La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


1796-1799 : Monge commissaire de la République française


Auteurs : Monge, Gaspard

Présentation de la collection
À partir de 1796 et de sa mission en Italie en tant que membre de la commission des sciences et des arts, on croit voir le géomètre s’effacer devant le patriote.
De Launay, polytechnicien et président de l’Académie des sciences en 1931, développe l’idée d’une « nouvelle orientation dans la trajectoire individuelle du savant ».[1] Aubry, historien, effectue une autre coupure, il prend le parti d’exclure systématiquement de son étude les sources relatives à son œuvre scientifique et contraint René Taton à se restreindre à la dimension scientifique sans le laisser enquêter sur la dimension institutionnelle de l’action du géomètre.[2] Selon De Launay et Aubry, son action est directement déterminée par les conditions politiques, culturelles et institutionnelles de la Révolution, et plus précisément par celles du Directoire, et sa rencontre avec le jeune général victorieux de la campagne d’Italie.[3] En outre lorsque les biographes tentent le recensement chronologique de ses activités et de ses réalisations, ils soulignent la diversité des préoccupations scientifiques (Mathématiques, Mécanique, Physique, Chimie et Arts techniques) et celle des engagements publics (pédagogique, institutionnel, républicain et impérial). Jérôme Laurentin dans l’introduction de sa thèse indique « qu’il est frappant que peu de biographes sachent aborder sans rupture l’homme et le savant ».[4] Au contraire, ses anciens élèves, spécialement Dupin, et l’historien Taton soulignent l’unité interne de son œuvre mathématique, de son œuvre scientifique et pédagogique et invitent à déterminer celle de son action publique en interrogeant les rapports entre les différents domaines d’action du savant : le domaine scientifique, pédagogique et le service public. Il faut alors enquêter sur la nature de son action publique et sur les caractéristiques de sa pratique scientifique durant la deuxième partie de la Révolution française afin de préciser les enjeux scientifiques de l’engagement public du géomètre.
 
Avant d’entreprendre l’annotation de la correspondance de Gaspard Monge de 1795 à 1799, il a fallu effectuer l’étude des récits historiques consacrés à Monge et tout spécialement à son action de 1795 à 1799. Cette étude historiographique au cours de laquelle a été observée la manière dont est présentée, organisée et interprétée l’action de Monge au service de la République a permis de  déterminer l’enjeu de l’édition de cette correspondance et de dégager des questionnements qui puissent éclairer une étude de sa pratique scientifique. Il est apparu que les éléments qui posent problème aux biographes se rattachent précisément à l’action et au discours du géomètre au cours de la Révolution. Ses activités en tant que commissaire de la République en Italie de 1796 à 1798 sont toujours décrites en les positionnant hors de sa pratique scientifique. L’engagement public de Monge  au cours de la Révolution devient d’autant plus problématique qu’il est recouvert d’une couleur politique embarrassante pour les historiens. Il semblerait que le caractère essentiellement politique et institutionnel attribué à la Révolution française voile sa dimension culturelle et intellectuelle et serve à définir l’ensemble des actions et engagements publics de la période 1789-1799.

Les travaux de Nicole et Jean Dhombres sur le monde scientifique de la Révolution sont décisifs[1] ; en montrant la naissance de la communauté scientifique, ils ont rendu manifestes à la fois la dimension collective de l’engagement public des savants au cours de la Révolution, les nouveaux rapports entre pouvoir et sciences établis par les créations institutionnelles révolutionnaires et l’engagement pédagogique des savants. Enfin,  ils ont montré tant l’omniprésence de l’idée de progrès que la diversité des attitudes idéologiques et pratiques qu’elle détermine et qui apparaissent lors de sa théorisation et de sa réalisation. Ce phénomène doit être envisagé en prenant en considération les différentes positions des acteurs publics sur l’utilité de la science, c’est-à-dire sur les conditions d’usages des connaissances scientifiques aussi bien que sur l’utilité des savants dans le domaine public. C’est précisément sur ce point qu’apparaît la différence entre les acteurs scientifiques et non scientifiques de la Révolution.

