Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle

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Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer, jeudi 21 oct. 1852

Voici une lettre de Marion qu’il me paraît utile que vous lisiez. Prenez y un peu garde ; ménagez leurs sentiments. Comme vous le dites, ce sont des personnes de votre condition, et elles ont du cœur ; il faut qu'elles se sentent à l'aise avec vous. Vous êtes sujette à vous préoccuper trop exclusivement de ce qui se passe en vous, et pas assez de ce que pensent ou sentent les autres.
Voilà donc l'Empire. Je trouve qu’on a raison d'en finir. La délibération du mal ne sera certainement pas longue. Le vote universel prendra une quinzaine de jours. Puis la réunion du Corps législatif chargé de faire le dépouillement. Le second Empire pourra être inauguré au commencement de décembre, le même jour que le premier.
Reste la question du Pape. Ce qui me revient, par des catholiques fervents, est plutôt contraire à l’idée qu’il viendra. Mon instinct à moi est qu’il viendra si on le lui demande formellement. Mais formellement. Il faudra qu’il soit mis au pied du mur.

Onze heures
Génie m’avait écrit que le régime d’Andral vous réussissait mieux que celui de Chomel, que vous repreniez un peu d’appétit et de sommeil, qu’il vous trouvait lui-même meilleure mine. La même impression m'est revenu aussi d'ailleurs. Votre impression à vous me désole. Olliffe est si je ne me trompe, de l’avis d'Andral pour votre régime.
Les feuilles d'havas annoncent ce matin. que " la majorité qui va sortir de l’urne populaire dépassera par son chiffre, tous les résultats antérieurs, y compris le scrutin du 20 décembre. "
Je ne trouve pas qu’il y ait sujet d'être violent contre la mise en liberté d'Abdel Kader, et je suis plutôt porté à croire qu’elle n'aura pas d’inconvénient. L'Algérie doit être bien changée depuis six ans et lui-même bien dépaysé. Ce que je trouve de mauvais goût, ce sont les injures qu'à cette occasion les journaux du gouvernement nous disent à nous qui n'avons fait, dans cette occasion, que ce que le plus simple bon sens commandait alors et ce que le droit politique autorisait parfaitement. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer. Mardi 19 oct. 1852

J’ai bien peine à croire qu’on attende six semaines, et je ne trouverais pas cela habile. L'opinion du ministère des affaires étrangères est que l'affaire Belge s’arrangera. On n'y met pas beaucoup d'empressement à Bruxelles où l'on n'est ni bienveillant, ni vraiment inquiet ; mais personne, parmi les gens du métier à Paris ne craint que cela devienne politiquement grave. C’est trop tôt. Tout le monde est et croit à la paix.
Je ne puis pas juger si le Président a eu raison de mettre Abdel Kader en liberté. Cela dépend de l'état de l'Algérie. Il se peut que cinq ans d’absence, aient fait perdre là, à Abdel Kader, presque toute sa force. En ce cas, le président a bien fait.
Le voilà délivré du marquis de Londonderry. Il (le président) vient de faire un très bon acte en nommant Cardinal l’archevêque de Tours. C’est un des homme les plus sensés et les plus justement honorés du clergé.
Qu'est-ce que cet ouvrage que je vois annoncé dans le Journal des Débats, avec une certaine solennité : Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la Russie sous Pierre le grand et Catherine 1ère ? En avez-vous entendu parler ? C’est bien vieux pour vous intéresser, quoique ce soit Russe.
Voici, ma seule question sur votre santé. Vous me dites Chomel, Andral. Les avez-vous vus ensemble ? Chomel est-il revenu ? Se sont-ils mis d'accord sur votre régime ?
J’ai des nouvelles de Suisse. La Duchesse d'Orléans porte toujours et portera encore quelque temps le bras en écharpe. Mais elle va bien. Elle retourne décidément à Claremont avec la Reine.
Le Duc de Broglie est resté à Coppet. Il ne revient à Broglie que du 20 au 25. Il me paraît que la rencontre du Président et de Morny a été très affectueuse. Entendez-vous dire quelque chose de Flahaut ? Viendra-t-il à Paris dans cette circonstance ! Je me figure que Mad. de Flahaut a beaucoup d'humeur de n’y pas être.

