Transcription Transcription des fichiers de la notice - Poème de <em>Régulus</em> Pradon, Nicolas (1632-1698) 1688 chargé d'édition/chercheur Lochert, Véronique (Responsable du projet) Véronique Lochert (Projet Spectatrix, UHA et IUF) ; EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1688 Fiche : Véronique Lochert (Projet Spectatrix, UHA et IUF) ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
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Français

À madame la dauphine.

Épître.

Toi, dont le sang auguste et fécond à la fois,

Promet à l’univers des héros et des rois ;

Princesse incomparable, écoute, et daigne entendre

Ce que tout l’avenir de ce sang doit attendre.

Que ton sort est heureux, qu’il te doit être doux,

Que le plus grand monarque et le plus digne époux ;

L’un et l’autre à l’envi te chérissent, t’honorent,

Eux devant qui tout tremble et que le monde adore.

Leurs désirs et nos vœux par toi sont accomplis,

Un premier rejeton de l’empire des lys

A comblé les souhaits de l’aïeul et du père,

Il fait tous les plaisirs et l’espoir de sa mère,

Et déjà sur son front ennemi du repos

Brillent les premiers traits qui forment les héros ;

Ce merveilleux enfant qui n’a qu’un demi-lustre,

Ne marque déjà rien que de grand, que d’illustre ;

Ce prince encore à peine a l’usage des bras,

Qu’il s’en sert pour montrer l’exercice aux soldats ;

Déjà pour commander sa langue se dénoue,

Et sa main faible encor d’armes seules se joue ;

Préludes dangereux pour nos fiers ennemis,

Si son auguste aïeul ne les avait soumis.

Voilà de sa grandeur l’infaillible présage,

Hercule ainsi jadis se jouait à son âge.

Pour toi, que de plaisirs, monarque trop heureux,

De faire triompher ton fils et tes neveux,

Quand ils suivront, grand roi, l’exemple que tu donnes ;

Je crains que l’univers n’ait trop peu de couronnes.

Princesse, c’est par eux que tu tiens dans tes mains

Le destin de la France, et celui des humains ;

Ils auront la grandeur de l’aïeul et du père,

Ils auront les vertus et l’esprit de la mère,

Dont le brillant mérite, et les charmes si doux,

Font toujours un amant de son illustre époux ;

Époux cher, qui l’adore, et qui sait toujours plaire,

Affable, libéral, enfin tel que son père :

Ce prince impatient d’imiter ses hauts faits,

Déjà semble gémir des longueurs de la paix,

Attendant que son bras fasse trembler la terre ;

La chasse qui l’occupe au défaut de la guerre,

Et lui fait éviter la molle oisiveté,

Marque dans ses plaisirs sa noble activité.

Des monstres des forêts la fureur menaçante

N’est que l’amusement de sa force agissante,

Sans cesse infatigable il exerce sur eux

Des traits qui deviendront un jour plus dangereux,

Et si nos ennemis irritent sa colère,

Il saura les dompter sur les pas de son père ;

Et son bras à son tour par des faits inouïs

Soutiendra bien la gloire et le nom de Louis.

Toi seule sais charmer ce prince magnanime ;

Mais que dirais-je encor de ton esprit sublime,

Son goût pour les beaux-arts et la solidité,

Qui soutient le brillant de sa vivacité

De ce charmant esprit l’extrême politesse

Font dans ses jugements voir sa délicatesse.

Oui, divine princesse, il faut que les concerts

Des enfants d’Apollon pour toi frappent les airs ;

Et tandis que Louis écarte son tonnerre,

Qu’il impose des lois au reste de la terre,

Suivant notre devoir et nos justes désirs,

Nous devons travailler du moins à ses plaisirs.

Esprit du grand Corneille, anime notre veine ;

Toi, qui fus toujours seul le maître de la scène,

Dont le savoir profond et les nobles écrits

Touchent toujours les cœurs, enlèvent les esprits,

Tous ces traits immortels en te faisant revivre,

Nous inspirent l’envie et l’ardeur de te suivre.

La mort impitoyable éteignant son flambeau.

Tient Melpomène en pleurs aux pieds de son tombeau.

C’est donc à toi, princesse, à ton noble génie,

Qui des vers épurés distingues l’harmonie

À le ressusciter par de nouveaux concerts,

Sois le premier mobile et l’appui de nos vers ;

Sur ses traces prenons des desseins magnifiques,

Faisons renaître encor des poètes tragiques.

L’ardeur de te servir nous doit seule exciter

À faire nos efforts du moins pour l’imiter.

Pour moi, tout pénétré de tes rares merveilles,

Quoique faible, je veux te consacrer mes veilles,

Bien que depuis un temps dans un profond oubli,

Tranquille j’aie été toujours enseveli,

Sur mes écrits enfin daigne jeter la vue,

Ma muse au Grand Louis ne fut pas inconnue.

Tamerlan et Thisbé par un sort glorieux,

Eurent tous deux l’honneur de paraître à ses yeux :

Phèdre qu’on étouffait même avant que de naître,

Par l’ordre de Louis sut se faire connaître ;

Aujourd’hui Régulus malgré les envieux

Vient de frapper ton cœur, vient de plaire à tes yeux ;

La grandeur de son âme a su toucher la tienne,

C’est ce qui fait sa gloire aussi bien que la mienne,

Il faut la soutenir, et ces beaux mouvements

Qu’inspire la vertu par de grands sentiments,

S’écartant du chemin de ces fades tendresses,

Semblent être formés pour les grandes princesses ;

Heureux si mes héros toujours par leurs vertus

S’attirent ton suffrage ainsi que Régulus.