Transcription Transcription des fichiers de la notice - <em>Mythologie</em>, Paris, 1627 - V, 17 : D’Adonis Conti, Natale 1627 chargé d'édition/chercheur Équipe Mythologia Projet Mythologia (CRIMEL, URCA ; IUF) ; projet EMAN, Thalim (CNRS-ENS-Sorbonne Nouvelle) PARIS
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1627 Fiche : Projet Mythologia (CRIMEL, URCA ; IUF) ; projet EMAN, Thalim (CNRS-ENS-Sorbonne Nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l’Identique 3.0 (CC BY-SA 3.0 FR)
Paris (France), BnF, NUMM-117380 - J-1943 (1-2)
Français

D’Adonis.

CHAPITRE XVII.

Genealogie d’Adonis.ADONIS pere de Priape fut fils de Thias & de Myrrhe, laquelle eſperduëment amoureuſe de ſon pere, couchant auec luy par la tromperie de ſa nourrice, engendra ceſt Adonis. Mais comme elle continuoit de l’aller trouuer de nuict, ſans qu’il deſcouuriſt que ce fuſt ſa propre fille, il luy prit enuie de voir en face celle auec qui il prenoit vn ſi doux plaiſir. Pour cet effect, fit allumer vn flambeau, & ayant apperceu la fraude de ſa fille, & l’inceſte qu’il auoit commis, il en eut telle componction, honte & creuecœur, que tranſporté de grande choſe, il ſauta aux armes, & tirant ſon eſpee, courut apres. Mais elle ſe mit en fuite, & ſe ſauua en la contree des Sabeens, puis s’ennuyant de viure ainſi exilee, elle pria les Dieux de la vouloir tranſmuer en quelque autre forme qui ne fuſt ny morte ny vifue. Metamorphoſe de Myrrhe.Sa priere exaucee elle fut conuertie en vn arbre de meſme nom qu’elle, encores auiourd’huy ſi vifuement touché d’vn repentir de ſa faute, qu’il en pleure continuellement, & diſtille vne humeur qui ſe glace en gomme, & ſe nomme Myrrhe. Ouide deſcript bien au long cette Metamorphoſe au 10. liure : toutefois il differe d’auec Lycophron en ce qu’il ne dit pas qu’Adonis ſoit né de Thias, mais bien de Cinyras Roy de Cypre. Quand ſon terme fut eſcheu, l’arbre auquel ſa mere auoit eſté changee ſe creuaſſa, & l’enfant veint au monde, que les Naïades recueillirent, & l’eſleuerent tant qu’il fuſt deſia grandelet, l’oignans ordinairement de cette liqueur qu’elles voyoient verſer à ſa mere, laquelle fut depuis dediee à Venus. Deux Adonis.Or il y a eu deux Adonis : l’vn né en la ville de Byble, l’autre en Chypre : toutefois les geſtes des deux ne ſont attribuees qu’à ce Chypriot. Apres donc la metamorphoſe de Myrrhe en vn arbre de ſon nom, & qu’elle eut accouché, l’enfant fut trouué ſi parfaictement beau, que dés lors Venus fut eſpriſe de ſon amour : & quand il fut deuenu grand, elle luy donna auis qu’il euſt à ſe garder des beſtes ſauuages & cruelles ; car il la ſuiuoit touſiours à la chaſſe, & elle continuoit à le prier qu’il ſe détournât des feres armees ou de griffes, ou de cornes, ou de dents. Teſmoin Ouide au liure ſuſdit :

Auec ſon Adonis, ſon cœur, ſon amoureux, Par foreſts, par montagne, & rocher buiſſonneux Elle court, elle broſſe ayant ſa robe ceinte Iuſques ſur les genoux comme Diane ſainte. Elle incite ſes Chiens & les haſle aux abois, Au milieu de la plaine ou des ombrageux bois, Pourſuiuant Cerfs & Daims et Lieures au pied-vite : Mais la dent & l’effort des Sangliers elle éuite. Elle éuite les Ours armez d’ongles puiſſans, Et s’eſcarte du trac de tous Loups rauiſſans. Elle ne cerche point ces Lions tant tumides Du carnage ſaoulez és troupeaux timides. Elle außi te donnoit bon aduertiſſement, Si cela t’euſt ſeruy de quelque enſeignement, De les fuir, Adon, t’vſant de ce langage : Adonis mon mignon, ſois d’vn viril courage Contre ces animaux fugitifs & coüars, Car contre ces vaillans, il y a trop d’haſars.

