Guizot-Lieven

Correspondance croisée entre François Guizot et Dorothée de Benckendorff, princesse de Lieven : 1836-1857


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Mot(s)-clef(s) recherché(s) : Posture politique

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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203 Paris. Vendredi 28 Juin 1839. Midi

Vous me demandez de vous écrire davantage. Indiquez-moi comment. Ma lettre ne part que tous les deux jours ; mais tous les jours, je vous dis ce que je fais et ce que je sais. Je vous dis tout... sauf ce que je vous dirais à la Terrasse. Mais il n'y a point de remède à ce mal. La distance tue beaucoup de petites choses, et les plus grandes.
Je suis bien aise que vous approuviez ce que j'ai dit à la Chambre. Car votre opinion que deux ou trois Maréchaux, ou un, sont assez pour une armée de huit cent mille hommes, permettez-moi de n'en pas tenir grand compte, pas plus que de la mienne qu'il en faut huit pour une armée de cinq cent mille. Je ne me suis guère inquiété de mon expérience militaire. J’ai vu l’antipathie des grandes situations, le désir d'en retrancher une, deux. Je n’ai pas compté ; j’ai protesté. Je ne sais si je parlerai sur l'Orient. Le débat commencera Lundi. J’ai peur qu'on ne me fournisse aucun bon prétexte. C’est déjà beaucoup pour moi de parler sans cause et seulement sur un prétexte. Au moins il me le faut bon. Il n’est pas nécessaire que je parle ; il faut qu’on le trouve au moins naturel. Je regretterais de me taire. Je crois que ce que j'ai à dire est bon, pour la question et pour moi. Du reste les nouvelles s'accordent de plus en plus avec ce que je vous ai dit. Le Pacha aura le bon sens de ne battre les Turcs que s'il y est forcé. Et quand il les aura battus, de ne faire de conquêtes que d’un côté qui ne mette pas ses amis d’Europe dans l'embarras. Il ne passera point le Taurus. Rien ne vous appellera à Constantinople. Pourtant le Pacha pourra bien gagner son hérédité. Ce sera une nouvelle pierre tombée sans bruit de l’édifice ottoman. A moins qu’un succès momentané des Turcs ne fasse éclater leur folie, et que leur folie ne pousse le Pacha hors de son bon sens c'est-à-dire vers le Nord au lieu de l’Est. Et ce pauvre Prince Miloch. On vous impute fort cet échec du pouvoir absolu en Serbie.

8 heures
J'ai dîné chez M. Devaines. Je rentre. Je m'ennuie d’aller chercher des gens qui m'ennuient. Quand je fais un effort, je parviens à ne pas m'ennuyer même de ceux-là, et à en tirer un passetemps. Je veux tenter ce soir un effort plus doux, celui de me persuader que nous causons, et de causer en effet comme si nous causions. Pauvre ressource pour un homme aussi peu enclin que moi aux illusions, et qui en fait aussi peu de cas !

Nous avons voté ce matin, sans la moindre objection et presque à l'unanimité, ce doublement, de la garde municipale qu’on osait à peine demander. Il y a trois ou quatre ans, nous nous sérions arraché les yeux pendant huit jours sur cette question, et il y aurait eu 160 voix de minorité. Tout le monde est las. Et puis sérieusement parlant, les lois de septembre ont fait leur effet. Le principe que la révolte est illégitime, en paroles comme en actes, est admis par tout le monde excepté par cette poignée de frénétiques que les Pairs jugent depuis hier. Personne ne veut ou n'ose plus les soutenir. Ils ont eu quelque peine à trouver des avocats. Les craintes de nouveaux troubles pendant le procès se dissipent. Non qu'ils ne les annoncent eux-mêmes, et ne se les promettent en effet tous les jours. Mais ils n’ont point d’armes, point de poudre. Je doute qu’ils tentent quelque chose. Ils avaient conçu une horrible idée, celle d'enlever un des petits Princes sur la route du Collège, ou Madame la duchesse d'Orléans sur celle de l’Eglise des Billettes pour s'en faire des otages. Vous pensez bien qu’on a pris toutes les précautions imaginables.
Au milieu des complots et des procès, le monde ordinaire, va son train. Mlle de Janson épouse le Duc de Beaufort, Mad. de Janson a beaucoup hésité. Enfin les paroles ont été données hier. Le bruit du mariage du Duc de Broglie avec Mad. de Stael avait été fort répandu, grâce à M. Molé dit-on. J’y crois moins que jamais.
Il y a une conspiration à la Comédie Française contre Melle Rachel. Elle fait la fortune et le désespoir des comédiens. Là comme ailleurs, l'amour propre est plus fort que l’intérêt. L’une des fontaines de la place Louis XV est près d’être terminée. Cette masse de fer en coupes, en hommes, en amours, en poissons, fait un singulier effet. Il faudra beaucoup, beaucoup d'eau pour couvrir tout cela. On dit qu'il y en aura beaucoup, et par dessous l'eau entre les statues des réverbères qui brilleront à travers l’eau. M. de Rambuteau épuisera là son génie. Il a fait mettre au-dessus des candélabres et des colonnes rostrales, des lanternes dorées qui sont très riches. Voilà mon feuilleton. Vous ne me demanderez plus de vous en dire davantage. Adieu. Je vais me coucher. Je vous dirai encore adieu demain avant d'envoyer ma lettre à la poste. La journée a été encore pleine d'orages. J'espère qu’il n’y en aura pas cette nuit. J'en ai horreur.
Tout va bien au Val-Richer. J’ai eu ce matin une lettre d'Henriette. Très gentille, mais je ne puis obtenir d’elle la moindre ponctuation. Je lui ai répondu, pour lui en faire comprendre la nécessité et le mérite, la plus belle lettre du monde, un petit chef d’œuvre de grammaire. de morale. Vous s’avez que j’ai quelque talent pour la grammaire. Adieu enfin.

Samedi 10 heures
Adieu encore. On m’apporte mon déjeuner, du beurre et du chocolat. Vous ne vous en contenteriez pas. Je suis fâché que vous n'ayez, pas à Baden un bon cuisinier. Je dîne aujourd’hui chez Mad. Eynard, demain au café de Paris, après-demain chez Mad. Delessert. Je ferai meilleure chair que vous. G.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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204 Dimanche 30 Juin 1839, 5 heures

