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Paris, le 31 juillet 1867, François Buloz à François Guizot
107. Val-Richer, Samedi 1er novembre 1856, François Guizot à Dorothée de Lieven
Je n’avais pas remarqué dans Thiers ces mauvaises qualifications du maréchal Kutusof. Je n’avais vu que l’appréciation de son caractère et de sa conduite politique et militaire. Preuve que le reste ne fait pas grand effet sur le lecteur. Certainement Thiers a eu tort de lui attribuer des idées et des vices dont il n’était ni sûr, ni obligé de parler. Mais je ne trouve pas qu’il y ait lieu de réclamer. De tout temps les historiens ont eu, sur les hommes public une grande latitude. Que dirait d'ailleurs la réclamation ? Que Kutusoff n'était ni corrompu, ni athée, ni menteur. Pure affirmation d’un neveu. Ce ne sont pas là des faits précis, susceptibles de démonstration. La réclamation ne ferait que donner plus de publicité à l’erreur. Et quant à faire autre chose que de réclamer le redressement de l’erreur, vraiment cela ne se comprendrait pas ; ce serait ridicule. A tout prendre, je crois que le mieux est de laisser la chose là où elle est c’est-à-dire dans l'oubli. Si Tolstoy a l'occasion de faire relever les fausses assertions dans quelque journal accrédité Français, Anglais, ou Allemand, rendant compte du livre de Thiers à la bonne heure. Je ne vois que cela de possible.
A propos de journaux, je ne trouve pas que les Anglais filent doux sur la note du Moniteur. Le langage du Morning Post ou du Globe est obligé, et quant aux autres, plus ou moins poliment, ils maintiennent leurs dires et laissent voir plus d'humeur que de regret. Soyez sûr que de telles récriminations aggravent le langage hostile au lieu de le réprimer. Les malveillants sont blessés à leur tour et se croyent importants. Je persiste à penser que M. Fould avait raison. J’ai des nouvelles d’Angleterre qui me le persuadent tout-à-fait.
Voici une mauvaise nouvelle que je vous prie de me pardonner et que je suis sûr que vous me pardonnerez. Je ne puis rentrer à Paris que le 21 Novembre. Ma fille Henriette et son mari, à cause de leur agriculture qui devient, pour leurs intérêts, une assez grosse affaire, sont obligés de passer, cette année, tout l’hiver au Val Richer. Ils me demandent de leur donner six jours de plus soit pour les six jours, soit à cause des jours de naissance de mes deux gendres qui sont le 15 et le 20 novembre. Ils désirent passer ces deux jours là en pleine famille. Je ne veux pas le leur refuser, et à ma place vous ne le refuseriez pas à vos enfants. Je serai de retour à Paris le 21. Ma fille Pauline et son mari ne viendront La réclamation ne ferait que donner plus de publicité à l’erreur. Et quant à faire autre chose que de réclamer le redressement de l’erreur, vraiment cela ne se comprendrait pas ; ce serait ridicule. A tout prendre, je crois que le mieux est de laisser la chose là où elle est c’est-à-dire dans l'oubli. Si Tolstoy a l'occasion de faire relever les fausses assertions dans quelque journal accrédité Français, Anglais, ou Allemand, rendant compte du livre de Thiers à la bonne heure. Je ne vois que cela de possible.
A propos de journaux, je ne trouve pas que les Anglais filent doux sur la note du Moniteur. Le langage du Morning Post ou du Globe est obligé, et quant aux autres, plus ou moins poliment, ils maintiennent leurs dires et laissent voir plus d'humeur que de regret. Soyez sûr que de telles récriminations aggravent le langage hostile au lieu de le réprimer. Les malveillants sont blessés à leur tour et se croyent importants. Je persiste à penser que M. Fould avait raison. J’ai des nouvelles d’Angleterre qui me le persuadent tout-à-fait.
