Lesuire

Connaissez-vous Lesuire ?


Histoire de la conservation des fonds

Histoire de la conservation de ces archives

 

     Le fonds Lesuire à Laval est en réalité constitué de trois fonds : l’un se trouve aux Archives départementales de la Mayenne, une autre à la Bibliothèque municipale Albert Legendre, le troisième au Musée du Vieux Château de la ville. Pourquoi une partie des papiers de cet homme de lettres natif de Rouen, secrétaire à la cour ducale de Parme, décédé à Paris se retrouvent-ils à Laval ? L’histoire de leur origine et de leur répartition peut être en bonne partie reconstituée à partir de sources primaires et secondaires.

     Robert-Martin Lesuire est mort sans descendance. De ses neuf frères et sœurs, seul Pierre-André, son frère aîné (1742-    ), peintre miniaturiste, a laissé un fils dont nous avons gardé la trace. Il s’agit de Robert Théodore, né de son mariage avec la peintre miniaturiste Justine Corranson, le 14 janvier 1780 à Paris. Il décède à Laval à son domicile rue du Bosc le 29 août 1848, retraité, après une carrière comme vérificateur de l’enregistrement et des domaines[1]. L’oncle et le neveu étaient-ils restés en contact ? Se rendaient-ils visite, correspondaient-ils ? Robert-Martin avait-il établi un testament en faveur de Théodore ou bien ce dernier s’était-il rendu à Paris pour prendre les affaires de son oncle au moment de son décès ? Toujours est-il que les papiers de Robert-Martin se retrouvent entre ses mains, à Laval.

     Le fonds conservé au musée du Vieux Château comprend quatre miniatures réalisées par les parents de Théodore : le portrait de Pierre-André Lesuire par Justine Lesuire, daté de 1783 ; le portrait de sainte Madeleine par Justine Lesuire, daté de 1777 ; le portrait de Necker ou de Diderot par Pierre-André Lesuire, daté la deuxième moitié du 18e siècle ; le portrait de A. Justine Corranson par Pierre-André Lesuire, daté de 1783. Les modalités de l’entrée de ces miniatures au musée sont expliquées dans un article de la Commission historique et archéologique de la Mayenne paru en 1892[2]. Elles ont été achetées par le Musée d’Archéologie de Laval en 1890 lors d’une vente de la collection privée de M. Charles Bourgneuf, amateur d’art de Laval. « Il les possédait, précise l’auteur de l’article, depuis de longues années et les avait achetées à une vieille servante de M. Théodore Le Suire. »

    Le cheminement des manuscrits de Robert-Martin jusqu’aux Archives départementales d’un côté et la Bibliothèque municipale de l’autre est moins direct.

     Sur l’acte de décès de Théodore figure comme témoin Joseph Meslay (1786-1870), présenté comme son voisin. Or, Joseph Meslay est alors notaire à Laval. Il est fort probable que, soit par sa fonction, soit par des liens de voisinage ou d’amitié, il soit entré en possession des papiers de Robert Théodore que lui-même avait hérité de son oncle. À son décès, Joseph Meslay transmet ses papiers à sa fille Joséphine Meslay (1817-1871), épouse de Pierre Queruau-Lamerie (1813-  ). Leur fils, Pierre-Émile Queruau-Lamerie (1841-1929), juge à Angers, érudit attaché à la ville de Laval, membre de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, aura ainsi reçu en bout de chaîne les papiers de Robert-Martin.

     Il en transmet une première partie à la Bibliothèque municipale en 1884. Le fonds comporte six manuscrits cotés Ms40, 41, 42, 44, 45 et 46. Une mention portée sur le manuscrit 40 indique qu’il provient de la bibliothèque Meslay et a été donné par Émile Queruau-Lamerie à la date du 19 novembre 1884. Les autres manuscrits portent les mêmes indications que confirme le registre inventaire. À cette date, le tout récent bibliothécaire titulaire est Daniel Œhlert. Scientifique et érudit, il s’investit dans l’enrichissement des collections de la bibliothèque et rédige un inventaire des Manuscrits de la bibliothèque de Laval, en 1886[3]. On comprend ainsi le soin qu’il a pris à relier les manuscrits de Lesuire, au détriment parfois de leur lecture, et s’explique peut-être ainsi également la séparation de la bibliothèque Meslay en deux fonds : les manuscrits conservés à la bibliothèque sont de même format (donc plus faciles à conserver) et de nature moins hétérogène ; ce qui n’a pas été retenu par le bibliothécaire aura été remis aux Archives départementales plus tard par Émile Queruau-Lamerie.

