Exil (2). 1943-1945. Mexico
Le Mexique et Mexico : c'est - et je connais la valeur du mot - c'est à proprement parler prodigieux. Chaque pierre ici respire le passé, un passé violent et passionné. Le folklore, les moeurs, la nature, la vieille culture maya et aztèque, tout le climat spirituel de ce pays est comme intact.
Lettre à Gide, Gide-Malaquais, Correspondance 1935-1950, p. 170.
De Marseille à Mexico
Après quelques 18 jours de traversée, Jean Malaquais et Galy débarquent à Puerto Cabello, au Venezuela avant de rejoindre Caracas. C’est à l’ambassade de France qu’ils font la rencontre de Jean et Dominique de Ménil, qui se proposent tout de suite de les aider, et à qui Malaquais dédiera Planète sans visa. Le couple arrive à Mexico le 9 mars : ils sont hébergés un temps par Christina Kahlo, à Coyoacán, avant de louer un appartement. Malaquais retrouve de nombreux exilés politiques à Mexico, comme Victor Serge, Jules Romains, Benjamin Péret, Julian Gorkin et d’autres. Tous sont plus ou moins proches de l’Institut Français d’Amérique Latine (IFAL), où ils donnent des conférences et dans la revue duquel ils publient.
Écrit à Mexico
La période mexicaine se caractérise par une intense activité d’écriture. C'est au Mexique que Malaquais reprend ses notes de guerre, qu’il avait pris soin d’envoyer régulièrement à Galy depuis le front et entreprend de composer son Journal de guerre. Aussi, il poursuit la rédaction de son roman Planète sans visa, à partir de son expérience de l'exil à Marseille en 1942. Dans ce mouvement de retour et de réécriture de la période de guerre, il rédige également en 1943 « Feu l’Armistice » et « Marseille, cap de bonne espérance ». Dans le premier, Malaquais raconte le choc qu'a été pour lui la nouvelle de l'armistice, qui condamne deux millions de soldats captifs à de longues marches vers « Naziland », et tourne en ridicule le régime de Vichy et les collaborateurs, qui y ont cru, à leur « part du gâteau ». Dans le second, le port de Marseille, où des milliers d’exilés se réfugient dans l’attente d’un visa, devient le lieu d'un ultime espoir de sauvetage. L’extrême pointe d’un vieux continent s’étire, s’étire jusqu’à toucher, ou presque, le continent américain, vers lequel tous les regards se tournent - échappatoire pour ces déracinés qui ont fait la « gloire de l'Europe ».

Jean Malaquais écrivant à San Miguel de Allende, Mexique, 1944.
L'exil est une véritable période d'expérimentation pour Malaquais. Quelques-uns de ses poèmes (« Paris-Am-Seine » et « C’était un jeune homme blond ») sont publiés dans la Partisan Review. Il enrichit un « Dictionnaire intime », rédige quelques scénarios dans le cadre de projets cinématographiques (« El destino tiene dos caras », « El Rebelde » de Jaimes Salvador (1943), El Diablo en casa (1944), Cinco Espadas, qui connaît plusieurs versions, en anglais et français). Bien sûr, Malaquais continue aussi d’écrire des nouvelles : « Dialogue à l’envers », « El Valiente ». Il projette même de les rassembler dans un recueil, sous le titre Coups de Barre.
Enfin, d’autres textes datant de l’exil au Mexique prennent la forme d’essais, voire de pamphlets et témoignent de ses préoccupations et réflexions littéraires. « Du mot et du témoignage » constitue une sorte de « postface » au Journal, écrite en réponse aux critiques qui ont pu lui être faites. Les autres textes montrent un Malaquais très informé de ce qu'il se passe en France et très préoccupé de la situation du champ littéraire français. « Le sens de la rébellion dans l'oeuvre de Gide » est un article commandé par la revue de l'IFAL, publié le 30 septembre 1945, en réponse aux attaques de Louis Aragon envers André Gide. Ce dialogue interposé avec Aragon prend en mars 1945 la forme d'un pamphlet, dans « Le Nommé Louis Aragon ou le patriote professionnel ».
