Guizot-Lieven

Correspondance croisée entre François Guizot et Dorothée de Benckendorff, princesse de Lieven : 1836-1857


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Mot(s)-clef(s) recherché(s) : Solitude

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Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
197 Baden le 14 juin 1839, 7 heures du matin

Ma nuit a été meilleure, mais une mine est affreuse. Baden est ravissant pour tout le monde mais si triste pour moi. Je n’y vois pas une personne isolée. Il n'y a que moi seule, seule. Et vous savez comme cela me va. Je n’ai pas eu de lettres. Je me remets au courant de mes correspondances, je devais des réponses partout, mais au fond les lettres que je vais recevoir ne me feront aucun plaisir. Il n'y a que les vôtres qui comptent, sans les quelles je ne pourrais vivre. Et puis il y a les nouvelles de Pétersbourg qui me font quelque chose, mais ces lettres là, je ne sais jamais si je dois les ouvrir. J'aurais envie de vous les envoyer cachetées. Ah que vous me manquez pour tout, pour tout ! Soyez bien sûr de cela et qu'il n'y a pas une minute de la journée où vous ne soyez présent à ma pensée.

Samedi le 13 à 8 heures
Comment pas de lettres de vous ! Au nom de Dieu ne me donnez pas ces inquiétudes, je n’y pense pas suffire. Il me semble maintenant que le plus grand des malheurs pour moi serait de rester deux jours sans nouvelles de vous. Je ne pense qu'à cela depuis hier cinq heures, l'heure de la poste. J'ai été bien loin dans les montagnes, les forêts, il faisait si beau, il y ferait si beau avec vous. Je n'avais besoin de rien, de personne ; ce qui se passe dans le monde me serait indifférent, vous ne savez pas à quel point cette image me plait. Et puis j’étais si triste si triste. Vous êtes si loin. Ce grand fleuve qui nous sépare, je le regardais du haut de cette grande montagne et j'avais le cœur serré.
Je continue dans ma solitude, je vois Mad. de Talleyrand une fois le jour de 2 à 3 voilà tout. Et Marie part pour une semaine pour Carlsruhe ainsi pas même sa petite visite du matin d’un quart d’heure. Ah, que je suis seule ! Et puis je me sens malade, je deviens très faible. Je ne sais ce que c'est ; je me portais mieux à Paris où je me portais mal. Enfin jusqu'ici je ne vois pas que j'aie bien fait de vous quitter. Pourquoi ne m'avez-vous pas retenue ?

5 heures
Voilà votre lettre, et me voilà rassurée. Mais pourquoi est elle venue si tard ! J’espère que votre rhume est passé. Aujourd'hui vous allez à Paris, n'est-ce pas. Tout ira mieux de là. Il faut remettre ma lettre à la poste. Il faut donc vous quitter Adieu. Adieu. Ecrivez-moi, aimez- moi, Adieu.
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Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
262 Paris, Dimanche 15 septembre 1839 9 heures

Je vous vois fort occupé de moi, de ma solitude, des moyens de la soulager. Je vous en remercie. Il y a bien de l'amour dans cette préoccupation et il y a un peu de remord n’est-ce pas ? Tandis que vous me proposez de me trouver quelqu’un qui vint me faire lecture le soir. Moi je ne pensais qu'à cela aussi. Et c’est mon pauvre médecin que je tourmente pour trouver quelque jeune fille qui s'en charge. J'aime les jeunes visages. Cette petite Ellice ne me sort pas de l'imagination. Jusqu’ici il ne trouve rien, je m’adresserai à Génie.
Les soirées sont bien longues depuis 6 heures je ne puis plus lire. Hier à l'exception d’une visite de Madame Appony j'ai été seule tout le jour, couchée sur mon canapé, pensant, rêvant. Pas une pensée pas un rien qui ne me ramène à la plus triste des réalités. Mon isolement complet.
Voici deux jours que je ne me suis nourrie que d'un peu de bouillon. Les crampes ont diminué, et j’ai dormi cinq heures cette nuit. Le médecin est venu trois fois chez moi hier. Je n’entends pas parler de Démion. Je vous remercie de la Révolution de Thiers, je prierai Génie de le prendre chez vous. Vous voyez, que n'ayant vu personne Je n'ai rien de nouveau à vous dire. Voilà Don Carlos à peu pris en France, c’est donc fini. Je vais écrire à mon frère quoi que cela me fatigue. Adieu. Adieu, que de fois nous répéterons ce stérile mot ! Adieu.
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Collection : Aucune collection
Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
268 Paris Samedi le 21 septembre 1839,

Je sors tous les soirs malgré la pluie que voulez-vous que je devienne ? Je tue le temps faute de pouvoir l’employer. La femme la plus sotte ne mène une existence plus bête que la mienne. Les journées deviennent bien courtes. La causerie serait si bonne, si douce quand le jour disparaît. Et vous êtes au Val-Richer et moi seule, seule, seule ici. J'ai vu Armin hier au soir chez lui. C'est un ami de désespoir qui m’a pris. Je l’ai trouvé seul bien établi et bien étonné de ma visite. L'étonnement l’a rendu bavard.
L’affaire d’Orient n’offre plus de danger. L'Angleterre s’entend avec nous. Il n’y a que la France qui soit en bravades, sans doute pour les députés. Aussi n’y fait-on pas grande attention voilà à ce qu'il me semble la situation du moment.
M. de Jennisson ne se presse pas de me faire place. Il a cependant remis son bail à Démion. Moi je suis pressée de sortir d'ici d’autant plus qu'on m'en chasse. Il y a des gens qui me disent qu'il faut me hâter. de signer et de conclure avec M. Démion sans cela, s'il trouve 60 francs au dessus de 12 mille je perds l’appartement. Je vais faire cela aujourd’hui.
Je n’ai rien de mon fils, rien de mon frère. Soyez sûr qu'on ne prendra. pas la peine de m'informer de mes affaires. Génie dit que le Val-Richer est bien humide ; cela va mal à votre rhume. Et comment rester tard dans l’année dans un lieu humide ? Songez à cela, si non pour vous, pour vos enfants, votre mère. Adieu. Adieu, continuez-vous à recevoir des lettres de M. Duchâtel ? Vous ne me dites pas une pauvre nouvelle. Il me semble que vous vivez à Kostromé. Adieu. Adieu.
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