Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle


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Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Molé, Louis-Mathieu (1781-1855)

Auteurs : Doudan, Ximénès (1800-1872)

Auteurs : Taine, Hippolyte (1828-1893)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Beaupoil, comte de Saint-Aulaire, Louis-Clair de (1778-1854)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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17 Val Richer, Dimanche 3 Juin 1855 4 heures

Le pouvoir est toujours mal informé quant aux petites choses, ce qui fait. qu’il les voit plus grosses et tout autres qu'elles ne sont. Comment prendre pour une hostilité prémédité l'élection de M. Legouvé au lieu de M. Ponsard quand M. Ponsard a été élu quelques semaines après, avec beaucoup des voix données d'abord, à M. Legouvé ? Que deux ou trois personnes aient voté pour M. Legouvé par malice, et à cause de l’histoire de sa Médée, c’est possible, mais c’est tout au plus. Des relations de société, des engagements pris, des perspectives d'élections futures, voilà ce qui a fait élire M. Legouvé avant M. Ponsard. Je pourrais passer en revue tous les griefs dont on parle je les trouverais tous de même poids. M. Simon, qu’on vous a nommé, est un professeur de philosophie qui a donné sa démission au 2 Décembre, par un scrupule peu bienveillant, sans doute homme tranquille d'ailleurs, honnête et distingué. Il vit de sa plume, sans bruit. Il a fait un livre de morale, étranger à toute politique, bon en soi et plein de talent. L’Académie lui a donné un prix Monthyon. Mais en même temps elle a donné des prix semblables à M. Audiganne, chef de bureau au Ministère du commerce, pour un ouvrage de morale administrative dont le pouvoir n'a qu’à se louer, à l'abbé Gratry pour un ouvrage de théologie très catholique. Vous ne connaissez ni ces noms, ni ces livres là. Vous n'en auriez jamais entendu parler si le pouvoir n’avait pas pris un microscope pour regarder bien au fond, et y découvrir quelque arrière pensée de mauvais vouloir. Je ne crois pas que cette minutieuse enquête soit pour lui, d'aucun profit. Il y a des choses qu’on annule en ne les voyant pas, même quand elles existent, tandis qu’on les fait grandir en les regardant. Je ne prétends pas que l’Institut soit un corps dévoué au pouvoir ; c’est un corps essentiellement libéral, et toujours un peu de l'opposition. Opposition très spéculative, très inoffensive, parfaitement impolitique, et sans le moindre danger pour le pouvoir tant que le pouvoir ne lui déclare pas lui-même a guerre. Je suis convaincu que l'Empereur ne veut pas faire la guerre à l’Institut. C’est pourtant bien la guerre qu’on lui fait quand on lui retire tout à coup les droits, les privilèges, les usages dont il a joui depuis qu’il existe, sous tous les régimes, Richelieu. Louis XIV, l'Empereur Napoléon, la Restauration, le gouvernement de Juillet. Mettez d’un côté, je vous prie, ce qu’on enlève à l’Institut, ses commissions, ses séances publiques, ses employés, sa bibliothèque et de l'autre les griefs imperceptibles, les petits déplaisirs au nom desquels on le dépouille de la sorte ; est-ce là de la politique intelligente ? Je n’ai jamais vu de coup si inutile, ni si mal mesuré.
Tenez pour certain que, si les articles contre lesquels les Académies, ont réclamé sont maintenus le pouvoir se sera créé lui-même des embarras très incommodes, et qui finiront par devenir bruyants. Ils n’ont pas encore commencé.
M. Fould a dans cette affaire, un avantage de position dont il devrait bien profiter. Il n’est pas de la corporation des Lettrés, il ne doit rien à l’Institut. Raison de plus pour se faire son interprete et son défenseur. On lui en saura d'autant plus de gré. M. Fortoul, patron naturel des Académies et par son ministère, et par son élection récente, a laissé la place vide. Que M. Fould la prenne ; il se fera honneur et des amis.
Lundi 4 10 heures et demie. Pauvre nuit ; assez de toux et peu de sommeil. Je suis décidé à ne pas sortir de mon cabinet jusqu'à ce que ce soit tout-à-fait passé. Adieu, Adieu. G.
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