Onze heures
Voici votre lettre. Je l’aime mieux que celle d’hier. Elle n’est pas abattue. Deux choses seulement ; tout de suite. Je serai charmé quand nous causerons ; mais ne comptez pas sur moi pour disputer beaucoup ; je ne dispute plus guères quand je disputerais trop. Et puis, quoique je sois vraiment désolé d'avoir brûlé la lettre d'Aggy, pardonnez moi d'avoir souri de votre légèreté française. Vous avez l’art de faire d’une pierre, mon pas deux coups, mais trente six millions de coups, pour rendre le coup plus lourd. Je n’ai pas la même goût ; je ne cherche pas en vous les défauts russes. Adieu, Adieu.
Vous ne m’avez point dit pourquoi lord Beauvale est contre le discours de Bordeaux.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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7. Val Richer, Samedi 18 Juillet 1846, 6 heures

Où êtes-vous à St Germain ? Je suppose au Pavillon de Henri 4. Vous ne me l’avez pas dit. J'espère que vous y avez plus beau temps qu’il ne fait ici ce matin. Ma vallée est sous un voile de pluie. C'est ennuyeux pour aller à Trouville. J’y vais pourtant. Je pars à onze heures. Le soleil percera peut-être d’ici-là. Le temps est très variable depuis deux jours. Je vous dirai demain matin ce que j'aurai trouvé pour vous à Trouville. On dit que la maison où ma fille, et Mlle Wislez vont s’établir est la meilleure de l’endroit, la plus confortable, par la vue, et au dedans. Elles ont le projet de s’établir au second étage et de laisser le premier disponible. Je vous dirai quand j'aurai vu. L’aide de Guillet y sera. Facilité de plus.
Le Roi fait venir du château d’Eu son portrait en pied par Winterhalter, et le donnera à Lord Cowley. A propos de portrait, il a fait faire, en porcelaine, à Sèvres, d’après Winterhalter, deux très beaux portraits de la Reine Victoria et du Prince Albert, pour Windsor. Mais à la dernière cuisson, une crevasse s’est déclarée dans celui du Prince Albert, ce qui sera difficile à réparer. Peut-être faudra-t-il recommencer ? En attendant. celui de la Reine est parti. On dit que c’est un chef d’œuvre.
Le Roi a été frappé de la dépêche de M. de Nesselrode sur les croix. Voici sa phrase : " Cela est gracieux. Il y a quelque progrès ; mais je doute fort que cela aille plus loin. " L’idée de l’initiative franche avec Londres pour l’un des fils de D. François de Paule est fort approuvée. Je vais la mettre à exécution, lundi probablement. J'en écrirai en même temps à Madrid et à Naples. La Reine Christine m’a mis bien à l'aise à Naples en faisant attaquer elle-même dans ses journaux, par son secrétaire Rubio, la candidature de son frère Trapani, et en en rejetant sur nous la responsabilité. C'est bien elle qui l'abandonne et la tue. Je réserverai pour cette combinaison-là, comme pour celle de Montemolin, les chances de retour, toujours possibles avec un tel monde. Je maintiendrai notre principe tous les descendants de Philippe V si seulement, nous nous portons selon les termes, vers celui qui peut réussir, favorable à celui-là sans en abandonner aucun. Rien encore de Londres qui indique avec un peu de précision ni sur cette question-là, ni sur aucune autre, le tour que va prendre Palmerston. La réserve des Whigs est extrême. En tout, la situation donnée, je ne trouve pas leur début malhabile. Ni de mauvais air. C’est assez tranquille, et sensé. Avez-vous remarqué ces jours-ci un article du Morning Chronicle qui n'aura pas fait plaisir à Thiers ? On lui donne poliment son congé, comme War-party. N’avez-vous rien reçu de Lady Palmerston ? Avez-vous écrit à Byng ? Mad. Danicau sait-elle vous lire le Galignani ? Le Prince de Joinville et sa flotte, et sa rencontre là, avec le Duc d’Aumale, ont fait grand effet à Tunis. Nos affaires sont bonnes à l'est et à l’ouest de l'Algérie. Après son apparition devant Tripoli, il (Joinville) ira à Malte, de là à Syracuse, de là une visite au Roi de Naples, puis une au grand Duc à Florence, puis une au Pape à Rome. Tout sauvages qu’ils sont, ces Princes là se montrent volontiers quand il y a quelque effet à faire. Ils se regardent bien comme les serviteurs du pays et obligés de soigner ses intérets et sa grandeur. Le comte de Syracuse passera, dit-il, l’hiver prochain à Paris. Il va parcourir la France, en attendant. Voilà mon sac vidé. Mon cœur reste plein. Loin de vous, il se remplit de plus en plus. Nous nous croyons bien nécessaires l’un à l'autre. Nous le sommes plus que nous ne croyons.
9 heures Je vais déjeuner et partir pour Trouville. Bon petit billet de St. Germain. Je suis content de vos yeux et de Mad. Danicau. Bonnes nouvelles de Londres même sur l’Espagne. Ce demain les détails. Je suis pressé. Soyez tranquille. Rien à craindre que la pluie. Adieu. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Baudrand, Marie-Etienne-François-Henri (1774-1848)

