Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre d'Armand Robin à Jean Paulhan (23 novembre 1936) Robin, Armand (1912-1961) 1936-11-23 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1936-11-23 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
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Français
Lundi 23 nov. 1936 Cher Paulhan,

Je vous renvoie dès ce soir le texte de ce poème destiné à Mesures. Je l’ai considéré retouché en deux endroits, qui me semblaient bien faibles ; j’aurais aussi désiré transformer quelques deux ou trois vers de la dernière partie, mais il m’aurait fallu, je crois, créer à neuf des développements entiers pour y réussir.

Par ailleurs je crois avec vous que la cinquième partie rétrécit, amenuise le poème, qu’il choque, venant après la quatrième partie. Je pense même que notre impression est très objective, car c’est l’impression de tous les amis à qui j’ai présenté le poème.

Et pourtant j’hésite à supprimer cette strophe, car c’est grâce à elle seule que l’univers est offert objet par objet, trésor par trésor ; grâce à elle, l’être à qui s’adresse le poème ne reçoit pas cette offrande comme une charge qui lui remplit soudain les bras, mais comme une conquête, successive, timide d’abord…

Aussi voudrais-je vous demander si la place réelle, la place nécessaire de cette strophe n’est pas tout de suite après la troisième strophe ?... Elle en est la suite logique et par ailleurs il me semble même que l’autre strophe :

« J’ai dépouillé pour toi les plaines mouillées d’aube » etc……

Pourrait en acquérir un élan nouveau.

Le poème ne cesserait ainsi d’aller en s’ouvrant de plus en plus et, grâce à ce déplacement de strophes, peut-être cet épanouissement deviendrait-il encore plus efficace. Je m’étonne de n’y avoir pas songé plus tôt.

J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, Monsieur Paulhan : j’avais adressé, il y a une semaine, aux « Cahiers du Sud » un autre poème : non seulement il est accepté, mais les « Cahiers du Sud » veulent le publier dès le 1er décembre.

Je suis tout de même heureux d’ajouter que ces « succès » ne risqueront pas, je crois, de me gâter : j’ai trop de malheur au cœur pour qu’une joie extérieure puisse y changer quelque chose désormais. Tant mieux.

Ma lettre est un peu longue. Excusez-moi et croyez, Monsieur Paulhan, à mes sentiments de respectueuse sympathie,

Armand Robin