Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle


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Auteurs : Léopold I (1790-1865 ; roi des Belges)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Léopold I (1790-1865 ; roi des Belges)

Auteurs : Léopold I (1790-1865 ; roi des Belges)

Auteurs : Kervyn de Lettenhove, Joseph (1817-1891)

Auteurs : Peel, Alice (1799-1879)

Auteurs : Croker, John-Wilson (1780-1857)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Lenormant, Amélie (1803-1893)

Auteurs : Cunin-Gridaine, Laurent (1778-1859)

Auteurs : Cunin-Gridaine, Laurent (1778-1859)

Auteurs : Cunin-Gridaine, Laurent (1778-1859)

Auteurs : Cunin-Gridaine, Laurent (1778-1859)

Auteurs : Cunin-Gridaine, Laurent (1778-1859)

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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134 Bruxelles le 18 septembre 1854

Pas de lettre hier. J’attendrai aujourd’hui. Je n'ai rien d’autres part non plus, & personne ici ne sait un mot de nouvelles. Le monde entier regarde Sébastopol et attend ce qui sortira de là. Je crois que nous ne sommes pas assez forts en Crimée.
Vous avez une grande supériorité de nombre. Ce sont donc les accidents sur lesquels nous avons à compter en notre faveur. Ce qui me frappe c’est la crainte qui excite en France & en Angleterre sur l’issue de cette expédition. Les plus sensés la trouvent extravagante. J’ai peur qu’elle ne le soit pas. Nous ne pourrons savoir des nouvelles que dans quelques jours d'ici. Quel moment curieux. Le roi Léopold part ce matin pour aller visiter sa villa sur le lac de Come. C’est agréable de pouvoir se donner ce loisir au temps qui court. Il reviendra à la mi octobre pour les chambres. Ses ministres ont retiré leur démission. Hélène et Paul me quittent à la fin de la semaine ; quelle perte !
Dans ce moment une lettre de Constantin. Je n’y trouve pas de gasconade sur Sébastopol. Bien mauvais signe pour nous. Evidemment nous n'y sommes pas forts. Le dernier mot est : « Si Sébastopol est, détruit, l’Empereur ne peut plus faire la paix de sitôt. » Toute sa lettre est triste. Voici la vôtre aussi qui n’est pas plus gaie mais plus agréable dans tous les sens. que vous voudrez donner à ce mot. Pauvre Constantin ! Je vous ai dit que je suis à Bellevue, mais ni chez Kisseleff ni chez moi. A propos il est ici, il est tout de suite venu, empressé et embarrassé. Je le mets à son aise, c’est fini, il sentira son tort longtemps cela me suffit.
Barrot est très empressé aussi, les autres diplomates sont absents. Bruxelles est un désert. Molé a été si malade. qu'il lui a fallu se transporter à Paris pour rester sous la main d'Andral. Aucun de ses enfants ni de ses amis, tout seul. Une lettre triste et bonne. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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133 Bruxelles le 16 septembre 1854

Hélène me quitte dans quelques jours pour s’en retourner en Russie. Mon fils l’accompagne. Van Praet va faire un voyage en Suisse et en Italie. Brokhausen est absent en congé. Creptovitch va partir pour un mois pour la chasse. Voyez l'isolement où je reste ? Jamais je n’ai été si découragée et si triste. Vraiment il ne vaut pas la peine de vivre dans ces conditions.
Mon logement provisoire est un tombeau, et il n'y a pas un coin dans aucune auberge. Je cherche une maison. On ne les loue que pour l’année. Je n'en veux pas, mon imagination répugne à un pareil engagement. Plaignez-moi beaucoup. Je suis bien à plaindre. Je ne connais ici personne. Cerini pour toute ressource. Et La mauvaise saison qui s'avance.
Le roi Léopold est revenu bien content de son entrevue avec votre Empereur. Elle a été utile pour tout le monde. Il a reçu une impression très favorable. de la manière tranquille et digne de l’Empereur. Il lui a trouvé beaucoup d’esprit, aucune passion dans l’affaire du moment, le désir de la paix. Beaucoup de franchise et de simplicité dans son langage. Enfin il a été parfaitement satisfait de cette entrevue et frappé de la personne.

2 heures.
Quelle fête 4 lettres à la fois ! Je m’inquiétais, je ne savais comment expliquer le silence. La poste était prévenue les journaux venaient. Mais point de lettre. J'envoie Galloni, et les voilà jusqu'au 159 inclus. Merci, merci, et Merci. A présent nous rentrons dans l'ordre. Adressez vos lettres à Bellevue. C'est là que je suis provisoirement. Le temps est encore beau que je regrette l’air vif des montagnes. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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158 Val Richer, Mercredi 13 Sept 1854