Je suis excédé. Après ma corvée de visites du Dimanche, il m'a pris la fantaisie de mettre un peu d'ordre dans un horrible fouillis de livres, planches, cartes & que j’avais laissé entasser. J’y travaille depuis trois heures. La tête m'en tourne. Je ne puis me redresser. Pour moi, l'activité morale et l'activité physique s'excluent l’une l'autre. Quand je ne fais rien, quand je ne pense à rien et ne me soucie de rien, je puis marcher, courir, supporter autant de fatigue corporelle que tout autre. Mais quand j'ai l’esprit très occupé, il faut que mon corps se repose. Toute ma force va à l’un ou à l'autre emploi.
Je ne suis pas content de votre N° 203. Ce peu de succès du lait d’ânesse et des bains, cette lassitude invincible dans une vie si tranquille, cette impossibilité de reprendre un peu d’embonpoint, tout cela me désole. Je vous en conjure ; nous avons assez souffert l'un et l'autre ; ne nous soyons pas, l’un à l’autre, une cause de souffrances nouvelles. Ayons pitié l’un de l'autre. Et que Dieu ait pitié de tous deux ! Je me défends du mieux que je puis mais j’ai le cœur serré. Dites-moi que vous êtes mieux ; mais ne me mentez pas. Vous pouvez être tranquille sur Paris. Il n’y aura infailliblement point de pillage très probablement, point d'émeute, et probablement rien du tout. Le procès se passe dans un calme profond, dans la salle et autour de la salle. Les accusés ne sont pas même insolents. En cas de condamnation à mort seulement, on peut craindre quelque tentative, tentative d'assassinat, d'enlèvement, de coup fourré, qui sera déjoué, mais dont il est difficile de prévoir le mode. On croit à deux condamnations à mort. Le procès sera moins long qu’on n'imaginait. Les interrogatoires marchent vite. Pozzo a pu partir, car il est arrivé à Calais. Une dépêche télégraphique l’a annoncé ce matin. L’envie dont je vous parlais l'autre jour s'est manifestée. Le marquis de Dalmatie est allé trouver M. Duchâtel pour lui demander de la part du Maréchal, s'il croyait possible de me déterminer à aller à Constantinople. C’est décidément M. de Rumigny qui ira à Madrid et M. de Dalmatie, sera nomme à Turin. Le Duc de Montebello se désole de rester Ambassadeur à Naples in partibus. Le Roi de Naples est toujours mal et ne remplace pas M. de Ludolf. C’est Mad. la Dauphine qui a fait rompre le mariage de Mademoiselle avec le comte de Lecce, par vertu et pour ne pas sacrifier cette jeune Princesse à une espèce d’idiot.

8 heures et demie
Je viens de dîner au café de Paris, avec M. Duvergier de Hauranne, uniquement occupé des chemins de fer, qu’on discutera après l'Orient. Dans mes études, je n'ai jamais eu aucun goût pour les sciences physiques. Je reste fidèle à cette disposition. Il me faut des hommes à remuer. Les pierres m'ennuient.

Lundi 8 heures
Il fait froid. Je viens de faire faire du feu. Ce temps là vous gâte vos promenades, tout ce que vous avez de bon à Baden, n’est-ce pas ? Mes enfants m'écrivent qu’il pleut sans cesse au Val-Richer. Pour eux, ils ne s’en promènent guère moins. Ils sont très bien. Guillaume a été un peu enrhumé, mais sans la moindre conséquence. Ma mère est très bien aussi. Montrond me dit que décidément il ira à Baden. Mais il va d’abord à des eaux de malade, je ne sais lesquelles, dix en Savoie, je crois. J’ai peur qu’il ne vous arrive bien tard. Adieu. Donnez-moi de meilleures nouvelles si vous voulez que je ne sois pas triste et abattu. Ce n'est pourtant pas le moment.
La discussion sur l'Orient commence aujourd’hui. J’ai envie de parler et je doute. On dit que M. de Lamartine dira toutes sortes de choses, qu'il faut tuer, l’Empire Ottoman parce qu’il va mourir qu’il faut vous donner Constantinople pour l'ôter aux Barbares, & Adieu. Adieu.

10 heures
J’aime les plaisirs inattendus. J’aime les exigences. Je les rends. Je puis donner beaucoup, beaucoup beaucoup plus qu’on ne sait ; mais je veux reprendre tout ce que je donne. Je vous écrirai demain. Je vous écrirai deux fois par jour, si vous voulez me promettre de vous bien porter. Vous me dites que vous pensez sans cesse à moi. Je vous défie d'envoyer vers moi une pensée qui n'en rencontre une de moi vers vous. Je suis sujet à vous de fier. On dit que j'ai l’esprit actif. J’ai le cœur bien plus actif que l’esprit ; et il me passe bien plus de peines ou de joies dans l'âme que d’idées dans la tête. Mais l’esprit montre tout ce qu’il a, & l'âme en cache beaucoup. Je m'arrête, car j'irais à des subtilités de théologiens ou de Bramine. Il y a du vrai pourtant dans ce que je vous dis là. Adieu jusqu’à demain. Je vais déjeuner & puis me promener en allant à la Chambre. Je ne fais point de visites. Adieu.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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206 Paris, mercredi 3 Juillet 1839, 8 heures

J’ai parlé hier. Vous lirez cela. Je regrette bien que nous ne puissions en causer à l'aise. Je suis sûr que j’ai bien parlé. J’ai réussi beaucoup auprès des connaisseurs, convenablement auprès des autres. La portée de ce que j'ai dit n'a pas été vue de tous. De M. Dupin, par exemple qui n’y a rien compris. Quelques uns ont trouvé que je parlais trop bien de votre Empereur, & se sont étonnés qu’en parlant si bien, je n'en parlais pas encore beaucoup mieux. Je crois avoir quant aux choses mêmes, touché au fond, et quant à moi pris la position qui me convient. Vous savez que je suis optimiste, pour moi comme pour les choses. A tout prendre, je ne pense pas que mon optimisme m'ait souvent trompé. Et puis si vous étiez là, je vous dirais bien qu'elle en est la vraie source. Mais vous êtes trop loin. En tout, c’est un grand débat. Et n'oubliez pas ce que je vous disais hier. Pour la première fois, la question est entrée très avant dans la pensée publique. Elle y restera. Elle s’y enfoncera. A mesure que les événements se développeront. S’ils se développent, le Gouvernement peut venir demander aux Chambres ce qu’il voudra, elles le lui donneront. Et si les événements se développent sans lui, il aura grand peine à rester en arrière. Du reste, je crois au bon sens de tout le monde, en ceci. Je ne vous dis rien des nouvelles. Les dépêches télégraphiques sont publiées textuellement. M. Urquart, sur qui je vous avais demandé si vous pouviez me donner quelques renseignements est à Paris, et m’a fait demander à me voir ce matin. Tout brouillé qu’il est avec Lord Palmerston, il me paraît un des hommes les plus curieux à entendre sur l'Orient. Si je vous répétais ce que tout le monde dit, je vous dirais que la session est finie, que ceci est le dernier débat que la Chambre est extenuée et n'écoutera plus rien. J’en doute. La Chambre écoute quand on parle. Ce sont des esprits très médiocres, très ignorants, très subalternes, mais au fond plus embarrassés que fatigués, et qui n'hésiteraient pas tant s’ils y voyaient un peu plus clair.

