
1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
Après la révolution de février 1848, François Guizot quitte Paris et s’exile en Angleterre au mois de mars. La réception de Guizot politique en France est si négative, qu’un bruit court que cela atteint Guizot même en Angleterre.
On dit à Paris que Tallenay est rappelé pour m’avoir salué et dit bonjour dans la rue, ce qu'il n'a pas fait. Je serais étonné si Gustave de Beaumont, me rencontrant, ne le faisait pas.
Guizot souligne le ridicule de telles rumeurs, et le manque d’information. Tallenay, l’ambassadeur de la République française nommé à Londres par Lamartine, est rappelé parce qu’il n’a pas été reconnu par le gouvernement anglais et en août 1848, Gustave de Beaumont le remplace à Londres. (Voir infra et la lettre de Dorothée du 20 août) En plus des difficultés de la vie politique, Guizot doit aussi affronter la mort de sa mère fin mars. Le corpus 1848 de la correspondance Guizot-Lieven commence au mois d’août 1848. Le 12, Dorothée écrit à François de Richmond :
Votre lettre est très curieuse. Toutes vos observations justes et tristes. Je vous trouve triste en général depuis votre départ. L’air anglais est lourd, les Anglais sont lourds aussi et quand on reste quelque temps sans autre frottement, on finit un peu par la mélancolie. Je sais cela parfaitement par mon expérience.
Pour montrer à François combien Dorothée le comprend, elle rappelle son arrivée en Angleterre en 1812 après la nomination de son mari le prince de Lieven ambassadeur de Russie en Angleterre. (Voir la collection 1837 (1er juillet- 6 août) : Les premières semaines de la relation et de la correspondance entre les deux amants). La tristesse de François se lit de lettres en lettres. Le 7 août :
Le 13 août :
Certainement, je suis triste. Je vous ai dit mille fois que, sans vous, j'étais seul. Et la solitude, c’est la tristesse. Je la supporte mais je n’en sors pas.
La mélancolie de François est propice au discours du for intérieur. Le 14 août, il écrit :
Un blank day est encore plus mauvais en réalité qu’en perspective. C’est du reste mon impression sur toutes choses. J’ai toujours trouvé le bien et le mal plus grands dans la réalité que dans l’attente. Comme je trouve les vérités de la vie bien supérieures aux inventions des romans. Pour me consoler, il pleut, et je n’ai pas plus de journaux de Paris que de lettres de vous. Je pense à vous et je lis. Je remplirai ainsi ma journée. Demain vaudra mieux.
La tristesse de Guizot se double d’une sensation d’isolement.
Que de partis et de personnes de qui je ne dirai jamais le quart de ce que je pense ! Ce qu’on apprend le plus en avançant dans la vie, c’est à se taire. Et rien n'isole plus que le silence. C'est ce qui rend l’intimité où l’on ne se tait sur rien, si précieuse et si douce, à samedi.
Cette sensation d’isolement semble liée au silence auquel Guizot se contraint. Son isolement est aussi dû à son séjour à Lowestoft en bord de mer. Lundi 14 août 1848, François écrit :
Je ne connais personne ici, sauf la famille du Chief justice baron Alderson et un M. Manners Sulton, fils de Lord Canterbury. Mais tout le monde me reçoit avec une grande bienveillance. Le peuple en Angleterre sait mon nom. Et il sait aussi que je suis ami de l'Angleterre. Partout, il me traite en ami. Je jouis de cette impression.
Si l’expression de la tristesse est plus attendue dans les lettres de Dorothée, il faut remarquer comment Dorothée se montre princesse, plus légère, afin de soutenir et entraîner François. Il lui arrive même de rire de lui et de l'emploi de son temps :
Je vous admire pour votre journée de Yarmouth plus que pour tout ce que vous avez pu faire de grand dans votre vie. Grand dîner, deux heures trois-quarts d’église, le matin. Une heure trois quarts le soir. Evêque, sermons. Comme j’aurais vite fait un esclandre au bout de 10 minutes. Vous êtes un homme étonnant. Je me prosterne.
