvez compter sur moi comme cette année.

Je trouve vos remarques sur nore désintéressement éventuel fort dignes de considération, et même admissibles. Je ne puis seulement les faire tout à fait miennes, sauf par ordre. En premier lieu, nous n’écrivons pas si profusément que nos noms risquent d’encombrer les pages de notes. En second lieu, le désintéressement des fondateurs de la N.R.F. était très largement compensé par le fait qu’ils étaient les seuls à détenir la revue, que tout le monde le savait, tandis que si nous ne défendons pas nominalement nos idées, notre « ton », nous risquons d’être noyés dans un flot très mélangé, et d’en être réduits bientôt à parler d’œuvres que nous n’aimons pas avec une partialité qui pipera le lecteur. En troisième lieu, vous connaissez les pressions qui s’exercent sur la revue : la meilleure façon d’y résister, à mon avis, est non seulement de porter haut notre jugement, mais de contribuer efficacement, par des livres jugés dans la revue à démentir certains bruits sur le sort de la collection blanche. En quatrième lieu, je n’aperçois aucun rapport entre votre proposition et l’aventure Crémieux. Madame Crémieux n’appartenait à aucun degré à la N.R.F., ses livres n’étaient nullement de ceux dont nous aurions eu l’om-bre d’envie de parler si elle n’avait pas été la femme de son mari, et vous avez tout à fait raison de dire qu’il aurait fallu publier les notes de Marcel et de Pourrat. Au vrai, j’ai dit et je maintiens, que la présence de Crémieux parmi nous faussait notre politique. Non que Crémieux ne soit plein de toutes sortes de qualités, mais il est différent. Ce sont les différences, non les infériorités qui faussent, comme en mécanique. Enfin, je ne vois pas pourquoi ce serait au moment de la publication d’un livre de vous, que nous attendons avec beaucoup d’impatience, et sur lequel l’un de nous aura sûrement à dire son mot, que nous déciderions de ne plus parler de nos ouvrages. Il est vrai que la [sic] Pari est aussi sur le point de paraître. A ce propos, j’aime autant qu’on parle de moi aussi dans la N.R.F., puisque après tout c’est la revue qui m’intéresse le plus. Juger dans la N.R.F., être jugé par elle sont à mon avis complémentaires.

Communiquez cette lettre à Arland, si vous le voyez avant moi. Je ne sais si vous êtes encore à la Vigie. Un petit mot me renseignera. Nous arrivons de la montagne (Le Chambon) où nous avons passé un temps délicieux, à l’abri de la chaleur.

Nous vous envoyons, à tous les deux, nos affectueuses pensées,

Ramon Fernandez