[E2r] Comment
[bois]
Dieu vous gard de mal encombier,
Ma niepce pleine de beaulté.
Joyeulx suis par ma loyaulté
Qu’estes venu au mandement
Que vous ay faict, par mon serment:
De vous veoir j’ay tres grand plaisir.
Preste suis de vostre desir
Acomplir, mon tres cher seigneur.
[E2v] Je vous remercy de bon cueur,
Ma niepce, faictes bonne chere.
Je vous donne m’amour entiere,
Je vous prometz Dieu et mon ame.
Venez avant, ma chere femme,
Allez passer vostre jeunesse
Avecques m’amye ma niepce,
Et vous me ferez grand plaisir.
J’acompliray vostre desir
Et feray vostre volunté:
Sà, dame pleine de beaulté,
Venez dancer la basse dance.
Rendre vous veulx obeyssance,
Ma dame, car c’est bien raison.
Avez vous veu vostre mignon,
Le gentil galant
Dictes, ma
Affaicté avez le chiennet
Dont vostre cas n’est pas trop net?
Je le vous dy priveement.
Je ne sçay quel affaictement
[E3r] Vous pensez, ma dame, pour voir:
Talent je n’ay d’amy avoir
Qui ne soit du tout à l’honneur
De mon oncle, mon cher seigneur;
Autrement je seroys traystresse.
Vous estes tres bonne maistresse
Qui avez apris le mestier
Du petit chiennet affaictier,
Chastellaine, tant vous en dy.
Helas, vray Dieu, dont vient cecy?
Maintenant je suis bien trahye!
Dont procede la villennie
Qui sur moy a esté gectee?
Las, chetive, desconfortee!
Or congnoys je bien maintenant
Que failly a au convenant
Mon amy que tant fort j’aymoye.
Helas! Mon soulas et ma joye,
Mon plaisir, toute ma lyesse,
Pas bien n’avez tenu promesse;
Quel desplaisir vous ay je faict,
Ne en quoy vous ay je forfaict?
Certainement jour de ma vie
[E3v] Envers vous ne feis villennie.
Quant dedans le vergier entraste
Foy et loyaulté me juraste
Que la tiendriez entierement:
Et maintenant voy clerement
Que vous avez faict le contraire.
Las! Chetive, que doibtz tu faire
Quant tu as perdu ton desir
Ton soulas et tout ton plaisir,
Tout ton cueur, ton esbatement?
Certes, je m’esbahys comment
Il m’a esté si desloyal:
Plus le maintenoye feal
Que trestous les hommes du monde.
Helas, quelle douleur parfonde
Il a mis à mon paovre cueur!
Helas! Vray Dieu et vray Seigneur,
Comment avez le cueur si fier
De ma mort querir et cercher?
Dont vous procede ce couraige
De m’avoir faict si grand oultraige?
Bien sçavez que jour de ma vie
Envers
Ne chose qui vint à reproche.
Vous jurastes de vostre bouche
[E4r] Que me tiendrez le compromis
Que vous et moy avions promis,
Mais or congnoys je maintenant
Que faulcé avez faulcement
Vostre serment, dont avez tort.
Mais je considere au fort
Que de ce faire avez raison,
Car je croy qu’en autre maison
Plus belle dame avez conquise
Que moy, et aussi mieulx apprise.
Je suis seure que
Si est vostre dame et maistresse,
Bien je congnoys et apperçoy
Que vous l’aymez trop plus que moy.
Se Dieu ait de m’ame pitié!
Plus vous aymoye la moytié
Que moy, je vous jure mon ame.
Vous m’avez faict trop grant diffame
De m’avoir ainsi dessellee:
Mon amour vous avoys donnee
Comme celluy qui tant j’aymoye.
Boire ne manger ne pouoye
Se je n’estoye avecq vous.
Helas, mon cueur, mon amy doulx,
Et que vous ay je faict ne dit?
[E4v] Envers vous aucun contredit
Jamais ne feis certainement:
Je vous aymoye si loyaulment
Qu’il n’est possible à creature
De plus aymer, je vous asseure.
Quant avecq moy vous estiez,
En me baisant vous me disiez
Que m’aimiez de bon cueur et d’ame
Et que j’estoye vostre dame:
Vous le disiez si doulcement,
Et je vous croyois fermement.
Point n’eusse cuidé à nul feur
Que eussiez
Ne pour royne, ne pour duchesse,
Ne pour dame de grand haultesse
Comme avez faict, dont suis dolente.
En vous j’avoye mon entente
Plus qu’en tous les hommes du monde:
S’il n’est ainsi, Dieu me confonde
Et que meure cruellement.
Helas, mon amy, et comment
Avez vous eu si faulx couraige?
Ung chascun vous tenoit si saige,
Si doulx, si courtoys, si begnin:
On ne sceut jamais que venin
[E5r] Vous portissiez en jour de vie,
Mais maintenant m’avez trahye.
Helas, helas, pour Dieu mercy,
Pourquoy suis je trahye ainsi?
J’ay esté si treslonguement
Sans avoir amy nullement,
Et si faulcement m’a deceue.
Helas! Pourquoy suis je venue
À ceste langueur orendroit?
Las, que feray? Est ce doncq droict
Que j’aye mal contre le bien?
C’estoit tout mon cueur et mon bien,
Tout mon soulas et mon amour.
Je suis pleine de grand doulour:
Or puis je bien crier helasse!
Que fera ceste paovre lasse?
Si grand courroux au cueur en ay
Que de plus vivre cure n’ay,
Ne ma vie ne me plaist point:
Je pry Dieu que la mort me doint
Et que tout ainsi vrayement
Comme j’ay aymé loyallement
Celluy qui ce m’a pourchassé
Ait Dieu de mon ame pitié.