Auteurs : Duvivier, Franciade-Fleurus (1794-1848)

Auteurs : Bernard, Simon (1779-1839)

Auteurs : Randon, Jacques-Louis (1795-1871)

Auteurs : Clauzel, Bertrand (1772-1842)

Auteurs : Clauzel, Bertrand (1772-1842)

Auteurs : Clauzel, Bertrand (1772-1842)

Auteurs : Clauzel, Bertrand (1772-1842)

Auteurs : Darcy, Hugues-Iéna (1807-1880)

Auteurs : Laurence, Justin (1794-1863)

Auteurs : Laurence, Justin (1794-1863)

Auteurs : Laurence, Justin (1794-1863)

Auteurs : Randon, Jacques-Louis (1795-1871)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Orléans, Henri d' (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Mecklembourg-Schwerin, Hélène Louise Élisabeth de (1814-1858)

Auteurs : Orléans, Henri d' (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer, Vendredi 22 Août 1851

Je puis répondre à votre question de poste. Vous êtes arriérée d'un jour parce qu'on a retenu ma lettre 24 heures à Francfort pour la lire et la copier à son aise. Précisément celle-là contenait, sur ce que j’avais vu à Paris, quelques détails qui pouvaient intéresser. On n’est, en Allemagne ni expéditif, ni soigneux de voiler ce qu’on fait.
Ma course en Angleterre ne me plait pas. Je n'ai personne à y voir qui me plaise. C’est un devoir que j'accomplis. On m'écrit que la Reine ne recevra personne le 25, la veille, je m’y attendais, personne non plus le lendemain le 27. Je ne pourrai donc la voir que le 28. Je compte bien m’arranger en tous cas, pour repartir le 29. Je saurai d’ici là le jour précis de votre retour à Paris.
C’est vraiment bien dommage qu'Ems ne vous ait pas aussi bien réussi, cette année que l’an dernier. Je me répète encore que peut-être le bien viendra plus tard.
Je vois que l’amiral Parker est arrivé devant Tunis avec son escadre et a signifié au Bey qu’il eût à publier la Hatti-Schériff du Sultan qui règle les relations avec la Porte. C'est précisément là ce que notre flotte est allée empêcher quatre fois de mon temps. Ce n'était pas parfaitement correct ; mais on verra quels embarras renaîtront en Algérie, quand la Porte aura repris l'ascendant à Tunis. J'ai reçu hier une nouvelle lettre d'Alexandrie, trés longue sur les progrès du travail anglais en Egypte. S'il continue sans plus d'obstacle, l'Angleterre sera bientôt établie solidement en Egypte. Lord Palmerston a raison de souhaiter ce maintien pur et simple de ce qui existe aujourd’hui.
Mon pauvre ami Rossi a enfin son monument dans l’Eglise de San Lorenzo. Voici un petit rapprochement assez frappant. C’est Tenerani qui a fait ce monument de Rossi. J’ai une lettre de Rossi qui me demandait que Tenerani près de venir à Paris, fit mon buste. Je vous quitte pour faire ma toilette.