     En effet, la fiche d’entrée du fonds 17J dit « Fonds Queruau-Lamerie » établie par les conservateurs des Archives départementales indique une entrée successive des différentes pièces entre 1904 et 1923. La seule mention, quoique vague, pouvant correspondre aux papiers Lesuire (fonds 17j9 à 17j16), concerne les deux années 1918-1919, indiquant « une cinquantaine de pièces curieuses, presque toutes importantes, de la période révolutionnaire. » Une notice rédigée par Pierre-Émile Queruau-Lamerie lui-même sur le verso de faire-part et d’enveloppes portant son adresse rue des Arènes à Angers[4]  décrit – avec quelques erreurs toutefois[5] – le dossier 17J9. Le paragraphe chronologique consacré à Pierre-Émile Queruau-Lamerie dans le procès-verbal de la Commission historique et archéologique de la Mayenne daté du 25 septembre 1929 conforte ce récit de filiation des papiers Lesuire en indiquant que des « documents curieux prélevés dans les dossiers de famille[6] » lui étaient parvenus par héritage de son grand-père maternel – parmi lesquels se trouvaient possiblement les papiers de Robert-Martin[7].

[1] Acte de décès de Robert Théodore Lesuire, acte n°498, fonds 4E159/174, Archives départementales de la Mayenne.

[2] Tancrède Abraham, « Pierre-André Lesuire et Marguerite-Antoinette-Justine de Corranson miniaturistes », Commission historique et archéologique de la Mayenne, vol. 1, 1892, p. 26-35. L’auteur dresse la liste des miniatures et émaux de la collection Bourgneuf, parmi lesquels figurent deux autres œuvres de Pierre-André Lesuire qui n’ont pas été achetées par le musée de Laval.

[3] Daniel Œhlert, Manuscrits de la bibliothèque de Laval, Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France des Départements, Paris, nouvelle série, tome IV, p. 349-369, 1886.

[4] https://eman-archives.org/Lesuire/admin/items/show/260

[5] Robert-Martin est confondu avec son frère Pierre-André ce qui provoque l’étonnement de Pierre-Émile qui écrit : « Il [Pierre Lesuire] semble avoir renoncé à son art de peintre pour s’occuper de littérature. […]. Nous avons été quelque peu surpris de voir comme nom de l’auteur des romans cités ci-dessus, celui de Corranson Le Suire. Serait-ce que sa femme fût l’auteur de ces ouvrages, ou fut-elle simplement la collaboratrice de son mari qui, pour la remercier et lui faire honneur, a placé son nom, Corranson, avant le sien, sur les titres des dits volumes. » De même, il pense que les lettres de Voltaire et Beaumarchais dont il donne copie étaient adressées à Pierre-André et non à Robert-Martin, que les noces auxquelles Lesuire aurait invité Voltaire désignaient son propre mariage alors qu’il s’agissait en réalité d’une référence à la parution de sons poème Les Noces patriarchales en 1777. Ibid.

[6] Procès-verbal de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, 25 septembre 1929, p. 68.

[7] Cependant Pierre-Émile n’établit pas de lien avec son grand-père quand il décrit le fonds 17J9, expliquant que ces papiers « ont dû être vendus à des brocanteurs et ont sans doute passé entre plusieurs mains avant d’arriver dans les [siennes]. » Sans l'acte de décès sous les yeux, un maillon important de la chaîne lui manquait pour établir le lien avec Théodore (https://eman-archives.org/Lesuire/admin/files/show/375).

Comment citer cette page

Bénédicte Obitz-Lumbroso, "Histoire de la conservation des fonds"
Site "Connaissez-vous Lesuire ?"
Consulté le 07/12/2022 sur la plateforme EMAN
https://eman-archives.org/Lesuire/histoire-de-la-conservation-des-fonds
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