10 heures
J’ai été interrompu par des visites. Elles prennent beaucoup de place dans ma journée. Je ne me lève guère avant 8 heures et depuis que je suis levé jusqu'au moment où je pars pour la Chambre, j'ai du monde. Je ne ferme point ma porte. Je suis seul ici ; je n’y suis pas venu pour travailler. Je travaillerai au Val-Richer. Ici j'écoute et je cause. Bien dans une vue d’utilité car pour du plaisir je n’y prétends pas. Je suis très difficile, en fait de plaisir. J'en puis supporter l'absence, mais non la médiocrité. Je déjeune à 1 heures. Je vais à la Chambre à l'heure. Quelques fois, je sors une demi-heure plutôt pour passer au ministère de l’Intérieur. Je passe à la Chambre toute, ma matinée. Je lis les journaux. Je cause encore. J’écoute un peu. Je rentre au sortir de la séance. Je m'habille. Je vais dîner bien rarement au café de Paris, trois fois seulement depuis que je suis ici ; hier chez Mad. de Gasparin, aujourd’hui chez Mad. Eymard avec le Duc de Broglie. Jeudi chez M. le Ministre de l’instruction publique, Vendredi, chez M. Devaines etc. Je rentre de très bonne heure. Je lis. Je me couche et je dors ou je rêve, quelquefois bien mal, comme vous savez, souvent mieux. Quand je dis que je dors, je me vante un peu. Depuis quelque temps je dors moins bien. Je rallume mes bougies. Je lis ou je pense. Je n’ai pas deux pensées.

11 heures
Voilà votre Numéro 205. Je viens de faire ce que vous me demandez. Je vous ai raconté mes journées. Elles se ressemblent beaucoup. Les vôtres me chagrinent. Vous savez que je déteste les sentiments combattus. Vous m’y condamnez. J’aime le vide que je fais dans votre vie, et celui que vous souffrez ne désole. Je vous pardonne tous vos reproches. Adieu. J’ai ma toilette à faire, et à déjeuner. Je veux être à la Chambre de bonne heure, M. Douffroy résumera la discussion. Ce ne sera pas brillant, mais sensé et bien dit. Adieu. Adieu. Tout est insuffisant, tout ; et c’est le mal de notre relation qu'elle est vouée à l’insuffisance. Je supporte ce mal avec une peine extrême, et je le retrouve à chaque instant pourtant. Adieu

Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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Brighton Lundi 1er Janv.

8h du soir.

Je vous ai écrit ce matin moi-même. Le soir cela ne m’est pas possible. Mais je dicte deux mots parce que j’ai appris que la publication anglaise doit avoir lieu déjà le 5. Cela ne me parait guère convenable. Il me semble que vous pourriez attendre que votre écrit eût paru à Paris. Je viens de recevoir votre lettre d’hier. J’espère bien que vous ne vous laisserez pas enlever à votre repos. Je ne trouve pas le moment venu, pour aller affronter les intrigues. Laissez les autres barbotter dans leur gâchis. Il y a bien de la dignité à se tenir en dehors de tout cela et aucun moyen d’échapper à ces intrigues. Si vous vous présentez trop tôt. Ce sont des luttes qui ne vous vont pas. Mais nous causerons bien au long de tout cela et je me réjouis bien de mercredi. & & Adieu. Adieu.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton. Lundi 8 Janv. 1849

J'ai dîné hier chez Duchâtel. Il ne savait rien. Je lui ai appris la situation. Bien confirmée par ce que vous me dîtes des nouvelles de Mad. Rothschild. Cela ne finira pas, mais continuera par un replâtrage. Les modérés soigneront, et soutiendront, un peu mieux Louis B. Mais Thiers et Molé ne deviendront pas des ministres. Ils gagneront tant bien que mal la dissolution de l’Assemblée et les nouvelles élections. La Presse venue ce matin, commence son mouvement d'abandon, de L. B.. Elle deviendra légitimiste. Ellice dinait chez Duchâtel. Plus hostile que jamais à Lord Palmerston. Disant que Lord John n'a pas autre chose à faire que d'aller trouver Sir Robert Peel et de lui demander trois ou quatre ministres. Mais qu’il ne le fera pas. Ellice va à Paris à la fin du mois. Il a vous surement dit tout cela. Le Roi n’a qu'une idée, mais idée fixe. Se justifier du renvoi de son cabinet le 23 février. Mon impopularité est sa seule défense. Il faut qu’il ait du mérite à m'avoir soutenu si longtemps, et une excuse pour m'avoir enfin, abandonné. Je ne lui en veux pas, mais je me tiens pour averti. Quant aux Princes, ils disent ce qu’ils croient utile de dire pour plaire au parti qu’ils craignent et ce qu'au fond ils croient assez eux-mêmes. La politique des Journalistes ne descend pas seulement très bas. Elle monte très haut. Je ne m’y rangerai pas pour cela. Je n'ai qu’un malheur c’est que je ne vivrai pas encore cent ans. Dans cent ans, plutôt probablement, j’aurai trop raison.
Je vais à Richmond tout à l'heure. Je n'ai rien de Paris, ce matin. J’attends quelque chose dans la journée. Ménagez bien vos yeux, même avec moi. J’ai été charmé de voir fondre la neige. Voulez-vous que je vous renvoie la lettre de Constantin, ou que je vous la rapporte ? Adieu. Adieu. Adieu.
Voici la note des livres dont j'ai besoin et envie. Mais remarquez bien que je n'en sais pas les prix, et que je ne veux pas tout , et tout est cher. Les n°2 et 3 sont d'anciens ouvrages. Les n°1 et 4 des ouvrages nouveaux. Je les ai rangés dans l'ordre de leur intérêt pour moi.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton, Mardi 9 Janv. 1849
une heure