Onze heures
Il me revient, par une source pas très élevée, mais trés rapprochée, qu'on parle assez légèrement, autour de Madame la Duchesse d'Orléans de la candidature du Prince de Joinville. On ne croit pas au succès ; mais on se dit qu'il enlèvera, un million de voix, au Président qui ne sera pas nommé d'emblée et qui ne le sera pas non plus alors, par l'Assemblée. On joue toujours au hasard et pour amener une crise. La Duchesse d'Orléans ira, dit-on, en Allemagne, presque aussitôt après l'anniversaire.
Décidément donc vous serez à Paris le 28 ou le 29 au plus tard. Je hâterai mon départ de Londres, en dépit des amis, car il y a toujours des amis. Granville a certainement eu tort de ne faire visite à aucun Ministre. Quoi, pas même à M. Baroche, ni au Ministre du commerce avec qui il avait été en rapport à Londres ? C'est singulier. Adieu, Adieu.
Je voudrais bien que Paris vous guérit d'Ems. Adieu. Vous ai-je dit qu'à Londres, je serais chez Grillon ? Je crois que oui. G.

Auteurs : Jaÿr, Hippolyte-Paul (1802-1900)

Auteurs : Jaÿr, Hippolyte-Paul (1802-1900)

Auteurs : Jaÿr, Hippolyte-Paul (1802-1900)

Auteurs : Jaÿr, Hippolyte-Paul (1802-1900)

Auteurs : Rossi, Pellegrino (1787-1848)

Auteurs : Rossi, Pellegrino (1787-1848)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Dimanche 26 sept 1847

Je passerai la journée, sans un mot de vous. Cela me déplait fort. Pas de présence, et pas de lettre, c’est trop. Je noyerai mon chagrin, non pas dans le vin, mais dans le travail. J’ai déjà travaillé deux heures, cette nuit. Je ne dormais pas, je ne sais pourquoi. J’ai redormi après, jusqu'à 7 heures et demie. Conseil à St Cloud, à une heure. Il sera long. Nous avons beaucoup à faire. Hier, le petit conseil chez moi a été bon. Ils sont tous contents. Duchâtel toujours souffrant. Plus de fièvre, mais un mal aise habituel, et des maux de tête qui le fatiguent beaucoup. Il a recommencé à se préoccuper de sa santé. Dumon de retour, dans les meilleures dispositions. A partir de Mercredi, tous les ministres seront rentrés, sans Salvandy qui va courir le pays pendant un mois. Nous travaillerons sérieusement. Je reçois beaucoup de lettres de députés. Contents et exigeants. Pourvu qu’ils soient braves, je leur passerai leur exigeance.
Voici des lettres de Londres. Bien entre nous Lord Palmerston bat en retraite, pas tout-à-fait mais de plus des trois quarts, sur le plat. Lord John a plus agi que je n'attendais. C’est un vrai succès pour Broglie succès qu’il ne faut pas chanter. Reste à savoir comment nous continuerons l'action commune dont la continuation est, en principe, positivement admise. Je vais le chercher. Je le trouverai. Je suis sur la voie. Le langage de Lord Minto, en Suisse sera bon. On l'affirme très nettement. Savez-vous que le comte Colloredo donne sa démission de l'Ambassade de Pétersbourg pour épouser une Mad Sobenska dont le mari vient de mourir, et qui est plus âgée que lui ?
Lisez les débats de ce matin sur l’Italie.
La dépêche de Piscatory sur la mort de Colettis chagrine plus les journaux de l'opposition que la mort même. Aucun ne la répète. On dit à Londres qu’on espère peu que cet événement rende la politique de la Grèce meilleure et plus agréable au gouvernement britannique. On n'en est pas moins, déjà, très activement à l'oeuvre pour l'exploiter.
Adieu jusqu'à mon retour du Conseil. Je vais faire ma toilette. Adieu. Adieu.
5 heures
Je reviens de St Cloud. Je n'ai que le temps de fermer ma lettre. Conseil très plein. Le Roi a signé. Process with AI 7 unsaved changes Save 118 258 l'ordonnance qui nomme le Duc de Dalmatie Maréchal général de France, comme Turenne en 1660, et Villers en 1732, son fils m'écrit que c’est tout ce qu’il désire, et qu’il est très content. Il ne veut pas des Invalides. Molitor ou Sébastiani. Le choix n’est pas encore fait. Le reste du Conseil pour les affaires de l'Algérie, le Duc d’Aumale présent. Il part demain à 8 heures du matin.
Adieu. Adieu. Demain, je rentrerai en possession des lettres. Vous avez eu beau aujourd’hui. Je voulais me promener en revenant de St. Cloud Le temps m’a manqué. Adieu. G.
P.S. A demain encore ma réponse à Rothschild. Excusez-moi, je vous prie, auprès d'eux. Je ne crois pas pouvoir aller avant jeudi. Le Conseil de mercredi est indispensable.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Caen, Jeudi 2 sept 1847
6 heures