Cette journée à Yarmouth contribue à la renommée de Guizot en Angleterre avec la publication de son discours dans le Times. Et il est sensible à sa bonne réception en aimant être anglophile en Angleterre. Sa langue et son style épistolaire s'enrichissent d'anglicismes. Dorothée ne manque pas de lui donner son avis avec sa connaissance de la culture comme de la langue anglaise, elle écrit le 31 août :
Je viens de lire dans le Times votre discours à Yarmouth, extrêmement bien, & évidemment exact parce qu'il y a même quelques fautes de langue. Never mind. Il n’y en a qu’une positive. C'est le mot awfull. Vous voulez dire solennel ou imposant, et vous avez dit effrayant. Mais au total c'est un discours qui a dû faire beaucoup d’effet & de plaisir et qui est d'une grande connivence.
La réception académique de Guizot est manifeste sans dépendre des aléas de la politique. C’est l’historien et l’universitaire qui est reçu à Cambridge. Le 31 octobre, il décrit dans quelles conditions se fait son séjour.
Je suis dans une immense chambre, un vrai hall. Je sors d'un immense lit, une vraie chambre. De vieilles boiseries couvertes de vieilles estampes, la grotte de staffa la chaussée des Géants, la Cathédrale d'York, le Colysée &. [...] Un petit dîner, l’évêque d'Oxford et Milnes invités, as my friends, à passer ici deux jours. Et deux professeurs célèbres de l'Université !
Aujourd'hui, tout le jour des courses dans l'université. Grand dîner. Grande soirée. Des visites. J’en ai déjà eu hier, entr'autres Arthur Gordon, le fils de Lord Aberdeen ; a great favourite here, m'a dit mon hôte.
Voilà toutes mes nouvelles. Et voilà la cloche qui sonne pour la prière. Une vie très grave in a hurry perpétuel. Et des esprits très animés, riant beaucoup, en galopant lourdement. L’ensemble est beau, fort honnête, et me plaît sans me suffire.
Voir la lettre
Guizot marque que la réception académique ne remplit pas toutes ses aspirations. Le lendemain, François continue son récit dans lequel une différence apparaît entre François et Dorothée. Si le prestige de la princesse n’est pas abîmé par la révolution de 1848 au sein du réseau politique et diplomatique européen, Guizot rayonne au sein d’un réseau d’hommes de lettres et d’institutions scientifiques qui est étranger à Dorothée.
Tout Cambridge hier soir. Je suis resté dans le salon jusqu'à 4 heures et demie. Personne que vous connaissiez, si ce n’est Lord Northampton, un fils de Lady Westmoreland, un jeune M. Fane, grand, beau, parlant Français à merveille et aimable. Beaucoup de masters, professors, students && et beaucoup d’airs spirituels et honnêtes. Plus je regarde à l’Angleterre, plus je l’honore, et elle me convient.
Voir Johnson, D. (1976). Guizot et l’Angleterre. Bulletin de La Société de l’Histoire Du Protestantisme Français (1903-), 122, 111–120. http://www.jstor.org/stable/24294262
Une princesse diplomate Russe de retour en Angleterre
Je m'inquiète peu de votre inquiétude sur ma lettre du 16. Je veux bien que vous me montriez, mais il me convient que vous me montriez tel que je suis, pensant librement et parlant comme je pense. Sans compter que, pour plaire beaucoup, il est bon de ne pas plaire toujours, et surtout de ne jamais chercher à plaire. II y a deux choses indispensables pour être pris au sérieux par les Rois, en leur agréant, beaucoup de respect et à peu près autant d'indépendance. Je vous écrirai demain ce que vous désirez. Demain seulement parce qu'il faut que, cette fois aussi, vous envoyez la lettre même.
Le 23 août, François envoie une nouvelle lettre qui a dû être communiquée à l'Impératrice. Elle ne figure plus dans le corpus, comme celle du 16 août 1848. Il y a une seconde lettre datée du 23 août, dans laquelle François l’écrit.
Voici une lettre qui convient, je crois. Et aussi celle que vous m'aviez envoyée. Intéressante, mais trop pressée.
Dorothée en Angleterre reprend ses habitudes tant sociales que politiques. Par correspondance ou conversation dans les salons, Dorothée est actrice au sein du réseau politique et diplomatique, elle reste ainsi en position de conseil avec François. Une fois encore, elle prie François de ne pas répondre au bruits qui courent sur son influence présumée sur la politique en France après Février 1848.