Quel ennui que vous soyez loin ! J’aurais tant à vous dire, et à discuter avec vous ! Pour le public et pour moi. Il n'y a pas moyen de tout écrire. C’est trop long et trop court. J’ai passé hier une heure et demie à Richmond. Une demie heure d’abord, chez la Reine. Assise dans un grand fauteuil, les jambes étendues et enveloppées. Encore maigre, mais le teint clair et reposé ; plutôt bonne mine de convalescente près d'être guérie. Sereine et pas gaie. Elle m'a beaucoup parlé de sa santé : « Je vais beaucoup mieux. M. de Mussy m’a sauvé la vie. Je suis encore bien faible. J’ai encore mal aux entrailles. J’ai encore les jambes un peu enflées. Je me promène tous les jours quand il ne pleut pas. Même quand il gèle. Amenez-moi vos filles, avant de retourner en France. Qui sait si je les reverrai ? " Très amicale. Elle m’a demandé si je me présenterai aux prochaines élections. J'ai dit que oui si la prochaine assemblée paraissait destinée à rétablir la Monarchie ; non si elle n'était destinée qu'à servir ou à tracasser la République. Elle a fort approuvé. Le Roi, aussi, qui était là. Il a insisté : " Vous avez bien raison, de n'être pas pressé. Quand on a été ce que vous avez été, quand on a votre talent, il faut se faire désirer, beaucoup désirer. Croyez- moi ; c'est un conseil d’ami. " J’ai accepté et remercié. Nous sommes sortis de chez la Reine. Une heure de tête-à-tête, dans le salon. D'abord les affaires privées. On n'a pas encore rendu les dots et les rentes des Princesses. Pourtant il croit qu'on va les rendre. Passy est bien. Il retourne probablement à Claremont à la fois de la semaine. Les ordres sont donnés. Toute la famille y retournera avec lui. Il le croit, sans en être bien sûr. Après, si on rend à Monseigneur le Duc d’Aumale une bonne partie de ses revenus, il pourrait bien prendre une maison à Richmond, ou à Brighton, quelque part pas loin de Londres. Mad. la Duchesse d’Aumale a grande envie d'être maîtresse de maison. L'essai qu'elle en a fait à Alger lui a beaucoup plu. La Princesse de Joinville soupire pour une visite au Brésil. Rien qu’une visite. Elle n’y voudrait pas rester. Mais pas même de visite à présent. Le Prince de Joinville doit rester. Il le sent lui-même. Il peut être utile à la France à sa famille. Il est populaire. Précisément à cause de ses défauts. Grand morceau contre la manie de la popularité. Tendres regrets aux prises avec le bon sens. Je voyais venir l'allusion. Il a repris la conversation de chez la Reine. Je ferai très bien d'attendre. Il faut laisser dissiper cette impopularité amassée contre moi. Je n’ai pas voulu laisser passer. - Sire, je serai populaire quand je voudrai. J’ai été très populaire sous la Restauration. - Ah oui, quand vous faisiez de l’opposition. - Précisément sire. Je l’aurais été encore sous le gouvernement du Roi, si j’avais voulu. C’est à servir le Roi et la bonne politique que je suis devenu impopulaire. Certainement; c'est comme moi. J’ai accepté l'honneur de l'assimilation.
Il avait envie de parler d'autre chose. J’ai insisté pour bien établir que j'étais impopulaire par mon fait de mon choix, pour la bonne cause qui était sa cause à lui et à sa famille ; qu’il avait toujours dépendu et qu’il dépendait toujours de moi d'être populaire, mais que je n’en avais nulle envie, que je ne tenais qu’à une seule chose, c’est qu’on sût bien que si je ne l'étais pas, c’est parce que je ne cherchais pas à l'être et non parce que je ne pouvais pas l'être & & Il m’a fort approuvé de très bonne grâce. Je ne connais pas d'homme qui s'embarrasse moins dans une conversation de ce qu’il a pu dire dans une autre. Le moment où il parle, la personne à qui il parle, sont tout pour lui. Privilège de Roi. Mêmes dispositions, et même langage à propos de Mad la Duchesse d'Orléans. Il en a reçu une longue lettre ces jours-ci. Raisonnable, plus raisonnable que les précédentes. Il s'occupe d'y répondre. Il a reçu pour le jour de l’an une très jolie et très sensée lettre du comte de Paris. Très sensée. Il espère bien que c'est l'enfant que l’a faite lui-même. On ne peut guère la lui avoir faite. Le Duc et la Duchesse de Montpensier sont toujours fort bien à Séville. Pourtant la Duchesse s’y ennuie un peu, et aurait envie de Madrid où la Reine sa sœur la désire toujours beaucoup. Le Duc promène sa femme de côté et d'autre pour l'amuser. Il ne se soucie pas de Madrid. Il y a trois semaines, on a cru la Duchesse grosse. C’était une erreur. Très bonnes nouvelles de Naples. Mais Lord Palmerston plus mauvais que jamais. Il prête en ce moment aux Siciliens des vaisseaux anglais, des officiers anglais, des munitions anglaises. Tout cela va partir, sous pavillon anglais pour la Méditerranée, comme un renfort de la flotte anglaise. Et une fois-là, on prendra le pavillon sicilien. J’ai trouvé que c'était bien fort. On affirme. Voilà Richmond. Paris serait plus long. Pour demain. Grande humeur de Molé de ce que je vais publier, de ce qu'on veut me lire à la prochaine assemblée. Grande intrigue pour l'empêcher. Déclaration de fraternité avec Thiers, tout en travaillant contre Thiers et la régence. C’est très long et très brouillé. Et toujours le même tempérament de haine féminine. A demain. Voici une lettre de Barante, et une correspondance de Paris dans l'Emancipation de Bruxelles. Elle a quelque valeur. Adieu. Adieu. Encore une fois, Brighton est bien loin. Adieu. G.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton Mercredi 10 Janv. 1849
une Heure

Pourquoi n’ai-je pas de lettre ce matin ? Ni la poste de 9 heures, ni celle de 11 heures, ne m'ont rien apporté. Je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas de lettre. Si c'était vos yeux, Marion m’aurait écrit. Si c’était pis que vos yeux Marion m'aurait écrit aussi. Quelque bêtise de je ne sais qui ; un retard de dix minutes. Je suis très contrariée. Tout retard m'inquiète. J’espère bien avoir une lettre dans la journée. Lord Aberdeen est venu me voir hier. Il ne peut aller mardi à Brighton. Il est invité à Windsor précisément pour mardi jusqu’à Vendredi. Je ne le rencontrerai donc pas mardi. Ce sera pour une autre semaine. Nous avons beaucoup causé. Je l’ai trouvé en train et assez confiant : " Ou Lord Palmerston entraînera le Cabinet dans sa chute, ou le Cabinet laissera tomber Lord Palmerston." Il croit assez à des efforts tentés auprès de Peel pour obtenir qu’il donne ses amis. Il a vu hier Peel qui allait à Windsor. J’ai été assez surpris des perspectives à demi voilées que laissait entrevoir Lord Aberdeen. Mais je l'ai déjà vu ainsi. J’irai le chercher chez lui demain ou après demain.
Duchâtel sort de chez moi, m’apportant une lettre de Dumon assez sombre. La gauche a regagné du terrain auprès du président comme dans l’Assemblée. C’est la faute des Chefs du parti modéré qui ont démasqué beaucoup trop vite leurs batteries contre le président qu'ils avaient fait. On n'ira pas comme on est jusqu'aux élections. Ou Thiers, Molé et Bugeaud prendront le pouvoir, ou Cavaignac et des amis le reprendront. Du gré du président, qui paraît même pencher beaucoup plus vers ses adversaires électoraux que vers ses patrons gouvernementaux. Si cela arrive on retombera dans la nécessité des combats de rue et des coups d'Etat militaires ou populaires. Les Ministres actuels sont d’une malhabileté, d’une pusillanimité et d’une nullité choquantes. Léon Faucher a dit qu’il combattrait mon élection de tout son pouvoir : " C'est une réaction inacceptable. Notre cabinet est tout ce qui se peut en fait de réaction. " Molé, était allé le voir. Léon F. lui a fait dire qu’il ne pouvait le recevoir ayant à travailler. Molé a insisté. Léon F. l'a remis au lendemain, 8 heures du matin. Molé a répondu que c'était l'heure où il dormait le mieux. Voici les deux faits intéressants sur Molé. Il se dit dans la meilleure entente, dans la plus grande intimité avec Thiers : " Nous sommes deux frères. " Et il prêche Henri V et la fusion tandis que Thiers prêche la Régence. Il a beaucoup d'humeur de ce que je publie quelque chose et de ce que je veux me faire ou me laisser élire à l’Assemblée prochaine. Ce sont les deux résultats nets de deux conversations avec deux de mes plus sûrs amis. Voici un extrait d’une lettre qu'on me communique. C’est d’un homme d’esprit à un homme d’esprit. Je finis, comme j'ai commencé, par mon extrême ennui de n'avoir pas de lettre. Adieu. Adieu.