Venus apres luy auoir fait tel diſcours remonta en ſon carroſſe, & prit la route des cieux. Mort d’Adonis.Mais le Mignon qui penſoit bien auoir le cœur aſſis en meilleur lieu qu’elle, ſe prit incõtinent à pourſuiure vn Sanglier, qu’il trouua plus rude lutteur qu’il n’auoit preſumé : car il le tua de ſes crochets, ſans que Venus, qui n’eſtoit encore ſi loin qu’elle n’en ouyſt bien le bruit, peuſt aſſez à temps deſcendre à ſon ſecours. Tout ce qu’elle pût faire en memoire de luy, fut de raſſembler ſon ſang, l’inſpirer de tres-ſouëfue odeur, & le changer en Roſe de meſme couleur, qui auparauant n’eſtoit que blanche. Theocrite en l’epitaphe d’Adonis dit qu’il mourut d’vne bleſſure en la cuiſſe :

Le bel Adon bleſſé en ſa cuiſſe negine Git és monts deſchiré d’vne dent yuoirine.

Compoſition de Venus auec Proſerpine.Sappho en ſes vers eſcrit que Venus poſa ſon Adonis mort parmy des Laictuës. On dit auſſi que Venus fit pache auec Proſerpine, qu’Adonis demeureroit ſix mois auec elle aux Enfers, à telle condition toutefois qu’elle ne coucheroit point auec luy, ny ne l’embraſſeroit : & que les autres ſix mois, elle (à ſçauoir Venus) le reprendroit. D’autres diſent qu’Adonis ne fut pas ſi vaillant que d’attaquer le Sanglier, mais que le Sanglier ſe rua le premier ſur luy, & que c’eſtoit vne menee de Mars. Mars aymoit Venus, & Venus (comme nous auons dit en ſon diſcours) auoit poſtpoſé tout autre amour à celuy de ſon Adonis. Il ſe fit donc acroire qu’il pourroit ſeul poſſeder tout le cœur & l’amitié de Venus, s’il faiſoit mourir ſon mignon. Roſe rouge nee du ſang de Venus.Sur ces entrefaites il luy ſuſcita ce Sanglier, & comme Venus ſe haſtoit pour l’aller ſecourir, elle s’eſcorcha le pied contre vn roſier, ce qui fut cauſe que la Roſe qui n’eſtoit que blanche, deuint auſſi pourprine & rouge. Feſte d’Adonis.Les Atheniens ſolemniſoient vne feſte à l’honneur d’Adonis, qu’ils appelloient la feſte d’Adonis, en laquelle ils luy offroient de toutes ſortes de fruicts que l’Automne porte : & ſemoient du bled & de l’orge en des jardins & vergers prés leurs fauxbourgs, ombragez de grande quantité d’arbres fruittiers, & les appelloient, Les iardins d’Adonis. Ceux auſſi d’Alexandrie celebroient auec grande deuotion la feſte d’Adonis, & portoient ſon image auec beaucoup de magnificence. Auſſi faiſoient ceux de Die en Macedoine, où Hercule paſſant vn iour, & voyant vne bonne troupe de gens ſortir de ſa chappelle, il y voulut entrer comme eux : mais ayant demandé à l’vn des aſſiſtans, à quel Dieu eſtoit dedié cette chappelle, il luy reſpondit, à Adonis. Ce qu’entendant il ſe print à dire, Il n’y a là point de religion. Lucian en la Deeſſe Syrienne nous apprend comme les Aſſyriens celebroient la ſolemnité d’Adonis : Ils maintiennent (dit-il) qu’Adonis fut bleſſé par le Sanglier en leur pays : & en memoire de la douleur qu’il endura, ſe frappent à grands coups de poing tous les ans, & hurlent, & font feſte ce iour-là, auquel ils meinent grand dueil en toute la contree : & aprés qu’ils ſe ſont bien battus & lamentez, premierement ils font ſacrifice à Adonis, celebrãs ſon bout de l’an, cõme eſtant treſpaſſé : puis aprés le lendemain ils diſent qu’il eſt viuant, et l’enuoyent au Ciel. Le plus magnifique Temple qu’euſt Adonis eſtoit celuy de Chypre, où il y auoit vn tres-precieux carquant ou collier, qui porta depuis le nom d’Eriphyle, pource qu’elle l’ayant receu de Polynice fils d’Oedipe, Roy de Thebes, trahit ſon mary Amphiaraus qui s’eſtoit deſrobé de peur d’eſtre contraint d’aller au voyage de Troye, ſçachant bien qu’il y mourroit. Amphiaraus indigné de la perfidie de ſa femme, cõmanda à ſon fils Alcmeon, qu’à la premiere nouuelle qu’il auroit de ſa mort, il euſt à tuer ſa mere ; ce qu’il accomplit pour venger le decez de ſon pere. Il y auoit auſſi vne riuiere nommee Adonis, qui paſſoit par le Liban, mont de Syrie, & diſoit-on qu’il eſtoit ſanglant lors qu’on faiſoit la feſte d’Adonis. Voilà les contes des Anciens touchant ce mignon.