Voici une mauvaise nouvelle que je vous prie de me pardonner et que je suis sûr que vous me pardonnerez. Je ne puis rentrer à Paris que le 21 Novembre. Ma fille Henriette et son mari, à cause de leur agriculture qui devient, pour leurs intérêts, une assez grosse affaire, sont obligés de passer, cette année, tout l’hiver au Val Richer. Ils me demandent de leur donner six jours de plus soit pour les six jours, soit à cause des jours de naissance de mes deux gendres qui sont le 15 et le 20 novembre. Ils désirent passer ces deux jours là en pleine famille. Je ne veux pas le leur refuser, et à ma place vous ne le refuseriez pas à vos enfants. Je serai de retour à Paris le 21.
Ma fille Pauline et son mari ne viendront probablement m'y rejoindre que dans les premiers jours de décembre. Ils passeront encore quelques jours, après moi avec l'autre ménage.
Si vous saviez vraiment le plaisir que j'aurai à vous retrouver vous et vos conversations de tous les jours, vous ne m'en voudriez pas de ce retard.
Onze heures
Voilà votre N°99 et ses deux dernières lignes qui me charment et m'attristent. Merci et merci d'avoir tant pensé au 15. Je vous promets qu'à partir du 21 je vous dédommagerai du retard. Mais je suis sûr que vous penserez que je ne puis pas refuser. Adieu, et adieu et adieu.
74. Val Richer, Jeudi 21 août 1856, François Guizot à Dorothée de Lieven
Êtes-vous sure que le public de Moscou ne fasse pas un peu plus ce qui lui plaît que celui de Pétersbourg, et sans aucune impulsion du gouvernement ?
Je viens de parcourir le nouveau volume de Thiers, Moscou et la Bérézina. L’esprit d'indépendance de Moscou y apparaît souvent. L'Empereur Napoléon n’y grandit pas bien s'en faut. L’embarras de l’historien va jusqu'au comique. Il juge sévèrement Napoléon et le dit. Mais pour se faire pardonner sa sévérité il prodique plus que jamais les mots génie, gloire, supériorité incomparable, entre les faits, les jugements et les paroles le contraste est ridicule. Du reste beau récit, simple, rapide, tragique sans emphase. Un Russe grandit beaucoup dans ce récit à force de modestie et de prudence abstinée, le maréchal Kutuzoff. Certainement comme gouvernement et comme armée, vous avez beaucoup perdu depuis ce temps-là.
Dumon m'écrit : " Je pars demain pour l’Angleterre. J’ai eu un moment la pensée d’ajourner mon voyage, en lisant la dépêche télégraphique relative à la visite de Thiers et des jeunes princes mandés par le télégraphe. Je craignais de tomber au milieu d’un congrés. Je me suis informé, et on m’a répondu qu’il n’y avait de vrai dans la dépêche que la visite inattendue de M. Thiers, dédiée à Holland House presque autant qu'à Claremont."
Votre grande expédition scientifique et commerciale sur la mer Caspienne est un étalage de tendance et d’ambition asiatique dont on se préoccupera plus à Londres qu'à Paris. Quel est le Tolstoy qui vient à Paris comme secrétaire d’ambassade et le Strogonoff comme attaché ? Je présume que celui-ci n’est pas le personnage que l'Impératrice mère ne voudra jamais reconnaitre.
Le journal des Débats sert bien Morny dans son ambassade.
Adieu. Le temps redevient mauvais. Grande pluie et grand vent. On s'en désole pour la moisson. Même ici, en Normandie, elle est moins bonne qu’on ne l’avait espéré. Adieu.
Je ne fermerai ma lettre qu'après l’arrivée du facteur ; mais il ne m’apportera certainement rien. Onze heures
Rien en effet. Adieu, et adieu. G.
