Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Barbara Church à Jean Paulhan (27 juin 1957) Church, Barbara (1879-1960) 1957-06-27 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1957-06-27 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)<br />
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Français

Le 27 juin 1957, 7h du matin, il fait très beau – j'aime mes matin [sic] à Ville d'Avray.

Merci Jean de m'avoir écrit si gentiment. J'ai reçu votre lettre-carte hier matin écrite mardi.

Et moi j'avais déjà trouvé quelques consolations ce même matin en écrivant dans mon calepin

Mardi 25 juin 1957 – Après la fête

La journée est maussade Et froide Mon corps est las Mon âme est fatiguée Et blessée C'était hier Ce matin la routine La bienfaisante routine Se réinstalle Le boulot, la chaîne Se font légers Après la grande évasion (Croyais-je) Les amis, les ennemis Qui devaient me distraire Ont manqué à leur tâche Ils sont plein de défauts Plutôt vulgaires Je ne suis pas à la hauteur La mienne s'entend Tout est raté Et inutile Pourquoi cet effort ? Eh bien, je sais, je comprends souvent Finalement Le bouleversement est salutaire. L'orage qui passe La pluie qui tombe Les déceptions Font le ciel plus clair Les roses plus fraiches Et l'apaisement tendre, doux C'est le contraste qui compteMa très chère

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Et vous m'y avez aidé avec votre billet. Maintenant oublions et pensons à autre chose. J'ai rangé dans une grande enveloppe les notes, les listes du Gardenparty [sic] j'y ajouterai une autre feuille avec des résolutions dessus : choses à éviter. Moi aussi j'aurais dû être au poste, moi aussi j'aurais dû ne pas m'assoir. Les saints n'ont

[À la verticale, dans la marge droite] pas, non plus été à mes côtés comme ils le sont généralement. Il y avait un peu trop de monde, on a beaucoup bu, le temps était trop frais pour rester dehors longuement. Mais personne ne se faufilait, nous en sommes sûrs.

Le feu d'artifice était beau, Jean s'est surpassé, il en est fier.

Tout mon monde autour de moi s'applique à m'éviter des soucis, à ne pas froisser mon optimisme, ils se comportent en amis – mais après 20, 30 ans d'association nous nous connaissons, nous nous estimons mutuellement.

Un des invités, ils ont signé 2 noms – Dominique Vuzeille [?] et Gérard Rerot (si j'ai bien déchiffré) m'ont parlé "de la ruée vers le buffet hautement drôle et tragique à la fois. (Nous espérons que vous avez fait tuer les domestiques après la fête pour qu'ils n'en parlent pas)"

Ils n'en parlent pas, surtout pas à moi, ce sont mes amis qui me protègent avec zèle, ils comprennent.

Je reçois beaucoup de lettres gentilles et des livres – un de Beucler, un de Michel Breitman, Marcel Jouhandeau, un livre sur lui et ses personnages de Henri Rode, une jolie dédicace, un mot gentil ; la fête continue et moi je continue à griffonner – le 26 juin à 7h du matin

L'accordéon de Paris Dans la rue Royale De la cour Monte la chanson Un homme fluet Ni triste, ni gai Un vêtement bien usé Jouait La main sûre Le rythme ferme. Mon cœur chavire Le soleil – Paris – Paris Le plaisir Mesdames, Messieurs J'ai envie de danser, de chanter Je balaie mes soucis En cadence Je marche vite Au son De l'accordéon Il joue bien, le bonhomme Et je lui dit – merci En glissant mon offrande Dans sa poche ouverte, râpée. Il est grand Je ne regarde pas J'ai peur de regarder – Pour préserver ma joie – Et je n'en parle que ce matin. Merci Monsieur, merci accordéon Merci Paris

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J'étais dans la rue Royale le 25, il faisait beau, je venais d'acheter un merveilleux chapeau.

Aujourd'hui j'attends Marthe Ternand pour quelques jours, Serge Beucler et sa jeune femme viendront dîner, demain soir j'irai à l'Opéra – Poulenc et les Carmélites – puis nous penserons à notre quinzaine, non, ce n'est qu'une dizaine – de voyages dans le midi avec Laure Lévèque, Jean, sa Paulette et Agnès sa petite fille. Vous voyez je ne boude pas

Et je vous embrasse tous deux

Barbara.