3 heures
Voilà ma lettre. Il n’y avait point de raison de retard. à la bonne heure. Je vais sortir tranquille pour aller voir C. Greville, qui m’a fait dire qu’il avait une cruelle attaque de goutte et ne pouvait sortir. Il a un exemplaire anglais et il en aura un français. J’attends le Français pour M. de Metternich. Au moment où on m’a remis votre lettre, M. le duc de Nemours est entré. Ce qui fait que je ne l'ai lue qu'au bout d’une demi heure. Très poli et amical. Visite sans motif que je sache. A moins que ce ne soit ma conversation d'avant hier à Richmond. Adieu, adieu. Un très bon adieu. G.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton. Jeudi 11 Janv. 1849

Je vous ai envoyé ce matin par le railway, quatre exemplaires de ma brochure. Vous, le Prince de Metternich, Marion et Lord Mahon. Aurez vous la bonté de charger Jean de porter le dernier exemplaire. Je n'ai reçu qu’hier l’édition française. Les journaux commencent à en parler. Vous serez contente des Débats et de l'Assemblée nationale. Voyez-vous celle-ci ? Avez-vous lu le Morning Chronicle ? Me voilà bien et dument aristocrate. Je suis frappé du tour de quelques uns des journaux anglais. Ils sont évidemment plus démocrates que moi. J’ai été hier chez Ch. Greville. Bien pris de goutte. Grands compliments. J’y ai trouvé, Lord Ellesmere, Henri Greville et un M. Stanley que je ne connais pas. Nous avons beaucoup causé, mais trop de monde. Rien n'est fini pour le remplacement de Lord Auckland. On croyait assez là à Lord Carlisle.
Je n'ai rien de Paris ce matin. Louis Nap. n’ira pas. Mais il ne s'en ira pas sitôt. Si j’avais à parier je parierais qu’il finira par se mettre entre les mains de Cavaignac et des Républicains. C’est contre son origine, mais c’est selon sa nature, et sa sureté. Je serais étonné si nous avions à traverser la phase de l’Empire. Je la crois usée d'avance par le décri de l'homme. Henri Greville avait hier des lettres de Paris qui m’en tarissaient pas sur les ridicules, et sur les quolibets dont il est l'objet, parmi le peuple comme plus haut. Certainement les gros bonnets modérés ne s’entendent. pas. Et plus ils iront, moins ils s’entendront. Au fond, ils ne veulent point la même chose. Ils sont comme le pays ; il n'y a que l’extrême danger qui les unisse Adieu. Adieu. Je vais chez Lord Aberdeen. J’ai je ne sais combien de billets à écrire. Nous aurons bien à causer mardi. Je vous rapporterai Lady P. et Contantin. Adieu Je persiste à croire que les tablettes d'une révolution sont de Capefigue.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton, Samedi 13 Janv. 1849

Avant tout, ma joie pour vos yeux vous écrivez et vous lisez. Ménagez les bien et n'en parlons plus. Seconde joie. Vous approuvez. Je crois que vous avez raison. L'effet est grand à Paris. Un homme de mes amis, qui a beaucoup de sens et d’esprit d'affaires m'écrit le Mercredi soir, le jour même de la publication : " Votre libraire est dans une espèce de jubilation fébrile. On fait queue dans son magasin pour acheter votre brochure. Ce matin, à 10 heures, il en avait déjà vendu 5000 exemplaires. La première édition est complètement épuisée. Et le lendemain jeudi : " La 2° édition est épuisée. On tire la 3°. Le succès est immense. J’ai la conviction qu'aux prochaines élections, vous serez au nombre, des représentants de Paris. " Je souris et je doute. Mais il me paraît clair que l’effet que je désirais produire est produit. Nous verrons les conséquences. Je ne vous envoie pas les journaux, l'Univers, l’Evènement, le Siècle, & . Je vous apporterai mardi, ce qu’il y aura d’un peu remarquable. Je n'ai encore rien vu dans le National. Ce que vous m’envoyez contre Thiers est en effet bien vifs. La lutte sera rude, surtout après la victoire. De tout ceci le public sortira éclairé, et les partis ardents. Durer, là sera le problème. Pour le vainqueur, quelconque. Peel m'a écrit. Le Roi aussi. Tous deux très approbateurs, et assez réservés. Comme me souhaitant beaucoup de succès et ne se souciant guère de s’engager dans mon combat. Bien des gens, pas plus démocrates que moi s'étonnent de me voir attaquer si franchement la démocratie, le géant du jour, comme m'écrit Jarnac. Je me souviens d’un temps où l'on me trouvait démocrate. C’est une des grandes difficultés de notre temps que d'avoir à changer de position en changeant de dangers & d’ennemis. Je causerai à fond avec Montebello avant son départ. Je pense de lui autant de bien que vous. Je suis curieux du débat qui a commencé hier. Il me conviendrait que l'Assemblée constituante ne se séparât qu'à la fin de mars. Je doute qu'elle puisse vivre jusques là. Les Anglais ont bien de la peine à comprendre ces revirements d'opinion si soudains et si emportés. Je comprends qu'ils ne comprennent pas. Il faut être Français pour croire qu’on peut vivre en tournant si vite.
Je n'ai vu personne hier. J'aurai certaine ment d’ici à mardi des nouvelles de Génie. Il ne m'a pas écrit ces jours-ci. Il était trop occupé de mes affaires. Mardi sera charmant. Adieu. Adieu. Je ne puis vous dire le plaisir que me fait votre écriture. Je crois que je relis vos lettres plus souvent. Mes tendres amitiés à Marion. Adieu. G.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton. Dimanche 14 Janv. 1849