Mots-clés : Agriculture, Armée, Circulation épistolaire, Diplomatie (Angleterre), Diplomatie (France), Famille royale (France), Feodorovna, Alexandra (1798-1860 ; impératrice de Russie), France (1804-1814, Empire), France (1852-1870, Second Empire), Histoire (France), Napoléon 1 (1769-1821 ; empereur des Français), Normandie (France), Politique (Angleterre), Politique (Russie), Réseau social et politique, Télégraphe, Thiers, Adolphe (1797-1877)
72. Val Richer, Dimanche 17 août 1856, François Guizot à Dorothée de Lieven
Je suis charmé que le Roi de Wurtemberg vous soit arrivé. Vous aurez là, tous les jours sans doute, une ou deux heures très agréables. Il a mieux encore que beaucoup d’esprit ; il prend plaisir à son propre esprit et à celui des autres. Il ne se borne pas à s’en servir pour ses affaires ; il veut en jouir pour l’agrément de sa vie. C’était là autrefois le grand charme de la société française. On n’y pensait qu'à jouir de l’esprit les uns des autres ; on ne se réunissait que pour se plaire et s'amuser mutuellement. Quand je suis entré dans le monde, il y a bientôt cinquante ans, j’ai encore vu les restes de cette coquetterie générale, à la fois libre et douce, vive et oisive, où l’esprit était un beau luxe que mettaient en commun ceux qui en avaient. Aujourd’hui, c’est un capital que chacun garde et place à la Bourse ou ailleurs, pour en tirer un gros intérêt. Je suis bien reconnaissant que le Roi de Wurtemberg ait la bonté de se souvenir de moi. Faites-moi la grace, je vous prie de lui offrir l'hommage de mon profond respect. A mon grand regret, je ne l’ai vu que comme un oiseau de passage. Mais l'oiseau de passage était un aigle.
Votre Empereur est bien heureux de s'être tiré si lestement d’un choc de nuit, en mer. C'est un des plus grands dangers qu’on puisse courir.
Le bruit court ici sur nos côtes à Honfleur, Trouville, Cherbourg que l'Empereur Napoléon va venir les visiter. Je n'en crois rien du tout. Je présume qu’il part aujourd’hui même ou demain pour Biarritz. Il avait bien des affaires à faire à Paris. Je ne sais s’il les aura terminées. Il a fait un ministre de l’instruction publique, homme de sens et de bonne intention que je connais depuis longtemps. Il était de nos chambres, et je l'avais fait procureur général à Rouen. Pas du tout jésuite. L'Empereur Napoléon ne trouvera pas grande gaité dans les pays qu’il va traverser. On m'écrit des Pyrénées que, dans toute cette région, la séchèresse est désolante, que les premières récoltes sont très médiocres et que les secondes meurent sur pied. Nous sommes un peu mieux traités en Normandie. mais pas assez bien pour que le blè ne soit pas toujours, et ne reste pas très cher.
Vous souvenez-vous qu'à mon arrivée à Londres en 1848, ce sont les Broadwood, les facteurs de piano que je ne connaissois point, qui m'ont donné leur maison, leur cuisine, leur voiture, pendant trois semaines, avec une libéralité pleine de cœur dont je suis reste très touché ? C’est eux qui viennent de subir cet effroyable incendie où tout leur établissement a été détruit une valeur de 3 ou 4 millions. J’espère que le fond au moins était assuré. Je ne sais encore rien que les journaux. Ce sont de très honnêtes gens.
Adieu et adieu. Le beau temps continue et quoi que vous en disiez, le ton de votre dernière lettre et la fermeté de la main me font croire qu’il vous est bon. Adieu.
Mots-clés : Agriculture, Alexandre II (1815-1881 ; empereur de Russie), Discours autobiographique, Exil, France (1804-1814, Empire), France (1848 (Révolution de février)), France (1848-1852, 2e République), France (1852-1870, Second Empire), Ministère de l'instruction publique (France), Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Normandie (France), Politique (France), Portrait, Salon
