Transcription Transcription des fichiers de la notice - Extrait : 1540c [Denis Janot] La châtelaine de Vergi BnF Extrait 16 1540c. chargé d'édition/chercheur Davril, Claire Équipe Tragiques Inventions, Magda Campanini (Univ. Ca' Foscari-Venezia), Anne Réach-Ngô (UHA, IUF) ; EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle) PARIS
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1540c. Fiche : Équipe Tragiques Inventions, Madga Campanini (Université Ca' Foscari), Anne Réach-Ngô (UHA, IUF) ; EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l’Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
Paris (Fr), Bibliothèque Nationale de France, BnF RES-YE-2963
Français

[E5v] Comment la Dame du Vergier print congé devant sa mort des seigneurs et dames et de son loyal amy le noble Chevalier, puis demoura transie.

Adieu mon cueur, adieu m’amour,

Mourir me convient sans sejour:

De vous je fais departement.

Je pry Dieu que benignement

Vueille conduyre ma paouvre ame;

Je meurs icy en grand diffame

Sans faire nul tort à pucelles.

Adieu, dames et damoyselles,

Helas! Le cueur me fend parmy.

À Dieu vous command, mon amy,

Le cueur me fault, plus ne voy goutte.

Comment, aprés que le Chevalier eut congneu que sa dame par Amours estoit morte à cause de sa convenance, laquelle n’avoit tenue, remonstre au Duc sa faulceté, et du desplaisir qu’il a se tue devant tous.

Le Chevalier

Helas! Je voy bien que sans doubte

Pour bien faire me vient le mal:

Ha, Duc, es tu si desloyal

Que as failly de convenance?

Mon ame s’en va en balance

[E6r] Pour ton faulx et mauvais parler,

Pourtant que ne voulz accorder

Ne consentir à la Duchesse,

Qui vouloit estre ma maistresse

Et m’amye par grand desir:

Je ne voulz faire à son plaisir,

Dont elle fut si eschauffee

Que tost comme desesperee

Donna à son mary entendre

Que par force la voulois prendre

Et que je l’avoye requise

De peche faire à ma guise.

Helas! Et pour moy excuser

Et le contraire mieulx prouver

Luy monstray ma tres doulce amie.

Las! M’as tu celle compaignie

Faicte et celle trahyson?

Helas, helas, Dieu luy pardon!

Faulx Duc, tu es trop desloyal,

Las! Je pensoye que feal

Tu feusses par ta convenance.

Par ta mauldicte decepvance

Ton ame si sera dampnee:

Faulcement tu l’as desellee

Comme traystre et desloyal.

Plus te cuidoys estre loyal

[E6v] Que trestous les hommes du monde.

Helas, quelle douleur parfonde

M’est au ajourd’huy mesadvenu!

Convenance n’ay pas tenu

À elle, dont j’ay trop grand tort;

Pour moy elle receu la mort,

Pour elle la veulx recepvoir.

Helas, Amours, quel desespoir

Vous est venu ne quel tourment!

Je n’eusse creu certainement

Que sans moy si tost mourussiez,

Au moins que vous ne me dissiez

Premierementvostre couraige.

Helas, ceste mort m’est sauvaige

Et à mon paouvre cueur amere,

Plus que celle qui est amere.

Je doibs mourir, c’est bien raison,

J’ay envers vous faict mesprison

Qui point ne sera reparee,

Tant fut longue la demouree.

Sans plus attendre monstreray

Que plus de vivre cure n’ay.

Je prie à Dieu le tout puissant

Qu’i nous garde de dampnement,

À la doulce vierge Marie

Qu’elle nous soit dame et amye.

[E7r] Et se peine debvez porter,

Doulx Dieu, je veulx supporter.

Plus certes ne pourroye attendre

De la mort recepvoir et prendre.

Doulx amans, priez tous pour moy

Car pour aymer la mort reçoy.

Adieu m’amour, adieu m’amye,

Adieu, la noble compaignie.

Comment les nouvelles furent annoncees au Duc que sa niepce et son chevalier estoient mors.

L’escuier

Ha, cher seigneur, pour Dieu mercy,

On a faict trop grand meudre icy,

C’est assavoir du Chevalier

Et de ma Dame du Vergier:

Tous deux sont mors presentement.

Le Duc

Helas, doulx Dieu omnipotent,

Comment leur est il advenu?

L’escuier

Le Chevalier estoit venu

Aprés s’amye dernier,

Mais vostre niepce vint premier

Se complaignant de son amy,

Lequel l’avoit trahye ainsi

Et descouverte leurs amours;

Si trespassa par grand douleurs

Pour ma dame qui la tansa