Je mettrai ceci à la poste à Londres en sortant de l’Athenaeum où j'irai à 4 heures. Vous l'aurez demain à 3’heures, je pense. Je ne veux pas que le Dimanche soit tout à fait stérile. J'ai pour le débat qui a dû finir hier plus de curiosité qu’il n’a d’importance. Il importe fort peu, en soi, que l'assemblée se dissolve le 4 ou le 30 mars. Or c'est entre ces deux temps qu’on hésite. Tout le monde est décidé ou résigné à la dissolution prochaine. Je ne me fais pas encore une idée claire de l'assemblée qui succédera. Je présume qu’elle sera encore très mêlée, et para conséquent, très orageuse. Orléanistes, légitimistes et républicains y seront forts. Et très acharnés en même temps que forts. La république rouge seule sera si je ne me trompe à peu près éliminée. Elle se remettra derrière la République tricolore, comme elle l’a fait de 1830 à 1848. Et la République tricolore acceptera de nouveau cette queue. On fera effort pour sortir du chaos. On n'en sortira pas d'un coup. Je vous assure qu’il y a bien à examiner s'il me convient de redescendre déjà dans la mêlée; car entrer dans l’Assemblée, c’est redescendre dans la mêlée. Peut-être vaudrait-il mieux, pour moi-même, et pour le moment décisif quand il viendra me tenir encore quelque temps à l'écart, sur la hauteur, disant mon avis aux combattants et sur les combattants. Nous en causerons. Je n'ai aucune lettre importante de Paris. Rien que des détails sur le succès de ma brochure. Je regarde la réconciliation et l’intimité active de Girardin et de Lamartine, comme un fait assez grave. Ce sont peut-être les deux hommes les plus mischievous parce que ce sont eux qui savent faire le plus de dupes parmi les honnêtes gens et les gens d'esprit badauds. J’ai une longue lettre de Brougham. En grands compliments sur ma brochure. Quelques observations, peu fondées, je crois. Evidemment décidé à être bien avec moi. Il compte quitter Cannes du 18 au 20. Il ne me dit pas s'il s’arrêtera à Paris en revenant. La tentative de conciliation du Roi Léopold entre l'Angleterre et l’Espagne a décidément échoué. Palmerston veut toujours un retour de Bulwer à Madrid. Narvaez ne veut pas. Et on ne veut pas à Madrid, renverser Narvaez. J’ai pourtant trouvé le Roi l’autre jour, peu en bienveillance et en confiance pour la Reine Christine. J’ai entrevu qu’elle insistait comme la Reine sa fille, pour que la Duchesse de Montpensier vint à Madrid, et qu'elle aussi ne serait peut-être pas fâchée que la Duchesse suivit les bons exemples. On est très susceptible à cet endroit. Vous n'avez pas d’idée du sentiment d'aversion et de dégoût que la corruption des cours de Madrid et de Naples a laissé dans le ménage qui y a assisté sans y prendre part. Adieu. Je ne vous écrirai pas demain. Mardi, à 2 heures J’espère qu’il fera aussi doux qu'aujourd’hui, et que je pourrai rester aussi frais qu’il vous conviendra. Adieu. Adieu G. Vous ne saurez qu’elles sont les quatre pages qui plaisent tant au Prince de Metternich. Si j'apprends quelque chose à l'Athenoeum je l’ajouterai à ma lettre.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Vendredi 19 Janvier 1849 Brompton
Midi

Voici deux lettres venues hier ; L'une de mon libraire, l'autre de mon hôtesse. Lisez-les, je vous prie attentivement. J’espère que vous pourrez les lire vous-même sans trop de fatigue pour vos yeux deux grosses écritures. Je n'en persiste pas moins dans ma résolution. Plus j'y pense, plus je suis sûr que c’est la seule bonne. Mais il faut tout écouter. Evidemment le travail sera très actif contre moi. Quelles misères ! Si le bon sens et le courage de mes amis ne sont pas en état de les surmonter, ma présence pourrait bien me faire élire ; mais après l'élection, je serais affaiblie de toute la peine que j'aurais prise moi-même pour mon succès. Je ne veux pas de cela ; il faut que j'arrive par une forte marée montante, ou que je me m'embarque pas. Je vais écrire dans ce sens à tout le monde. Renvoyez-moi tout de suite ces deux lettres. Je vous prie. Il doit être arrivé à Brighton encore des journaux pour moi. Le postman par excès de zèle, s'est obstiné à m'en envoyer là quelques uns, sans ordre. Cela cesse aujourd’hui.
Je suis frappé du silence de l'Assemblée et du peu de paroles des journaux sur l'expédition de Toulon. Je doute que l'affaire soit aussi avancée qu’on l'a dit d'abord. Cependant la nouvelle proclamation du Pape, que les Débats donnent ce matin est bien forte. C’est la guerre déclarée aux républicains romains, autant que le Pape peut faire la guerre. Il faut qu’il soit sûr d'être efficacement soutenu. Je n’ai encore vu personne ici. Je vous quitte pour écrire à Paris. J’ai trois ou quatre lettres à écrire. Et longues. Il ne me suffit pas de dire non. Il faut que je persuade ceux qui me demandent de dire oui. Si je ne les ramène pas à mon avis, ils n'auront pas de zèle, et il me faut leur joie. Adieu Adieu. Je n'ai pas encore, ma lettre de vous. J'espère bien qu’elle viendra dans la matinée. Adieu. G.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton Dimanche 21 Janv. 1849

Je ne me suis jamais accoutumé à cette date du 21 Janvier. J’étais si enfant que je n'en ai aucun souvenir personnel. Mais l'impression m'en reste profonde. Je suis bien près de l’avis de Madame de Metternich. On peut oublier le champ de bataille d’Eylau, non pas la place Louis XV. J’aime cent fois mieux courir le risque de la non élection que courir, ou avoir l’air de courir après l'élection. Je viens d’écrire dans ce sens au duc de Broglie. Il est à Paris très sombre. Dumon aussi. Ce que Barante vous écrit est vrai. J’ai une lettre de lui où il me dit la même chose, et toutes celles qu’on m’apporte les confirment. De sombres pronostics, et des intrigues pitoyables, il n’y a que cela. Ce que fera le pays en masse sera peut-être bon; et à de bons instincts. Ce que feront les individus isolés ceux dont nous savons les noms, sera mauvais ; ils sont plus aigris qu'éclairés. On croit que décidément l'assemblée n'assignera point de terme fixe pour son départ. Elle se contentera de réduire à trois ou quatre le nombre des lois organiques, et voudra faire celles-là ainsi que le budget ; ce qui pourra bien la conduire jusqu'au mois de juillet. Il y a autant de mécontentement que d’abattement, et vice versa. Le public trouve que les légitimistes se remuent beaucoup, et commence à s’en impatienter. On dit que le grand dîner de M. de Falloux a déplu. On dit cependant, en même temps, que depuis quelques jours, Thiers tourne à la fusion. Mais on ajoute que ce pourrait bien être uniquement un trick de quelques jours. Des Ministres actuels. Léon Faucher est le meilleur, le plus laborieux, et le plus sérieux. Il a donc raison d’être glorieux. Mais on dit aussi qu’il est désagréable, maussade, dur, impoli et détesté. Je vous répète les rapports de deux ou trois personnes que je viens de voir, entr'autres de Duchâtel qui est revenu hier au soir de Belvair, frappé de la splendeur, de l'ordre, de la froideur et de l’ennui. Il dit que s’il n’avait pas eu pour causer un peu, Lady Alice et M. Stafford O’Brien, il ne sait pas ce qu’il serait devenu. Le duc de Rutland était en effet malade. Tout s’est passé sans lui. Duchâtel l’a vu dans sa chambre la veille de son départ. Duchâtel a bien envie, aussi de prolonger son séjour à Londres jusqu'après les élections à moins qu'elles ne soient retardées jusqu'au mois de Juillet. Nous n'aurions, en ce cas, aucune raison de ne pas retourner, dans le cours de mars. Notre retour n'aurait aucun air électoral. Votre lettre pour Barante part aujourd'hui. J’ai effacé baron et mis l'adresse. Il est place Vendôme n°8. Je vous rapporterai la sienne samedi. Adieu. Adieu. J’aime bien les longues lettres mais ne fatiguez pas vos yeux. Adieu G.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton Lundi 22 Janv. 1849

