Espace Afrique-Caraïbe

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Chronique assassine, 1995


Auteurs : Sassine, Williams

Présentation de la collection

Consulter les chroniques de l'année 1995.

Les vœux du Président sont prononcés et ce début d’année voit la fin des manifestations de déflatés et chômeurs, au point que les policiers réclameraient volontiers de nouveaux déflatés pour les faire agir. L’insécurité est bonne toutefois : « elle fait rentrer plus tôt les maris infidèles ».

L’opposition réclame la tenue d’élections législatives, le président n’en a cure puisqu’il a déjà tous les pouvoirs sur l’armée, les préfets, les gouverneurs.

Ces élections mobilisent l’actualité du pays : elles auront lieu le 11 juin 1995, avant cette date on assiste aux préparatifs, la campagne, les dépôts financiers de garantie de 200 mille FG, après cette date, cela sera l’installation de l’assemblée…

Les mois qui précèdent ces élections, on lira l’énumération de tous les maux du pays, la pauvreté, le chômage, la faim, la maladie, courte de préférence, les ordures, le chacun pour soi, le « débrouiller n’est pas voler, quand il n’y aura plus rien à voler, on se mettra au travail ». On lira également l’énumération de tous les projets en cours, transparence, école, élections législatives, arrestations etc… les 10 commandements de la 3ème Roue publique.

Une femme dira : Mon mari pratique la polygamie politique… tout ce qu’il ramène en ce moment, ce sont des tricots publicitaires, mais est-ce qu’on peut manger un tricot ?

Lors de ces élections démocratiques (ce terme, absent dans les langues du pays, peut-il être guinéen ?), une centaine d’observateurs observent le déroulement et les résultats sont annoncés le 21 juin. L’opposition est dépitée et menace de ne pas siéger par les résultats. Williams Sassine rappelle que des gens se sont battus pour les élus et qu’il ne faut pas les décevoir, d’autant que l’Assemblée Nationale est le lieu privilégié d’exercice de la démocratie, lieu privilégié des rites magiques et de la véritable poésie d’un peuple.

Une fois les élections passées, la foire aux promesses est fermée. Les promesses non tenues nous transforment en indépendan-tristes. La fameuse transparence recommandée n’est en réalité qu’une transparenté. Sassine conclut toutefois que finalement, le prési actuel est le moindre mal.

Nous suivrons ensuite les analyses sur cette assemblée saladière et son Président : Biro Diallo qui a connu et soutenu tous les régimes.

Lors d’une invitation à l’IPN (Institut Pédagogique National) pour un concours littéraire sur le thème de la jeune fille, il constate et semble regretter l’absence de filles dans l’assemblée, inégalité de fait pour les femmes encore peu scolarisées.

C’est l’année du procès des Biberons noirs, les enfants malfaiteurs, procès retransmis à la RTG qui bat des records d’audience, et pose les questions sur l’éducation des enfants, la sécurité, la police, la justice, le procès de la bande à Mathias ?

En mars 1995, le Président se rend à Copenhague au « Sommet mondial pour le développement social » organisé par les Nations Unies : « j’imagine que les Danois l’ont fortement applaudi puisqu’il dirige un pays qui est un condensé de tous les maux des pays sous-développés. La liste des maux serait trop longue, autant que la liste de nos richesses potentielles ». Plus tard le Président se rend en Malaisie et Sassine imagine l’interview du Président dans une chronique, avec des questions sur ses projets.

L’année 1994, les enfants ont cotisé pour l’équipe de foot, le « Fini national » qui a perdu à Tunis. En 1995, les Guinéens sont sollicités pour contribuer à la cagnotte de la construction du barrage Garafiri, qui porte tant de sobriquets, comme autrefois on participait à « l’investissement humain ». Toute occasion d’abonder les finances de l’état est exploitée, les députés cotisent pour se présenter, Souleymane Diallo le directeur du Lynx, est arrêté et doit verser une caution colossale pour sa libération... Une aubaine pour les finances de Fory Coco.

L’OCI (Organisation de la Coopération Islamique) se rend à Conakry en décembre. Pour cela la ville est nettoyée afin d’être montrée sous son meilleur jour, une centaine de moutons maliens sont sacrifiés. Les pauvres mangent les restes. Williams Sassine regrette que l’OCI en soit restée aux apparences, sans avoir visité les hôpitaux ou la prison pour en constater le mauvais état. C’est l’occasion d’un essai sur la religion dont la puissance domine la philosophie et la science.

Williams Sassine voyage plusieurs fois pour des activités littéraires, à Niamey, capitale du Niger, dans le cadre du « mois du livre », un pays où il a vécu et dont il admire le développement, à Limoges en France, pour le Festival international des Francophonies du Limousin où il assiste aux représentations de ses pièces mises en scène à Conakry, puis à Paris invité au « Salon Plume Noire », d’où il part à Neuchâtel en Suisse où il vante l’état de son pays exotique sans dévoiler tout ce qu’il en pense. Ce seront ses derniers voyages à l’étranger.

De l’actualité internationale, Sassine retient la violence de l’exécution de l’écrivain Ken Saro-Wiwa (écrivain Nigérian et prix Nobel alternatif) et 8 autres leaders du MOSOP pendus à Port Harcourt par le général Sani Abacha : « le cœur d’un chef d’état doit être dans sa tête ». Peu de voix africaines se sont insurgées contre cette violence, dit-il. Concernant le Rwanda, l’OUA se tait et avait autre chose à faire à Addis Abeba pour se prononcer. En Israël, Le 1er ministre est assassiné par un extrémiste religieux. Enfin, à Conakry, on reconnaît enfin la puissance (néfaste) de Charles Taylor alias la Terreur au Libéria.

N’oublions pas les rappels réguliers à la situation difficile du Lieutenant-Colonel Kaba 41, le poète soldat, qui après 10 ans de camp Boiro, doit marcher pour se déplacer, ses qualités humaines et littéraires ne sont pas reconnues.
Auteur de la présentationDegon, Elisabeth

Fiche descriptive de la collection

AuteurSassine, Williams
Mots-clés
  • Le Lynx
  • Williams Sassine
GenreDocumentation - Presse

SourceLe Lynx
CouvertureConakry
ÉditeurElisabeh Degon, équipe francophone,​ Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS-ENS) ; projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle)
Contributeur(s)Degon, Elisabeth
Collection créée par Elisabeth Degon Collection créée le 04/08/2019 Dernière modification le 17/05/2021