Vous êtes loin, vous n'êtes dans le cas d’émettre votre opinion ni sur les choses, ni sur les personnes. Je vous prie, n’entrez pas en discussion. Restez étranger à tout jusqu'après le procès.
Le nouveau gouvernement, mis en place après la révolution, met en accusation les ministres du gouvernement Guizot. Leur fuite n’empêche pas l’ouverture d’une enquête. Fin novembre 1848, Guizot est rassuré sur son sort comme sur celui de ses ministres.
Adieu. Adieu. Je ne sais si je vous ai tout dit. Probablement non. Car il y a trop.
François y répond le 22 août :
Très intéressante lettre. Vous ne savez pas combien j’aime votre langage si naturel, si bref, si topique.
C’est donc deux jours plus tôt que Dorothée envoie une longue lettre dans laquelle, son style épistolaire et politique apparaît au travers de différentes pratiques de retranscription d'une conversation avec l'ambassadeur de France à Londres Gustave de Beaumont. Elle reconstitue toutes les conditions de la rencontre et des échanges sans surcharger le récit. Dorothée commence par le portrait de son interlocuteur :
J'ai été hier soir chez Lord John, j’y ai trouvé M. de Beaumont. Lord Palmerston, qui était là aussi me l’a présenté. Je l’ai trouvé comme on me l’avait dit. Sa conversation m’a paru un peu lourde. Il dit les choses longuement. Il ne me fait pas l’effet d’un homme de beaucoup d'esprit, il est un peu naïf. Je lui ai fait un accueil poli. Sans empressement. Lui avait l’air charmé de causer. Le dialogue a duré plus d’une demi-heure. Moi en interrogations. Difficultés immenses. L'édifice fragile. Cavaignac très républicain. " Lamoricière républicain comme moi !" - Je vais donc supposer, Monsieur que vous ne l’êtes pas beaucoup ? Il a éludé en disant qu’avant tout & pour le moment il fallait soutenir sincèrement ce qui donnait de l’ordre.
Dans cette retranscription, Dorothée choisit pour certaines répliques le style direct. Cela donne un indice de la légèreté et de la pertinence avec lesquelles elle parvient à orienter la conversation. Une des préoccupations de Dorothée est la réception de François Guizot en France comme en Europe. (Voir les lettres) Cette période après la Révolution de février 1848 ravive la recherche des causes de l'instabilité politique, en pointant les révolutions.Dorothée met une telle énergie à s’informer, transmettre des éléments de politiques qu’elle avoue avoir plaisir à faire une pause sur ces questionnements :
Hier pas un mot de politique et je n’y ai pas pensé ; savez vous que cela repose. Et que cette continuelle agitation, excitation est très malsaine. Je ne m’agiterai tout le jour, aujourd’hui, que de votre silence, mais c’est bien pire que la politique.
Guizot politique et historien
Lors de ce séjour en Angleterre, Guizot n'est pas au service de la France et de sa politique extérieure. Guizot a plus un regard d'expert tant dans la pratique du pouvoir que dans la réflexion sur les institutions politiques et les régimes de gouvernement. L’année 1948 est l’année des Révolutions en Europe. Du mois de février au mois de juillet la France, les territoires italiens, l’Allemagne, la Hongrie, la Roumanie sont les terrains de poussées révolutionnaires et républicaines. Voir Éric Anceau , « 1848, le Printemps des peuples européens », Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe [en ligne]. À partir de l'actualité politique internationale, Guizot entame une réflexion politique en y ajoutant une perspective historique. Il continue :
Savez-vous notre mal à tous ? C’est que nous sommes trop difficiles en fait de destinée. Nous voulons faire, et être trop bien. Nous nous décourageons et nous renonçons dès que tout n’est pas aussi bien que nous le voulons. J’ai relu depuis que je suis ici, la transition de la Reine Anne à la maison d’Hanovre, et le ministère de Walpole. En fait de justice, et de sagesse, et de bonheur, et de succès, les Anglais se sont contentés à bien meilleur marché que nous. Ils ont été moins exigeants, et plus persistants. Nous échouerons tant que nous ne ferons pas comme eux. Je vous envoie avec votre lettre un papier anonyme qui m’arrive ce matin de Paris, par la poste. Les Polonais sont aussi mécontents de la République que le seront demain les Italiens. Je suppose que l’un d’entre eux a voulu me donner le plaisir de voir que je n'étais pas le seul à qui ils disent des injures.
