Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle

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Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer, Lundi 25 oct. 1852

Je ne crois pas à la démission de Montalembert. Je ne la comprendrais guère. Parmi les hommes engagés dans le régime actuel, il n’y a que les républicains qui aient sujet de donner leur démission à propos de l'Empire. Ils ont perdu depuis longtemps la réalité de ce qu’ils appellent. la République, quand le nom même leur ait enlevé, s'ils restent, c’est qu’ils abdiquent, et se font impériaux. Presque tous le feront. Ils ont de grands exemples. Est-ce que la représentation de Cinna est une annonce de l’amnistie ?

Onze heures
Moi aussi, j’ai été interrompu par des campagnards qui se sont arrêtés chez moi en allant à Lisieux. Je n’ai rien à vous dire qu'adieu. Sinon que je compte être à Paris le 13 Nov. Je partirai d’ici le 12 au soir. Adieu, Adieu. G.

Je fais comme vous j'économise le papier, quoiqu’il ne soit pas vert.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer, Jeudi 14 oct. 1852

Qu'est ce qu’une petite Princesse de quinze ans, fille du Prince Charles de Hohenzollern Sigmaringen petite fille aussi de la grande Duchesse Stéphanie, et que le Président pourrait épouser à la place de la Princesse Wasa ?
Ce serait bien jeune et bien petit. Il se mariera mieux, l'Empire une fois établi, surtout s’il se tient au bon paragraphe du discours de Bordeaux.
L'effet de ce discours est réel parmi les gens auxquels il est spécialement adressé, les manufacturiers, les négociants, les gros et riches bourgeois. Ils sont comme l'Europe pour eux, l'Empire et la guerre vont ensemble. Le discours a répondu à leurs préoccupations. Il se demandent si la réponse sera bien solide ; mais en attendant l’épreuve, elle leur plaît, et l'impression est favorable.
J’ai diné hier à Lisieux, avec beaucoup de monde. Ce que je vous dis là était général de plus le blé, et les bestiaux se vendent mieux. Là est le thermomètre.

Onze heures
N'avoir pas de lettre m’a beaucoup déplu au premier moment. Mais on me donne de vos nouvelles, soignez vos yeux. Aggy peut toujours bien me dire comment vous êtes. Adieu, adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer. Vendredi 8 oct. 1852

Fould annonce la politique qu’il prêche. Je ne doute pas qu’il ne donne de bons conseils, et je souhaite qu’il les fasse prévaloir. Je ne suppose pas que Heeckeren conseille la mauvaise politique ; mais probablement, il la prévoit, et il prend ses mesures pour y être prêt. Je vois que, pendant que le voyage suit son cours, les pétitions pour l'Empire vont leur train. On en annonce 521 dans le seul département du Pas de Calais, 51 000 signatures, dans celui de la Marne & Commencez-vous à y croire ?
Je comprends que M. Hogier donne sa démission du poste de Paris ; après les dernières publications de l'Indépendance belge, il lui est difficile de vivre en bons rapports avec M. Drouyn de Lhuys, et les deux partis ne sont pas assez également fortes pour rester l’une devant l'autre en mauvais rapportss comme nous étions, lord Normanby et moi. Je penche à croire que cette mauvaise humeur officiellement affichée sont le commencement de quelque chose de pire.
Avez-vous des nouvelles d’Ellice et compte-t-il toujours venir à Paris à Noël ? Il aura, je suppose, un peu plus d’embarras à être toujours de l’avis de son petit ami, car Ellice est très pacifique et ne se soucie pas de se faire de mauvaises affaires.
J’avais ici hier un petit anglais fort obscur et assez intelligent, traducteur de mes ouvrages en Anglais, qui m’a dit que l'opinion publique en Angleterre était toujours très malveillante, et que le Times, la suivait bien plus qu’il ne la poussait.
J’ai eu avant hier à dîner les gros bonnes négociants et manufacturiers de Lisieux, tous contents et présidentiels, acceptant l'Empire sans le désirer. Les agriculteurs eux-mêmes commencent à être un peu contents ; leurs denrées se vendent mieux.
Je suis vraiment très fâché pour vous du départ de Kisseleff. Je suis moi-même bien plus tranquille sur vous quand il est là. La petite Princesse va donc mieux puisqu’elle sort. Adieu, Adieu.
J’espère que l'ouragan a cessé à Paris, comme ici. C’est un temps qui ne vous vaut rien. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val-Richer, Dimanche 3 oct. 1852