Envisager la pratique géométrique d’un savant de la fin du XVIIIe siècle en France ne peut se faire sans envisager le contexte culturel, institutionnel et politique. De même, on ne peut pas faire l’économie d’une étude de la pratique et de l’œuvre scientifiques d’un géomètre pour l’étude de son action publique. En suivant les axes déjà dégagés pour l’étude historique de l’œuvre de Monge, j’aimerais préciser cette idée d’intrication en introduisant celle d’un décalage, d’un écart entre le temps de la science et le temps politique, culturel et institutionnel et c’est, il me semble, dans la perspective de ce décalage qu’il faut lire la correspondance de Monge. Cela permettrait de réinterroger ce qui est retenu par les historiens de la correspondance révolutionnaire du géomètre : son anticléricalisme, son admiration pour Bonaparte et son virage  politique en mettant en perspective historique les réalisations révolutionnaires du géomètre dans le champs de l’histoire des sciences.

 Voir aussi Le corpus Taton 1795-1799

[1] DE LAUNAY L. (1933), Un grand Français, Monge fondateur de l'École polytechnique, Paris, P. Roger. p. 139.

[2] Voir la  présentation du corpus (vol. 2), BRET, P. (2007), p. 41 et AUBRY P.-V. (1954), Monge le savant ami de Napoléon Bonaparte : 1746-1818. Paris: Gauthier-Villars. p. IX.

[3] Patrice Bret souligne que Louis de Launay est trop hostile à la Révolution pour donner toute la mesure du citoyen Monge.  BRET, P. (2007), p. 40.

[4] LAURENTIN J. (2000a), « Fidélités et reconstructions. L’exemple de l’École géométrique française de Gaspard Monge (1771-1816) », thèse sous la direction de J. DHOMBRES, E.H.E.S.S., t. 1, p. 21.

[5]  DHOMBRES N. et J. (1989), Naissance d'un nouveau pouvoir: sciences et savants en France 1793-1824, Paris, Payot.

Auteur de la présentationDupond, Marie

Les documents de la collection

195 notices dans cette collection

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Les 10 premiers documents de la collection :

46. Monge à sa femme Catherine Huart
46. Monge à sa femme Catherine Huart
 Monge, Gaspard
La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)
8. Monge à sa femme Catherine Huart
 Monge, Gaspard
54. Monge à Catherine Huart <br />
54. Monge à Catherine Huart
 Monge, Gaspard
70. Monge à Catherine Huart (1748-1847), sa femme
70. Monge à Catherine Huart (1748-1847), sa femme
 Monge, Gaspard
76. Monge à Catherine Huart (1748-1847), sa femme<br />
76. Monge à Catherine Huart (1748-1847), sa femme
 Monge, Gaspard
81. Monge à sa femme, Catherine Huart
81. Monge à sa femme, Catherine Huart
 Monge, Gaspard
84. Monge à sa femme, Catherine Huart <br />
84. Monge à sa femme, Catherine Huart
 Monge, Gaspard
Mots-clés : ,
89. Monge à sa femme Catherine Huart<br />
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89. Monge à sa femme Catherine Huart

 Monge, Gaspard
93. Monge à sa femme Catherine Huart <br />
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93. Monge à sa femme Catherine Huart

 Monge, Gaspard
95. Monge à sa femme Catherine Huart
95. Monge à sa femme Catherine Huart
 Monge, Gaspard


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Fiche descriptive de la collection

AuteurMonge, Gaspard
Date(s)1795 - 1799
GenreCorrespondance
LangueFrançais

ÉditeurMarie Dupond (UDPN/USPC); projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle).
Contributeur(s)
  • Dupond, Marie (édition scientifique)
  • Walter, Richard (édition numérique)
Mentions légales
  • Fiche : Marie Dupond (UDPN/USPC); projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0.
  • Fonds Monge : Service Historique de l'École polytechnique (Palaiseau-France)
Collection créée par Marie Dupond Collection créée le 18/03/2016 Dernière modification le 07/02/2022