Au travers des observations de François comme de Dorothée, la révolution et la république sont synonymes de chaos. Seule la révolution d’Angleterre a eu une issue positive pour Guizot. Il décrit le milieu politique post révolution en pointant l’ethos des hommes politiques dont l’action est dirigée plus par l’ambition que par principes politiques.
Tout le monde négocie avec tout le monde. Tout le monde se brouille, avec tout le monde. Chaos d'aveugles ivres qui ne savent plus même se servir de leur bâton pour se conduire, et s’en frappent les uns les autres à tort et à travers. Je ne sais d'où viendra la lumière qui y mettra fin, mais le chaos ne peut pas durer.
Le 28 octobre, François réagit à la manière dont sont menés les débats et les discussions sur les réformes des institutions politiques :
L’observation de la politique française répond aussi à l’attente de la stabilisation de la situation et de la détermination du sort des exilés. La question est de savoir quand François et Dorothée pourront rentrer en France et dans quelles conditions. Le 2 octobre il écrit :
Presque toutes les lettres de France croient à une crise prochaine qui nous y fera rentrer. Personne ne dit bien pourquoi ni comment. Mais tout le monde le dit, les simples comme les gens d’esprit, à mon profond regret, ce n’est pas mon impression. Voici la nouvelle qu’on m’apporte ce matin, tout bien examiné, tous calculs faits, Cavaignac et ses amis en sont venus à penser que si on tentait de le faire nommer Président maintenant il ne serait pas nommé, et que tout croulerait. Ils se sont rejetés alors dans l’expédient contraire qui serait d’ajourner la nomination du président de la République jusqu'au moment de la dissolution de l'Assemblée elle-même, c’est-à-dire après les lois organiques. Jusque-là, on resterait et exactement comme on est, sans toucher à cette machine qu'on ne peut pas toucher, sans la briser. [...] C’est un gouvernement de plus en plus convaincu qu'il ne peut pas vivre, et décidé à ne pas remuer pour ne pas mourir. En définitive, il n'en mourra pas moins. Mais cela peut durer encore quelque temps.
Une autre question qui préoccupe est la posture à adopter par Guizot sur la scène politique.
On m’écrit de Paris : " Le bruit se répand que votre candidature fait de tels progrès dans le Calvados que votre sélection y serait faite à l'unanimité. Le candidat légitimiste qui devait être porté M. Thomine, a écrit, dit-on à M. de Falloux qu’il se retirait et que lui se retirant, votre élection croît d'elle-même. " Je doute de ceci. Cependant il faut prévoir cette chance que je sois élu malgré ce que j'ai dit et fait dire. Ce sera un grave embarras.
La voie normande n’est pas la voie privilégiée par François pour sa réintégration du tissu politique français. Dorothée a un avis bien plus tranché sur la question, en continuant à lui conseiller de garder le silence et de n’envisager encore aucun engagement politique :
Pas un mot de vous à personne. J’espère qu’il n’y a rien dans les deux lettres que vous avez écrit à la Duchesse Galliera qui puisse vous embarrasser. Mais tenez pour certain que pour l’avenir ce que vous avez de mieux à faire est de ne plus lui écrire du tout. Et si vous m’en faisiez la promesse je serais plus tranquille. Elle n’est pas autre chose qu’une intrigante second rate.
Dorothée comprend que Guizot a du mal à se contenir et qu’il prépare une réponse. Guizot en recul passe facilement du commentaire de l’actualité politique à une réflexion politique plus générale et théorique. L’actualité semble stimuler sa réflexion.
J’étais en train de travail. Quand vous n’y êtes pas, c'est mon amusement. Je fais de la très bonne politique. Trop bonne. Toujours la même faute. Je puis vous le dire à vous. Je puis être avec vous aussi orgueilleux qu’il me plaît. Vous savez que je suis modeste en même temps qu'orgueilleux.
