Transcription Transcription des fichiers de la notice - Lettre de Jean Paulhan à Barbara Church (16 décembre 1955) Paulhan, Jean (1884-1968) 1955-12-16 chargé d'édition/chercheur Société des Lecteurs de Jean Paulhan, IMEC, Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL ; projet EMAN (Thalim, ENS-CNRS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1955-12-16 Fiche : Société des Lecteurs de Jean Paulhan ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)<br />
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Français
Le 16.XII.1955

Bonnes fêtes, Barbara. Bonne année ! Nous songeons à vous avec une grande affection. Mais cette cathédrale avec tant de styles différents, est-ce acceptable (surtout si l’on voit à la fois des styles si différents?) J'ai fait la connaissance d’une minuscule église orthodoxe, qui s’est établie dans une loge de concierge, rue de la Montagne Ste Geneviève. On y tient douze à peine. Mais les deux prêtres vont et viennent très vite, semblent poursuivis par Dieu, soulèvent puis rabattent le rideau qui les sépare de nous. Nulle part, je n’ai mieux senti que Dieu était là. Dans votre gigantesque cathédrale, est-ce qu’il ne se sent pas un peu perdu ? Mais non, bien sûr.

J'ai été content de voir l’autre jour Marthe Ternand chez elle. (J'étais venu avec René de Solier) Ses toi

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les abstraites sont extrêmement ingénieuses et fines. Que lui manque-t-il ? D'en faire des centaines. D'avoir besoin de les faire. Elle manque un peu de besoin, il me semble : de ce qu’il y a de brutal dans un besoin, et d’irrépressible. (Tout ceci, je vous prie, est strictement entre nous. Je ne voudrais pour rien au monde la peiner.)

Il fait doux, et tiède.

Et bien, les mouettes (qui ont envahi Paris il y a un mois) s’étaient donc trompées. Et les oignons (qui avaient mis des tas de peaux), trompés aussi. Vous voyez, il n’y a pas que les hommes : c’est consolant à penser.

Peut-être Maine va-t-elle un peu mieux. Elle a toujours les mêmes inquiétudes pour les enfants (qu’elle a vus, dans ses rêves, blessés ou accidentés). Mais elle a aussi beaucoup de moments d’une vraie présence d’esprit.

J'ai été bien

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malheureux. Vous ai-je dit que nous n’avions guère d’argent, que tout ce que je gagne passe dans les soins à donner à Germaine, les infirmières, les docteurs ? Enfin, quand le sweater est arrivé (et je le sentais très bien, à travers le carton, léger et chaud) eh bien, je n’avais pas à la maison les cinq mille frs. que réclamait la douane (abusivement, il me semble) pour nous le remettre. Mais je ne vous suis pas moins reconnaissant de cette gentille pensée.

Bonnes fêtes, Barbara. Est-il vrai que vous ayez été fatiguée, ces derniers temps ? Jamais votre écriture n’a été plus nette et plus (comme on dit) allante. Nous vous embrassons bien fort.

Jean.

N'écrivez-vous plus de poèmes ? J'aimais bien les entendre.