Archives Marguerite Audoux

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Lettre de Rose Barberousse à Marguerite Audoux

Auteur(s) : Barberousse, Rose

Description
  • " Rose Barberousse est née à Brinon-sur-Sauldre dans le Cher en 1896. Elle est morte à Romorantin dans le Loir-et-Cher en 1993. Elle est la sœur de François Barberousse, l'écrivain du début du XXe siècle que les Solognots avaient oublié jusqu'à ce que les éditions Marivole publient "Gusse", son troisième roman, presque 75 ans après son écriture. Rose Barberousse fut un témoin privilégié du XXe siècle. Avec ce roman[Marion] que Flammarion n'a finalement pas retenu, elle nous décrit la condition des femmes de son époque. Ce livre rédigé en 1947 était peut-être un peu trop avant-gardiste pour l'époque... "

    (Extrait de la quatrième de couverture de Marion, éd. Marivole, Romorantin, 2013)

    Hormis Gusse, Étienne, Alexandre Barberousse, dit François Barberousse, le frère (1900-1979), douzième et dernier enfant de la fratrie, a également écrit L'Homme sec, Gallimard, collection blanche, 1935 ; Les Jours aux volets clos, Gallimard, collection blanche, 1938 ; et Épis de glane (nouvelles), éd. CPE, Romorantin, 2012.

    La présente lettre est donc celle d'une bergère-écrivaine. Le lien avec Alain-Fournier, puis conséquemment Marguerite Audoux, peut peut-être s'expliquer par le fait que Madame Fournier-mère est, à La Chapelle d'Angillon (où est né l'auteur du Grand Meaulnes), l'institutrice du frère de Rose, François Barberousse.
    Une lettre d'Alain-Fournier du 19 février 1914 à un destinataire non identifié témoigne de la persistance de son intérêt pour Rose Barberousse et une (ou plusieurs de ses) soeur (s) - non plus à travers Marie-Claire, mais à propos du Grand Meaulnes,qui vient de paraître :

    " Cher Monsieur,
    J'aurais eu graand plaisir à envoyer un exemplaire du Grand Meaulnes à Mmlles Barberousse qui m'avaient paru intéressantes en effet, non point parce qu'elles étaient plus parisiennes que leurs compagnes, mais parce que j'ai cru voir chez elles une avidité à s'instrure qui m'avait ému.
    Je ne le leur aurais d'ailleurs pas envoyé Poste restante mais à l'adresse de leurs parents.
    Malheureusement mes "exemplaires tirés spécialement pour l'auteur" sont épuisés et je me vois obligé à mon vif regret de vous conseiller l'achat de mon roman chez le principal libraire de Rouen où vous le trouverez probablement et qui, en tout cas, pourra vous le faire venir.
    Au cas où vos amies ne seraient pas trop pressées, elles pourraient attendre et courir la chance qu'il me revienne un jour du dépôt quelques exemplaires de service non utilisés. Mais je ne puis rien promettre.
    Recevez, cher Monsieur, avec mon amical souvenir pour vos amies et mes voeux pour votre temps de service, l'assurance de mes meilleurs sentiments.
                                                               H. Alain-Fournier
    [Bibliothèque des Quatre-Piliers de Bourges]


  • Remerciements et compliments pour Marie-Claire - Témoignage d'une bergère - Entremise d'Alain-Fournier

Texte



[s.l.[1], le 9 novembre 1912]

Madame Audoux,
J'espère, Madame, que vous aurez la bonté d'excuser la liberté grande que je prends de vous écrire.
Mais puisque vous avez bien voulu nous faire parvenir Marie‑Claire, permettez‑moi de vous remercier, pour ma sœur et pour moi.
J'avais déjà beaucoup entendu parler de vous, et je vous savais simple et bonne avec tous, aussi je ne m'étonne pas que sur la prière de Monsieur Fournier[2], qui a été assez aimable pour vous parler de nous, vous nous ayez envoyé votre livre.
Depuis longtemps nous avions le vif désir de le lire, mais nous n'avions pas encore eu l'occasion de nous le procurer. Nous sommes bien heureuses de le posséder, et nous vous en sommes mille fois reconnaissantes.
Nous l'avons lu, et je ne vous dirai pas combien il m'a impressionnée par la vérité et l'exactitude de tous les détails. Pour moi qui suis bergère, il m'est arrivé plus d'une fois les mêmes aventures qu'à Marie‑Claire, et souvent les mêmes pensées me sont venues.
Je vous admire sincèrement, Madame, vous qui avez su intéresser le monde à la simple histoire d'une fille des champs, à tous les détails de sa vie qu'on a assez l'habitude de mépriser.
Certainement vous connaissez votre talent et bien des bouches plus autorisées que la mienne ont fait votre éloge. Cependant, si l'hommage d'une bergère ne vous est pas trop désagréable, je vous supplie, Madame, de bien vouloir l'agréer avec tous mes remerciements, et l'expression de ma reconnaissance.

Rose Barberousse,

Bergère en Sologne

Le 9 9bre 1912 ‑


[1] La lettre est postée de La Chapelle d'Angillon – ce qui s'explique aisément par le rôle d'intermédiaire joué par l'auteur du Grand Meaulnes, natif de cette commune où il retourne régulièrement. (Voir la note suivante).

[2] Alain‑Fournier, en bon journaliste qu'il était alors, assura en effet la promotion de Marie‑Claire dans le milieu rural qui était celui de son enfance. On se reportera à la lettre 76 à Marguerite Audoux du 13 décembre 1910, où il lui cite deux passages extraits de deux autres lettres que lui a envoyées Jeanne Bruneau, le modèle de Valentine Blondeau dans Le Grand Meaulnes. Ces deux passages évoquent les réactions du père de Jeanne, et de l'oncle Antoine, qui entonnent une chanson citée dans Marie‑Claire.

Lieu(x) évoqué(s)La Sologne
Notice créée par Bernard-Marie Garreau Notice créée le 17/12/2017 Dernière modification le 03/05/2024