Je me lève. Hier de 10 à 1 heure, sur la route du Val Richer à Caen. de 8 à 5 heures en séance au Conseil général. Gens sensés, en bonne disposition, bien aisés de m'avoir. Petites affaires bien faites. A 5 heures, promenade à pied dans les rues de la ville, avec le Préfet pour aller voir des statues de grands hommes et des travaux de port. Population parfaitement tranquille. Curieuse et rien de plus. De 6 heures à 10, du monde, plus content qu'amusant. Conversation utile. J'étais dans mon lit à 10 heures un quart.
Désagréables nouvelles de la Plata. Au dernier moment au moment décisif, Waleski et Lord Howden n'ont pas agi de concert. J’ai peur que Howden n'ait tiré l’épingle de l'Angleterre du jeu, et que Waleski n’y ait laissé la nôtre. Palmerston s'est montré, au Duc de Broglie étonné de la conduite de Howdeen et ne l’a pas justifiée. Suspect. J’aurai bien des embarras. Je ne connais qu’une manière d'en sortir ; c’est de le prendre de plus haut avec tout le monde. Ou l’on triomphe ou l’on sort bien. Je prendrai ce parti, et si j'étais obligé de prédire, je dirais que je crois au succès. Mais la situation sera très difficile et tendue.
Communication, par Appony, de la réponse de Metternich aux protestations de Rome, et de ses instructions à M. de Lutzow. Il soutient que rien ne s’est fait à Ferrare qu'avec droit et selon les traités. Pièces brèves, se renfermant dans la question spéciale. On dit qu’une dépêche plus significative a été adressée, de Vienne aux cours de Florence, de Lucques et de Parme, les menaçant d’une occupation militaire, si elles établissaient comme le Pape, la garde civique. On ajoute que cette dépêche a été, non pas adressée aussi, mais communiquée au Roi de Sardaigne qui a répondu très vertement.
Voilà mes nouvelles. Moins la conversation qui serait bien plus longue, et bien plus agréable. J’attends votre lettre. J'espère qu’elle me dira que vous êtes mieux. Il faisait froid hier. Je passe ici toute la journée et je repars demain matin à 7 heures, pour le Val Richer, d’où je vous écrirai. Adieu.

9 heures
Voici votre lettre. Et voici ce qu’il y a de plus charmant : " Je me sens mieux ce matin ; votre lettre m’a remise." C'est bien une qu’il faut. De qui s’agit-il dans ce mot remise ? à qui se rapporte-t-il ? à vous, qui êtes du genre féminin donc, il faut remise, un e.
J’ai un mot du Duc de Broglie qui est à Evreux à son conseil général. Il retournera à Paris comme moi, le jeudi 9 me donnera la journée du Vendredi 10 et repartira pour Londres, le 11. Evidemment il s'y trouve bien. Il a eu la veille de son départ, je vous l’ai peut-être déjà dit une conversation de deux heures avec Lord Palmerston. Voici comment il la résume lui-même : " Je l’ai amené à me faire, sur Ferrare, sur l’Italie, sur le Portugal et sur la Suisse des déclarations très précises qui sans doute ne changeront pas beaucoup sa conduite, mais rendront son langage officiel très circonspect.
Si vous avez fait votre compliment au chancelier, vous avez très bien fait. A part son mérite dans cette occasion, il est très bien au fond mais inquiet. Il convient de le soigner. J’aurais été bien aise qu’il allât à Trouville.
Vous pouvez parfaitement montrer aux Beauveau la lettre inédite de la Duchesse de Praslin. Oui, la plupart des hommes sont durs et ont beaucoup à se reprocher envers leurs femmes.
Mon courrier ne m’apporte rien de grave de longues lettres du Roi et du Duc d’Aumale sur les affaires de l'Algérie. Ce jeune Prince prend sa situation au plus grand sérieux. Je suis persuadée qu’il s’y fera honneur.
Adieu. Malgré mon impatience, je veux moi aussi, que vous profitiez aussi longtemps que possible de l’air de Trouville. Il vous a certainement fait du bien. Adieu, adieu. G. dearest. Je pars demain à 7 heures du matin. Je suis au Val Richer à 10 et j'y trouverai votre lettre.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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18 Jeudi 26 Août 1847
10 heures

Il ne pleut plus. Il fait presque beau. Si ce temps continue, demain sera bon pour votre voyage. Mais vous aurez bien raison de ne pas risquer un rhume un mal d'estomac. Si vous hésitez, si le temps n’est pas assez agréable pour vous décider lestement, remettez à dimanche. Il y aura d'autres côtelettes.