Lors de cet exil en Angleterre, Guizot se remet au travail et commence à élaborer son essai politique De la Démocratie publié au début de 1849. Dans sa lettre du 8 novembre 1848, Guizot est clair sur la position à adopter sur la scène politique. Son statut double d’historien et d’homme d’état lui permet d’utiliser un ordre du discours plus théorique, et par suite plus libre.
Vous verrez combien tout cela confirme ma résolution. Je devrais dire notre résolution de me tenir parfaitement tranquille et en dehors de toutes les menées. [...] Pourvu que mon travail m'en laisse le temps, car je veux absolument le finir sans retard et l'envoyer à Paris. Le moment de le publier peut se rencontrer tout à coup. Et dans l'état des affaires au milieu de tout ce mouvement d'intrigues croisées, je ne serais pas fâché de donner une marque publique de ma tranquillité et liberté d’esprit en parlant à mon pays sans lui dire un mot de tout cela.
Cela souligne une fois encore la question des liens entre action publique et œuvre intellectuelle, et conduit à interroger comment plus ces liens sont serrés, plus la détermination de l’homme public est forte. Alors que Guizot a déjà en tête son essai et souhaite prendre la parole à un moment, il marque sa différence avec le silence des autres politiques sur des questions décisives :
Le 1er novembre, il écrit :
Je les connais d'ailleurs ; ils ne sont ni braves, ni tenaces ; ils se dégouteront bientôt de ce métier.
En novembre 1848, Guizot exilé en Angleterre se distingue de ses amis politiques, il assure encore son engagement dans son action publique :
Dumon prétend que, dès qu’il aura cessé d'être un grand criminel, il ne veut plus être qu’un fermier. Moi qui suis décidé à rester toute ma vie un grand criminel, après comme avant mon procès, je ne me donne pas la peine d'apprendre l'agriculture.
Aberdeen, Guizot et Lieven : un trio de réflexion politique et diplomatique
Il est remarquable que Guizot n'exprime pas d'humeurs, ce qui dépasse le ressentiment est l'intérêt intense que la situation de la France et les conditions des relations entre puissances européennes provoquent chez les deux correspondants. François exilé et libéré en quelque sorte des poids d'une charge officielle, devient plus international, et continue un exercice politique au sein de réseaux sociaux et diplomatiques animés par Dorothée. Dans ce corpus, elle exprime le regret des causeries à trois avec Lord Aberdeen et François Guizot : elle en parle en terme de "Trio" avec Aberdeen.
Nous pourrions parler sur cela tout le jour, que je regrette entre autres nos trios avec Aberdeen.
L'estime de François pour Aberdeen est manifeste dans les lettres du 23 et 24 août, mais c'est surtout son caractère magnanime qui apparaît alors qu'Aberdeen publie une de ses lettres à Guizot dans la Revue rétrospective.
Je trouve dans le Times de ce matin, la lettre d'Aberdeen à moi sur le mariage Montpensier au premier moment publié par la Revue rétrospective. Publication plutôt bonne pour Aberdeen, et qui ne me fait rien à moi. Elle a été bien longtemps retardée et vient à propos pour lui, après les attaques du Globe.
Le 25 août, il poursuit :
Je tiens qu’Aberdeen a choisi son moment pour la publication de sa lettre dans la Revue rétrospective et dans le Times, et j’en souris, mais je ne lui en veux pas. Je suis fort accoutumé à ce que les hommes, même les meilleurs, même mes meilleurs amis s’inquiètent peu de me découvrir pour se couvrir et soient plus prudents pour leur compte que braves pour le mien. Dans cette occasion-ci d'ailleurs, je vous le répète cela m'importe peu, car cela ne me nuit point en France et guère ici. Le bien que l’article du Times, fait à Lord Aberdeen me convient plus que ne me contrarie mon petit déplaisir en le lisant.