Mythologie d’Adonis.Ils ont feint que ſa mere ſouhaita d’eſtre tranſmuee en arbre, à cauſe de la honte & remors qu’elle auoit de ſon inceſte, & que pour cette cauſe elle deſiroit d’euiter la compagnie des humains. Cela touche la conuoitiſe & l’appetit desbordé de beaucoup de femmes ; car nous auons deſia dit ailleurs, que les Fables des hommes concernent la reformation des mœurs ; & celles des Dieux, ſe rapportent aux cauſes & aux raiſons naturelles. Or ce conte nous apprend quels remors ſentent en leur conſcience les mal-viuans, & comme le reſouuenir de leur mauuaiſe vie paſſee les bourelle en leur ame : & que bien ſouuent les hõmes ne ſçauent que c’eſt qu’ils demandent à Dieu, veu que quand leur priere eſt exaucee, ils cognoiſſent alors, mais trop tard, qu’ils ont ſouhaité choſe abſurde, ou deshonneſte, ou damnable, ou inique & meſchante, deuant l’ottroy de laquelle ils s’eſtimoient miſerables & maudits. Expoſitiõ de la pache de Venus auec Proſerpine.Ce qu’on dit que Venus & Proſerpine partagerent enſemble l’annee, en ſorte que l’vne iouyroit d’Adonis ſix mois, & l’autre pareillement les autres ſix : quelques-vns l’expoſent prenant Adonis pour le bled ſemé, qui eſt vne partie de l’annee caché ſous terre, & l’autre partie Venus le tient, c’eſt à dire, la temperie de l’air iuſqu’à ce qu’on le moiſſonne. Toutefois Orphee en l’hymne d’Adonis tient qu’Adonis eſt le Soleil meſme, diſant qu’il donne nourriture à tout ce qui eſt au monde, & fait germer & produire toutes plantes, & le qualifie de tels tiltres :

Multiforme, auiſé, qui donnes nourriture, Eſtant maſle & femelle, à chaſque creature : Qui tout plant fais germer, qui reſteins ton flambeau. Puis derechef nous viens eſclairer de plus beau.

Et faut entendre que ceux qui ont pris Adonis pour le Soleil, feignent qu’il fut atteint & deſchiré par vn Sanglier, animal dangereux, couuert d’vn poil rnde & piquant, pource que le froid de l’hyuer eſt rude & aſpre, & fait defaillir la force du Soleil : choſe du tout contraire à Venus, qui tandis que l’air eſt bien temperé, ſe maintient gaye & fraiſche. Quand donc le Soleil ſe tient és ſix ſignes meridionaux cheminant par le Zodiaque, & que les iours ſont courts, & les nuicts longues, c’eſt alors qu’Adonis fait ſes ſix mois aux Enfers : mais quand les autres Signes Septentrionnaux nous ramenent les longs iours, alors il va trouuer Venus, qui rend aux terres toute leur beauté & leur bonne grace. C’eſt pourquoy Orphee dit qu’il eſt tantoſt au Ciel, tantoſt aux Enfers :

Qui vas tantoſt cerchant l’horrible obſcurité, Puis r’enflammes les Cieux de nouuelle clarté.

Voila cõme quoy les Poëtes ont enueloppé ſous telles feintiſes preſque tous les ſecrets de nature. Or entrõs en la conſideration du Soleil.