2 heures
J’ai été interrompu par le futur directeur général de l'administration civile en Algérie qui a fait les 90 lieues pour venir causer avec moi avant d'être nommé et de partir. Il précédera, M. le Duc d’Aumale. C’est un homme capable et sûr que j'ai désigné. Je l’ai gardé quatre heures. J’en suis las. J’espère que le nouveau régime que nous allons établir là réussira. J'y tiens beaucoup.
Voilà le scélérat mort. Malgré les inconvénients, je persiste dans ce que je vous disais hier. J’ai reçu tout à l'heure des détails curieux que je vous montrerai. Bien tristes, des défauts d’un côté, des vices de l'autre, aux prises depuis longtemps. Le spectacle de la perversité me déplait encore plus que celui du malheur.
J’ai des nouvelles de Berlin. Le marquis de Charge de tout arranger avec son père. Mais il a besoin de venir. Il ne peut traiter que de vive voix. Il admet pleinement la nécessité. Je vais lui envoyer un congé. Ceci bien entre nous. Adieu. Je suis fort en retard pour mon courrier. Le beau temps s'affermit. J’ai bon espoir pour demain. Aurez-vous enfin Lady Alice ? Adieu. Adieu

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Mardi 10 Août 1847

Merci de votre petit mot d’Evreux. J'y comptais. Je suis impatient de savoir comment vous êtes à Trouville. Votre état provisoire, en attendant l'état définitif chez Oliffe. J’espère que celui-ci sera bien. Moi aussi, j’ai enfin la clôture définitive de la session. Bien paisible. On avait annoncé quelque tentative de scandale sur l'Algérie, le Maréchal, M. Warnery An. Rien du tout. Cinq ou six membres de l'opposition. Cinquante ou soixante de la majorité.
J’ai été le soir à Neuilly, prendre congé de la Reine. Assez de monde. Les Normanby, qui repartent samedi pour le Havre. Il m’avait écrit le soir même qu’il avait une lettre de la Reine Victoria à remettre au Roi, en réponse aux lettres de rappel de M. de Ste Aulaire. Le Roi est parti ce matin pour le château d’Eu. Normanby attendra son retour. Je sais qu’il (Normanby) a reçu une lettre de Lord M. Russell, content des élections, en ce sens que personne ne croit pouvoir, et ne pourrait remplacer le cabinet actuel. Et le nouveau Parlement voudra plus d'innovations que Lord John, lui même n'en veut faire. Ce qui lui donnera de temps en temps un air de résistance, et obligera les conservatives à voter pour lui.
Je n’ai rien du Duc de Broglie depuis quelques jours. Rien d'Italie que des nouvelles indirectes. Plutôt bonnes. Rome va. C'est Florence surtout qui m'inquiète. Le grand Duc est moins un gouvernement que le Pape. Bresson me promet de partir du 20 au 26 Août. Je le presse. Je vais écrire à Bacourt de venir. Son affaire a été décidé, sous le secret, dans le conseil de Dimanche. Il viendra me trouver au Val Richer d’où il ira au Château d’Eu. Je pourrai bien le faire passer par Trouville. N'en dites rien. A peu près certainement Glücksberg à Lisbonne. Tout aussi secret.
J’ai des nouvelles ce matin du Ministre de l’intérieur. Encore de la fièvre de temps en temps, dit-il. Il la promène d'Ostende à Anvers, d'Anvers à Schevelingen de Schevelingen, à Spa. Bon état, et bon langage politiquement, physiquement triste et abattu. Vrai souci pour moi. Je crois qu’il sera ici le 12 au soir. Je croyais la crise ministérielle ajournée à Madrid. Elle recommence. Les uns sont pressés de la reconciliation du Roi, et de la Reine ; les autres du divorce. On m'écrit de la Corogne que la Reine a fait inviter Mad. Mina à revenir à la cour, et que Mad. Mina a répondu qu’elle ne reviendrait que lorsque le général Serrano aurait été éloigné ! ! Selcey me mande que les eaux de Kissingen ont fait grand bien à votre grande Duchesse et qu’elle revient à Darmstadt, en bon état. On dit qu’elle y restera avec son mari, jusqu'au mois d'Octobre. Mon sac est vidé. Mortier, qui est ici depuis deux jours, ne me donne rien à y ajouter. Adieu. Adieu.