Voici une preuve qui vous amusera de l'effet de ma brochure en France. Je ne l'ai point fait envoyer à M. Molé et elle ne lui a point été envoyée de ma part. J’ai la liste des personnes à qui j'ai ordonné de l'adresser et à qui elle a été effectivement adressée. M. Molé n’y est pas du tout. Mais il lui a convenu de supposer ce point de départ, et j'ai reçu de lui ce matin la lettre dont je vous envoie copie. Je ne veux pas faire courir à l'original les hasards de la poste. Je vous l'apporterai Samedi. Rappelez-vous la conversation de lui que je vous ai lue il y a quelques jours et riez toute seule. Je lui répondrai très simplement, et poliment, sans un mot qui démente ni qui accepte son point de départ, et en me félicitant que nous soyons d’un seul et même parti. J'enverrai au Duc de Broglie copie de la lettre de Molé et de la mienne. Je veux qu’il y ait à Paris, un de mes amis qui soit au courant. Et je compterai là un ami de plus, que je tâcherai de garder et dont je me garderai toujours.
La lettre de Bulwer est très jolie. Vraiment jolie pour le tour, en même temps que spirituelle au fond. Je vais l'envoyer à Lord Aberdeen Lui avez-vous écrit et viendra-t-il à Brighton dimanche ? Cela me divertira de lui montrer la lettre de M. Molé. Je me promets un vrai plaisir samedi de la lecture du Prince de Metternich, et j'espère que la lecture ne supprimera pas tout à fait la conversation. Je veux les deux. Je viens de voir un homme parti hier matin de Paris. Un vrai bourgeois de Paris, intelligent, bavard sensé, léger, moqueur, et prenant son plaisir à flâner à travers les événements comme sur les boulevards. Il regrette Cavaignac qui, dit-il, aurait, de gré ou de force, enterré plutôt la République. Il ne croit pas que l'Assemblée se dissolve sitôt. Il rit de Louis Bonaparte, et ne se soucie pas beaucoup qu’on le renverse." Il ne peut pas nous faire grand bien, dit-il ; mais tant qu’il est là, personne ne nous fera grand mal." Par goût, il est régentiste et n'y croit guères. Par raison, il voudrait être légitimiste, et n'en peut pas venir à bout. Il m'a assez amusé, comme type de Paris. Charmant Paris, dit Bulwer. Voici l’article du Siècle. Gardez-le moi, je vous prie. Je ne veux pas le perdre. C’est un article intelligent. J’ai écrit hier au Duc de Broglie. Et ce matin à mon hôtesse. D'après ce que m'a dit hier Duchâtel, le Duc de Broglie est déjà de mon avis sur le moment de mon retour. Quant au jugement de mon hôtesse je ne la connais pas assez pour le bien évaluer ; mais je le crois bon jusqu’à 5 pieds de haut, et de peu de valeur au-dessus. C’est le cas de bien des gens. On voit selon sa taille. Adieu. Adieu. Nous venons d'avoir un violent orage, et voilà un beau soleil. Je vais me promener un peu. Adieu. G.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton Mardi 13 février 1849
8 heures

Tout ce qui m’arrive directement ou indirectement, me confirme la longue lettre que je vous ai montrée il y a trois jours, et ce que nous nous sommes dit, tant sur la situation générale que sur ce qui m’est personnel. Evidemment le Président gagne, non seulement parce qu’il se conduit bien, mais parce que les partis qui veulent autre chose que lui s’aperçoivent qu'ils ne peuvent. rien, quant à présent du moins et se résignent à lui plutôt que de se rapprocher entre eux pour se passer de lui. Les légitimistes surtout lui témoignent faveur. Il lui savent gré d’avoir soutenu, non seulement son Cabinet, mais spécialement M. de Falloux dans son cabinet. Il l’a soutenu, non seulement contre les attaques du dehors, mais contre les dissentions et les attaques intérieures du cabinet même. Passy voulait qu'on renvoyât MM. de Falloux, et Léon Faucher, et qu’on prit à leur place Dufaure et Gustave de Beaumont. Je le reconnais bien là ; jeter tout de suite par dessus le bord ceux contre qui on crie, pour les remplacer par les voix les moins aigres parmi ceux qui crient. Le Président n'a voulu entendre, ni à la chute, ni au démembrement de son cabinet. Les partis ajournent entre ses mains, leurs espérances et leurs querelles. Aspire-t-il à l'Empire ? A-t-il aussi ses prétentions d'avenir qu’il ajourne aussi, ne pouvant mieux faire ? C’est la question obscure, même pour ceux qui l'approchent. Il est honnête et sournois. Il ne trahit ni ses ministres, ni ses projets. Les plus habiles croient qu’il a une ambition sans bruit, comme son entêtement. On parle plus d'Empire loin de lui, qu'autour de lui. De tous les meneurs Thiers est évidemment celui qui pense le plus mal du Président. Le plus mal, c’est-à-dire le plus légèrement, qui en tient le moins de compte, et croit le moins à son avenir de président ou d'Empereur. Thiers et les Régentistes font de plus en plus bande à part, mécontents de tout le monde et mécontentant tout le monde. Plus de couverts. et plus pressés que les autres ; par étourderie naturelle, par humeur de leur désappointement en Février dernier, et envie de le réparer parce qu'à tort ou à raison, ils se croient les plus forts. Mais comme ils ont tous les autres contre ceux, Légitimistes, Impérialistes, Républicains, ils agissent au fond, tout aussi peu, et montrent plus leurs desseins qu'ils ne les avancent. L’ajournement de toutes les espérances, de toutes les prétentions, plus ou moins cachées, mais toutes impuissantes, c’est là le fait caractéristique de la situation. Soyez sure que, pour tout le monde, il n’y a qu'ajournement, personne ne renonce à ce qu'il veut et n'accepte ce qui est comme une solution. Pour ce qui me touche, curieuse comédie, très mêlée et obscure en apparence, très claire au fond et en tout cas très active. De M. Thiers à ceux de mes amis qui le voient, mêmes protestations qu’il désire mon élection, qu'il l’appuiera, qu’il veut s’entendre avec moi sur toutes choses. De la part de ses amis et de ses alliés, travail très acharné, direct et détourné, contre mon élection. Voici les deux moyens les plus neufs. On dit aux conservateurs, un peu tièdes, ou un peu badauds " Pourquoi faire arriver M. Guizot, dès le début de l’assemblée prochaine ? M. Thiers va si bien ! Il s’engage si vivement dans la cause de l'ordre, avec les amis de l’ordre ! S’il se trouve tout de suite en face de M. Guizot, l'ancienne rivalité pour recommencer ; M. Thiers peut reculer vers les idées et les hommes de la révolution. M. Guizot viendra un peu plus tard. " On ne se contente pas de Paris ; on veut agir par Claremont ; on emploie le Roi pour m’engager à l’attente, à l'ajournement, à l'abdication. C'est de bien loin, bien timidement , mais la tentative a paru dans quelques paroles du Roi à Duchâtel qui y est allé, il y a trois jours. Le général Dumas qui arrive de Paris a apporté cette consigne. Il est venu me voir. Je n’y étais pas. Il reviendra. Mon langage est très simple et très net. Je ne demande rien à personne. Je reste ici, et j’y attends les élections. Mais si mon pays m’appelle, il me trouvera prêt. Je le dis d'avance, et je ne me laisserai éconduire par personne. Toutes les jalousies sont ridicules aujourd’hui. Toutes les coteries seront impuissantes. Je n'en formerai aucune pour moi ; mais je n'en accepterai aucune contre moi. J’ai écrit hier en ce sens au duc de Broglie une lettre que je vous montrerai. Et une aussi à Piscatory, plus propre à éventer les pièges et à les déjouer. Duchâtel a les mêmes renseignements. On l'englobe, nécessairement, dans le même travail ennemi. Il prend le même parti que moi. Il reste ici jusqu'après les élections, malgré l'ennui de chercher une nouvelle maison. Il n'a la sienne que jusqu'au 1er mars. Voici une petite lettre de Barante. Il m'a envoyé sa brochure avec un exemplaire pour vous que je vous apporterai jeudi. A quelle heure arriverez-vous ? Je ne puis dire combien ces deux dîners me déplaisent. J’aimerais presque mieux que nous ne vinssiez que samedi. Dialogue entre Thiers et sa femme. Elle parlait mal du Président, de sa cour, des personnes qui y vont, de l'air et des prétentions de la maison. Ma chère amie, pas de ces propos ; tout cela ne vaut rien ; il faut être plus respectueux. - Ah, par exemple si vous croyez que je me gênerai pour le président, vous n'y pensez pas. Vous ne vous gênez pas pour mieux que lui. Souvenez-vous que vous alliez chez le duc de Nemours, en cravate noire et en bottes. Je ne m'en souviens que trop. J’avais tort, grand tort. Ah, si ce bon temps là pouvait revenir, je n'irais plus jamais aux Tuileries, qu’en cravate blanche, peut-être même, en culotte courte. Pour ceci pourtant, je ne m’engage pas. " Le Maréchal Sébastiani est à peu près en enfance. Très courtisan du Président, chez qui il va à tort et à travers. Même au bal. On en est choqué. D’Haubersaert lui disait l'autre jour, la veille du bal : " M. le Maréchal ne pourriez- vous pas avoir demain, pour ne pas aller au bal, le rhume que vous auriez du prendre sur la place Louis XV, le jour où vous avez assisté à la lecture de la Constitution ? " Voilà un volume. Ce serait bien plus long si vous étiez là. Une heure Je crains que ce ne soit ce froid, qui ravive votre rhume. Vous avez la manie de vous promener par le froid. Adieu, Adieu. Je regrette votre séance avec M. de Metternich. Je disais un jour à M. de Talleyrand : " Le premier plaisir de ce monde, c’est la conversation. " Il me dit : " Non, c'est l’action. Nous ne disions vrai ni l'un ni l'autre. Il y a un autre plaisir qui vaut mieux que ces deux là. Adieu. Adieu. Adieu. G.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Brompton Lundi 25 juin 1849
2 heures