Je suis impatient de la lettre d'aujourd’hui qu’est-ce que ce malaise qui vous est survenu subitement ? J’ai été moi-même assez mal à mon aise ces jours-ci, nous vivons au milieu des ouragans et des orages. J'en ai ressenti l'influence.
Je vois dans les feuilles d'Havas que Hatzfeldt a demandé sa retraite à cause de sa santé. Je ne suppose pas qu’il y ait rien de vrai. Il était au contraire, ce me semble, allé à Berlin pour faire voir qu’il se portait bien.
M. Hébert est même hier passé la journée avec moi. Il dit que l'Empire sera décidément bien vu à Rouen, et dans tout le département de la Seine inférieure. Les affaires y vont très bien ; les manufacturiers gagnent beaucoup d’argent ; les ouvriers ont de bons salaires ; les uns et les autres ne demandent que de la durée, et ils espèrent que l'Empire leur en donnera.
La paix et la durée, ils ne pensent pas à autre chose.
L’Angleterre sera couverte de statues du duc de Wellington, aristocratiques ou populaires ; en voilà une à Manchester, au milieu des ouvriers. Du reste, c’est juste.
Il est vrai que les 2 500 000 fr. donnés pour la Cathédrale de Marseille sont singuliers. Le Président peut dire que c’est une simple promesse dont il demandera la ratification au corps législatif. Ce sera à ce corps à voir ce qu’il aura à faire, et de bonne ou de mauvaise humeur, je ne pense pas qu’il refuse de ratifier.
Le lac français est une parole plus étourdie que les deux millions. Est-ce par cette raison qu’on n’a pas publié le discours ? C’est une nécessaire mais fâcheuse sagesse. Quest-ce qu’une vanterie qu’on cache ?
Montalembert reste donc à Paris. Je croyais qu’il devait aller rejoindre en Flandres son beau-frère Mérode. Je suis bien aise qu’il vous reste plus longtemps.
Ste Aulaire vient-il vous voir quelquefois le jeudi, après l’Académie ?
Je trouve la conversation du Moniteur et de l'Indépendance belge au moins aussi aigre que le fait même. Quelle nécessité à cette discussion prolongée qui ne fera qu'embarrasser la négociation prochaine ? Quelques lignes d'explication suffiraient.
Croit-on à la formation d’un cabinet catholique et à la dissolution de Chambres Belges, ce ne serait guère dans les procédés habituels du Roi Léopold.
Avez-vous lu, dans les deux derniers N° de la Revue contemporaine, les fragments des Mémoires du comte Beugnot sur les derniers temps de l'Empire. Quoiqu'un peu bavards et longs, ils vous amuseraient. Je l’ai beaucoup connu, c'était un homme d’esprit et d’expérience, très douteux et très gouailleur, ce qui m’est antipathique. J’aime les gens qui veulent quelque chose et qui ne se moquent pas de tout.

Onze heures
Je remercie bien Aggy. Si je n'avais rien eu du tout, j’aurais été inquiet, triste et fâché, très mauvais états d’âme. Je suis fort aise que vous ayez vu. Andral et qu’il vous prescrive de vous bien nourrir. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Darcy, Hugues-Iéna (1807-1880)

Auteurs : Blanc de Guizard, Marie Louis Anicet de (1797-1879)

Auteurs : Pontécoulant, Louis-Gustave Doulcet, comte de (1764-1853)

Auteurs : Daniel, Jacques (1794-1862)

Auteurs : Hallam, Henry (1777-1859)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893) ; Lamidey, ? (?-?)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893) ; Thomine-Desmazures, Pierre-Jacques-Henri (1763-1847)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893) ; Thomine-Desmazures, Pierre-Jacques-Henri (1763-1847)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893) ; Montalembert, Charles-René comte de (1810-1870)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Charles (1802-1859)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Charles (1802-1859)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Jaÿr, Hippolyte-Paul (1802-1900)

Auteurs : Jaÿr, Hippolyte-Paul (1802-1900)

Auteurs : Jaÿr, Hippolyte-Paul (1802-1900)

Auteurs : Jaÿr, Hippolyte-Paul (1802-1900)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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74 Val Richer, Jeudi 21 Août 1856