Je suis impatient de la lettre de demain. Votre absence tourne au profit de ma vertu et de ma santé. Je travaille sans interruption toute la matinée. Je me couche avant 10 heures. Je vais aller voir Lady Cowley.
Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Paris. Lundi 9 Août 1847

Je me lève. Il fait beau. J'en suis charmé pour votre route d'aujourd’hui. Je connais la Chambre où vous avez couché. Vous vous levez peut-être en ce moment. Pas encore. Il n’est que 7 heures. J’ai beaucoup dormi. Pas très bien.
J’ai dîné hier tête à tête avec Kindwort, et je lui ai beaucoup parlé après dîner de l'Italie dont il ira parler ailleurs. J’ai revé Italie, Pape, cardinaux et radicaux.
Je me lève toujours fatigué. J’espère qu'au bout de quelques jours de vrai repos, cette impression disparaîtra.
Je suis impatient d'avoir de vos nouvelles de Trouville. Je crains que vous ne soyez bien mal logée en arrivant, et que cette première impression ne nuise à tout le séjour. Vous jugez les choses autrement que les personnes. Vous voyez d’abord les personnes par leur bon côté, les choses par leur mauvais. Je regrette que vous ne descendiez pas tout de suite chez Oliffe.
J’ai encore aujourd’hui une journée laborieuse. La clôture. Un conseil avant, un conseil après, les affaires d'Algérie sont compliquées et difficiles à régler. Nous ne faisons que commencer à présent. Nous finirons après le 15 sept. Le Roi est très pressé de partir. Demain, à 8 heures, il sera sur la route d’Eu par le chemin de fer d’Amiens. Je reçois à l’instant de beaucoup meilleures nouvelles du Prince de Joinville. Lutteroth m'écrit, S. R. a bien voulu venir passer quelques soirées avec nous à la campagne, et la fraicheur et le bon air de Capo di Monte le guérissent à vue d’oeil. L'escadre fait toujours le meilleur effet sur la côte d'Italie. En revanche, on a appris à Naples que l'escadre Anglaise avait quitté Spithead, et on s'en inquiète. On dit que celle-là porterait la révolution, et que la nôtre porte l'indépendance. Ce sont les propres paroles que m'envoye Lutteroth. Nous avons frappé bien juste de ce côté là. Plaise à Dieu que nous en fassions partout autant !
Le Duc de Noailles m’a fait avant hier, pendant le dépouillement d’un scrutin, le sermon très amical que vous lui aviez recommandé. Et votre recommandation lui tient tant à coeur que m'écrivant hier de Versailles pour cette petite affaire qui l’intéresse, il finit en me disant : " Je pars préoccupé, comme je vous le disais hier de tout ce que vous avez à faire, au dehors et au dedans, dans l’intervalle des deux sessions. Dieu et vous aidant, j'espère que je ferai. Ne prenez pas ceci pour une plaisanterie. Je me défends, mais j'accepte. Et je vous en aime mieux à Londres, par la lettre d'aujourd’hui 478 élections connues. Les conservateurs remplacés par des libéraux. 22 libéraux par des conservateurs. Gain ministériel, 34.
Adieu.
Je fermerai ma lettre avant de partir pour le conseil, car je ne sais quand j'en reviendrai. J’ai quelques personnes à dîner. Pas aussi bien que jeudi. J’irai ce soir à Neuilly prendre congé de la Reine.

Onze heures
Voilà ma 10e audience qui finit. Le baron de Renduffe, bien tourmenté de ce qu’on veut à présent imposer à Sa Reine un cabinet ami, au fond, des vaincus d'Oporto qui deviendraient les vainqueurs. Sa Reine menace de s’en aller.

Adieu. Adieu. J’espère que j'aurai un mot de vous demain. Adieu.
Je vais déjeuner, et de là au Conseil.
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