Votre lettre m’est arrivée ce matin. J’aime mieux la journée d’hier que votre lettre. J’ai tort de dire la journée ; quatre heures ne sont pas une journée. Quatre bien douce heures ! Nous aurons plus de quatre heures demain. Je vois dans mon Bradshau que le train passe à Putney à 10 heures 37 minutes et arrive à Richmond à 10 h. 47. Il faut donc que je parte de chez moi à 10 heures précises, et que l’omnmibus, ne me manque pas. S'il me manquait, j’aurais la ressource d’un train qui part de Waterloo bridge à midi 25 m. et arrive à Richmond à midi 43 m. Mais il faudrait aller prendre ce train à Waterloo bridge, car il ne s’arrête pas à Putney. Je vous dis cela pour que vous ne vous inquiétiez pas si je n'arrive pas à 10 h. 47 m. La cause en serait le défaut d'omnibus. Mais j'espère que cela n’arrivera pas.
J’ai reçu ce matin plusieurs lettres de Paris, toutes à peu près semblables et telles que vous les présumez ; une seule importante, du duc de Broglie. Illisible pourquoi je ne vous l'envoie pas. Il me dit : " Je pense que vous ferez bien maintenant de venir vous rétablir au Val Richer, selon toute apparence, nous allons avoir quelques mois de tranquillité comparative. La victoire a été complète et plus facile qu’on ne s’y attendait, l’armée meilleure, et le vent retourné du bon côté. Nous ferons nos efforts pour en profiter. Il y aura suppression à peu près complète des clubs ; réduction de la presse, du moins extérieurement ; une loi sur l'état de siège qui en fera le ressort habituel du gouvernement et le contrepieds de la Chambre unique ; effort enfin pour rétablir les finances et pour voir, sur ce point à l'avenir. Il ne faut pas néanmoins se faire illusion : tous ces essais étant en contradiction avec le principe du suffrage universel, il faudra vu que ce principe périsse, ou qu’il triomphe de nos efforts. La presse à un sou les banquets à 25 centimes, l'impôt progressif sur les riches sont les conséquences forcées du suffrage universel ; s’il subsiste, il emportera tout ; nos vaines lois s’en iront en force ; c'est, comme disait le pauvre Rossi tapisser l'antre du lion avec des toiles d’araignées. Toutefois, vous pouvez venir sans inconvénient ; et une fois établi, vous pourrez rester tant que nous-mêmes nous pourrons rester. Quant à l'avenir j'en ai la même opinion qu’auparavant ; il n’y a ici ni gouvernement réel, ni gouvernement possible. Une société ne peut pas subsister sans gouvernement. Mes enfants sont à Dieppe. Je suis seul ici avec Mad. de Staël et Paul. Le choléra finit à Paris. Il sévit encore dans les environs. " Les autres lettres ne font que chanter les louanges du Gal Changarnier. Duchâtel que je viens de voir, en a de toutes pareilles. Changarnier a des mots courts et énergiques qui font obéir gaiment les troupes et amusent ensuite les corps de garde. Le 12, il a fait venir un capitaine du 24 de ligne : " Je sais que quand l’insurrection éclatera, des artilleurs de la garde nationale y prendront part ; ils doivent se réunir vers le Passage de l’opéra. Soyez avec votre bataillon, rue Le Pelletier. Vous leur ferez les sommations, s'ils résistent, attaquez sur le champ. S'il y en a dix très, vous serez chef de bataillon dans six mois ; s’il y en a vingt. Vous six jours. " Pour la première fois, le 10 juin, un régiment de ligne a cerné un bataillon de garde nationale désarmé les hommes et pris le lieutenant colonel. On l'a amené au général en lui demandant ce qu’il en fallait faire. " Mettez-le à la cave ; voici pour votre décharge. " Et il a écrit sur un chiffon de papier : " Reçu un lieutenant colonel de la garde nationale. Signé, Changarnier.
Je viens de déjeuner chez M. Hallam, avec un Américain qui vient de passer six mois en Hongrie, et qui dit que ces gens-là se battront longtemps, et que Kossuth est un grand. homme & & Adieu. Adieu. Je ne trouve rien, dans mes journaux. La dissension entre la majorité de l'Assemblée et le Cabinet éclatera évidemment bientôt. On dit que Thiers est le maître de la rue de Poitiers et que Molé en est la maitresse. Adieu. Adieu, Adieu. G.
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