Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre d'Armand Robin à Jean Paulhan (1958) Robin, Armand (1912-1961) 1958 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1958 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
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Français
[1958] La restaurantière avait belles arcades Sourcilières ; mais elle parlait sans [mot illisible] Elle m’a vu entrer, a pensé, « Il va manger! » Et même elle m’a dit, « Il faut manger! » Mais moi, j’avais envie de la regarder. Elle osa me servir un mets très abondant. Je devais manger lentille par lentille, lentillement, Quelque chose qui s’appelait [encore?] un escalopement. Ce manger, c’était comme un escaladement. Et moi j’écrivais un poème, lentille par lentille, lentillement. Sur la restaurantière que je regardais restaurement; Nous étions au restaurant. Si j’écris ce poème c’est pour dire seulement Que j’écris des poèmes quand je suis au restaurant; Ceci s’est passé le sept mai mil neuf cent cinquante et huit A vingt heures, rue [mot illisible], heure, date et lieu dans vos dents Lentille par lentille, lentillement. Il y avait la complicité d’une mademoiselle : Mademoiselle Maîté, aussi sage que belle, (C'est la serveuse) me disait : « Je ne croyais « Pas que dans un restaurant on pouvait « Ecrire des poèmes en regardant Mademoiselle « Et, l’[en?] laissant le mets solitaire, « Dîner d’un dîner de regards de restaurantière. » Je vous l’assure, elle parlait ainsi, Mademoiselle Maîté : Il y a des témoins, ils tous ri, puis tous ils ont apprécié ; Les serveuses françaises parlent un bon français ; Elle parlait ce bon langage, Mademoiselle Maîté. Quand j’eus fini mon poème, Mademoiselle Maîté Me dit : « Maintenant je vais aller me coucher! » Pendant un quart d’heure encore, je suis resté Restauransement avec la restaurantière, Lentille par lentille, lentillement. Armand Robin, 7 mai 1958, 20h-21h.