Êtes-vous sure que le public de Moscou ne fasse pas un peu plus ce qui lui plaît que celui de Pétersbourg, et sans aucune impulsion du gouvernement ?
Je viens de parcourir le nouveau volume de Thiers, Moscou et la Bérézina. L’esprit d'indépendance de Moscou y apparaît souvent. L'Empereur Napoléon n’y grandit pas bien s'en faut. L’embarras de l’historien va jusqu'au comique. Il juge sévèrement Napoléon et le dit. Mais pour se faire pardonner sa sévérité il prodique plus que jamais les mots génie, gloire, supériorité incomparable, entre les faits, les jugements et les paroles le contraste est ridicule. Du reste beau récit, simple, rapide, tragique sans emphase. Un Russe grandit beaucoup dans ce récit à force de modestie et de prudence abstinée, le maréchal Kutuzoff. Certainement comme gouvernement et comme armée, vous avez beaucoup perdu depuis ce temps-là.
Dumon m'écrit : " Je pars demain pour l’Angleterre. J’ai eu un moment la pensée d’ajourner mon voyage, en lisant la dépêche télégraphique relative à la visite de Thiers et des jeunes princes mandés par le télégraphe. Je craignais de tomber au milieu d’un congrés. Je me suis informé, et on m’a répondu qu’il n’y avait de vrai dans la dépêche que la visite inattendue de M. Thiers, dédiée à Holland House presque autant qu'à Claremont."
Votre grande expédition scientifique et commerciale sur la mer Caspienne est un étalage de tendance et d’ambition asiatique dont on se préoccupera plus à Londres qu'à Paris. Quel est le Tolstoy qui vient à Paris comme secrétaire d’ambassade et le Strogonoff comme attaché ? Je présume que celui-ci n’est pas le personnage que l'Impératrice mère ne voudra jamais reconnaitre.
Le journal des Débats sert bien Morny dans son ambassade.
Adieu. Le temps redevient mauvais. Grande pluie et grand vent. On s'en désole pour la moisson. Même ici, en Normandie, elle est moins bonne qu’on ne l’avait espéré. Adieu.
Je ne fermerai ma lettre qu'après l’arrivée du facteur ; mais il ne m’apportera certainement rien. Onze heures
Rien en effet. Adieu, et adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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72 Val Richer, Dimanche 17 Août 1856

Je suis charmé que le Roi de Wurtemberg vous soit arrivé. Vous aurez là, tous les jours sans doute, une ou deux heures très agréables. Il a mieux encore que beaucoup d’esprit ; il prend plaisir à son propre esprit et à celui des autres. Il ne se borne pas à s’en servir pour ses affaires ; il veut en jouir pour l’agrément de sa vie. C’était là autrefois le grand charme de la société française. On n’y pensait qu'à jouir de l’esprit les uns des autres ; on ne se réunissait que pour se plaire et s'amuser mutuellement. Quand je suis entré dans le monde, il y a bientôt cinquante ans, j’ai encore vu les restes de cette coquetterie générale, à la fois libre et douce, vive et oisive, où l’esprit était un beau luxe que mettaient en commun ceux qui en avaient. Aujourd’hui, c’est un capital que chacun garde et place à la Bourse ou ailleurs, pour en tirer un gros intérêt. Je suis bien reconnaissant que le Roi de Wurtemberg ait la bonté de se souvenir de moi. Faites-moi la grace, je vous prie de lui offrir l'hommage de mon profond respect. A mon grand regret, je ne l’ai vu que comme un oiseau de passage. Mais l'oiseau de passage était un aigle.
Votre Empereur est bien heureux de s'être tiré si lestement d’un choc de nuit, en mer. C'est un des plus grands dangers qu’on puisse courir.
Le bruit court ici sur nos côtes à Honfleur, Trouville, Cherbourg que l'Empereur Napoléon va venir les visiter. Je n'en crois rien du tout. Je présume qu’il part aujourd’hui même ou demain pour Biarritz. Il avait bien des affaires à faire à Paris. Je ne sais s’il les aura terminées. Il a fait un ministre de l’instruction publique, homme de sens et de bonne intention que je connais depuis longtemps. Il était de nos chambres, et je l'avais fait procureur général à Rouen. Pas du tout jésuite. L'Empereur Napoléon ne trouvera pas grande gaité dans les pays qu’il va traverser. On m'écrit des Pyrénées que, dans toute cette région, la séchèresse est désolante, que les premières récoltes sont très médiocres et que les secondes meurent sur pied. Nous sommes un peu mieux traités en Normandie. mais pas assez bien pour que le blè ne soit pas toujours, et ne reste pas très cher.
Vous souvenez-vous qu'à mon arrivée à Londres en 1848, ce sont les Broadwood, les facteurs de piano que je ne connaissois point, qui m'ont donné leur maison, leur cuisine, leur voiture, pendant trois semaines, avec une libéralité pleine de cœur dont je suis reste très touché ? C’est eux qui viennent de subir cet effroyable incendie où tout leur établissement a été détruit une valeur de 3 ou 4 millions. J’espère que le fond au moins était assuré. Je ne sais encore rien que les journaux. Ce sont de très honnêtes gens.
Adieu et adieu. Le beau temps continue et quoi que vous en disiez, le ton de votre dernière lettre et la fermeté de la main me font croire qu’il vous est bon. Adieu.
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