En mars 1848, est publiée la Revue rétrospective ou Archives secrètes du dernier gouvernement : 1830-1848 par Jules Taschereau. L'éditeur justifie sa publication tant dans une perspective contemporaine qu'historique :
Guizot fait donc référence à une lettre d'Aberdeen du 14 septembre 1846 depuis sa résidence en Ecosse. Aberdeen est remplacé aux ministères des affaires étrangères par Palmerston depuis le mois de juin 1846. Dans cette lettre, il montre une réserve sur la manière dont se noue la question des mariages espagnols dans le jeu diplomatique entre la France et l'Angleterre alors que Guizot est, lui, toujours ministre des Affaires étrangères.
Haddo-House, 14 septembre 1846.
De son côté, Dorothée est plus contrariée par cette publication. Elle écrit le 26 août :
J’ai écrit à Lord Aberdeen un petit mot sur la publication de sa lettre. Regrettant qu'il fut vanté à vos dépends. Je crois que je ne l'aime plus du tout.
Sur la relation entre Dorothée, Aberdeen et Guizot voir les collections 1837 : Guizot en retrait du gouvernement. Dorothée se sépare de son mari et 1840 (février à octobre) : L’Ambassade à Londres.
Un quotidien en Angleterre pour la princesse et l’historien, ancien ambassadeur et ministre
Au mois de septembre 1848, après le retour de François et sa famille des bords de mer, Dorothée et lui sont établis en Angleterre. Leur correspondance se modifie, les lettres sont plus courtes, et ils utilisent la correspondance pour organiser leurs rendez-vous réguliers entre Brompton et Richmond.
Je vous ai quittée hier à 4 heures moins un quart. J'étais chez moi à 4 heures 35 minutes, ayant changé trois fois de voiture, le railway, mes pieds et l’omnibus. On ne peut guère surmonter mieux l'obstacle de la distance. Mais l’ennui de la séparation reste et il est grand.
Contrairement à François, Dorothée a une voiture et lors de leur dîner hebdomadaire, c’est elle qui organise le transport de Guizot. Le 6 septembre elle écrit :
J’avais tout-à-fait oublié une promesse de dîner vendredi chez miss Mitchell. [...] Pourriez-vous dès lors venir me voir vendredi matin ? What do you think ? [...] Vous me direz si vous venez vendredi et à quelle heure pour que ma voiture soit là. Adieu.
François est obligé d'être économe. Il n’a pas de voiture, il utilise le chemin de fer. Pour le transport et le logement de François et ses trois enfants, il faut compter.
Ce n’est pas à Yarmouth que nous allons, mais à Lowestoft, jolie petite ville neuve et en train de grandir, avec une belle plage. J’y suis allé hier. J’y ai trouvé une petite maison sur la plage, propre et suffisante, moins chère que Yarmouth et Cromer. Nous allons nous y établir demain. […]Le chemin de fer va jusqu’à Lowestoft. Trois trains chaque jour qui vont à Londres, en 5 heures et demie.
Ainsi, Le 24 Novembre 1848, François est soulagé d’un nouveau contrat signé avec l’éditeur Masson.
Une nouvelle édition de deux premiers volumes de mon histoire de la révolution d'Angleterre. Une nouvelle préface. 20 000 fr. qui me viendront fort à propos. Sans compter ce que je viens d'écrire et où je veux retoucher.
Pour aller plus loin Theis, L. (2013). François Guizot et ses éditeurs : une page de l’histoire du livre au XIXe siècle. Bulletin de La Société de l’Histoire Du Protestantisme Français (1903-2015), 159, 657–687.
Guizot vient d’achever ce qu’il nomme sa “brochure” De la démocratie en France qui est publiée le 5 janvier 1848 et dont la réception va pouvoir orienter les modalités de son nouveau positionnement sur la scène politique à son retour en France.
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*** Titre : 1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
*** Auteur : Guizot, François (1787-1874), Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
*** Date : 1848-08-01, 1848-11-24
*** Type : Correspondance
*** Mots-Clés : France (1830-1848, Monarchie de Juillet), France (1848-1852, 2e République), Exil, Politique (France), Discours du for intérieur, Tristesse, Posture politique, France (1848 (Révolution de février)), Révolution, Réception (Guizot), République
*** Langue : Français, Anglais
*** Source : 163MI/10 [42AP/109]. Dossier 12.
*** Éditeur de la collection : Marie Dupond & Association François Guizot, projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle)
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