Voilà la première fois depuis un mois, que je me lève, sans le soleil. Je voudrais qu’il vous accompagnât à Ostende et à Bruxelles. Je jouis du beau temps autant pour vous que pour moi. La séparation n'ôte rien aux petites préoccupations de l'affection. Il me paraît qu’on a beaucoup d'humeur à Paris des dernières résolutions de l’Autriche. On comptait sur une alliance active, et on l’avait beaucoup dit. Tellement que presque tout le corps diplomatique y croyait. Confiance un peu puérile. L’Autriche a fait et fera tout ce qu’elle pourra pour vous diminuer, sauf de vous combattre. Elle appuiera les tendances de la politique des Alliés sans s'associer aux actes de leur guerre. Ce qu’elle ferait si elle était poussée dans ses derniers retranchements, si on lui faisait craindre sérieusement le soulèvement de l'Italie, je ne le sais pas ; mais elle n’en est pas là. Tant que la Révolution ne sera pas sur ses épaules, elle gardera son attitude de médiateur expectant. Elle en profitera pour gagner du terrain sur vous pendant la guerre, et vous en profiterez un jour, et l'Europe entière en profitera pour le rétablissement de la paix.
Je ne crois pas plus à une désunion sérieuse entre l’Autriche et la Prusse qu'à la guerre de l’Autriche contre vous. Le bruit a couru un moment à Paris que par suite des dernières résolutions de son Empereur, le comte de Bual se retirait. Le bruit a été démenti.
Tout le monde attend très impatiemment des nouvelles de l'expédition de Crimée. Le retour du Général Espinasse et ce qu’on dit de ce qu’il dit me déplaît. Je crains que l'imprévoyance, et la présomption ne soient pas d’un seul côté. C’est un sentiment très pénible que de n'avoir pas confiance dans la capacité du gouvernement de son pays.
Je crois que la visite du Roi Léopold n'aura pas été inutile à l'Empereur Napoléon. Il lui aura dit beaucoup de choses que celui-ci ne savait pas, et qui doivent le conduire à penser qu'autant au moins que personne, il a besoin de la paix.
Les nouvelles d’Espagne sont bonnes et mauvaises. Bonne en ce sens qu'à Madrid la réaction d’ordre a repris le dessus, et que, grâce au général O'donnel et à ses troupes, le gouvernement est le maître. Mauvaises dans la plupart des Provinces où l’anarchie est complète. C'est l'état normal de l’Espagne, et il peut durer longtemps, car il dure depuis longtemps.
La Reine Christine n’est point folle. Elle a au contraire, presque seule dans sa maison, conservé la sérénité de sa tête, et dans sa route, elle a parlé politique à ceux qu’elle rencontrait officiers ou Alcades, leur donnant à tous de bons conseils.
Midi
Adieu, adieu. Vous arrivez aujourd’hui à Bruxelles.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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155 Val Richer, Vendredi 8 sept 1854

Nous sommes en suspens, attendant des nouvelles de l'expédition de Crimée. Il est arrivé hier, dans ma maison, une lettre d’un petit soldat du 21e de ligne de Varna, du 20 août. Ils s'attendent tous les matins à être embarqués, mais on ne leur dit pas du tout où ils vont. La lettre est gaie et entrain ; point de découragement ni de peur du choléra. Il en parle en passant, et comme du passé.
Tout ce qui vient des Principautés, indique que les Turcs vont tâcher de passer le Pruth et de vous poursuivre en Bessarabie. Il y aura certainement là aussi quelque mouvent Anglo-Français. On continuera de vous obliger à disséminer vos moyens de défense. La proclamation de l'Empereur au camp de Boulogne donne à croire qu’une partie de ces troupes-là ne tarderont pas à entrer aussi en campagne et comme il sera trop tard pour la Baltique, elles iront sans doute renforcer l’armée d'Orient qui prendra, où elle est ses quartiers d’hiver, si rien n'est fini cet hiver, comme j'en ai bien peur.
Je ne trouve pas heureux le mot de l'Empereur Napoléon au Roi des Belges : " Je suis quelque peu en cérémonie avec vous ", ni la réponse du Roi : " Je suis heureux d'avoir l'occasion de faire avec vous bonne connaissance de part et d'autre, le sentiment qui perce dans les paroles est très naturel ; mais l'expression en aurait pu être mieux tournée. Du reste le rigorisme des ministres Belges me semble excessif ; on ne viole pas la neutralité en faisant une visite à un voisin qui vient sur votre frontière. Je suppose que M. de Brouckère a déjà repris sa démission. Jusqu'ici ma première impression sur les événements d’Espagne se vérifient assez ils s’apaisent plus qu’ils ne s'enveniment. L’armée a fait la révolution, mais elle n’est pas du tout révolutionnaire. Nous n'avons pas assez peur des révolutions avant, et trop peur pendant.
Il serait bizarre que la Reine Christine devint folle en se sauvant. Je ne l'aurais jamais crue destinée à cet accident-là. Elle a l’esprit ferme et froid. Elle aura eu grand peur pour son mari, pour ses enfants, et pour son argent. Greville a raison ; s’il arrivait quelque chose entre l'Angleterre et les Etats-Unis, ce serait grave. Mais je n'y crois pas. Je ne vois pas d’où viendrait la querelle. Des incidents comme celui de Grey Town n’y suffisant pas malgré l'orgueil Anglais et la brutalité américaine, ils s’arrangeront toujours. Au-dessus des passions et des vices, des deux pays, le bon sens surnage. Reste Cuba. Les Anglais ne feront pas la guerre pour Cuba, malgré leur déplaisir.
Midi.
Si vous partez le 12, je ne vous écrirai plus qu'une fois à Schlangenbad. Les correspondances des journaux sur le choléra en Orient sont encore plus tristes que votre lettre. Lisez dans les Débats d'aujourd’hui vendredi, à l'article littéraire Variété, une petite pièce de vers qui commence ainsi : Ainsi passez, passez Monarques débonnaires, doux pasteurs de l'humanité ! C'est vrai. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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111 Schlangenbad le 8 août 1854

Je vous adressais des éloges l’autre jour, aujourd’hui ce seront des plaintes. Quand je reste deux jours sans lettre, je me sens bien triste. J’ai des nouvelles un peu de partout. Le roi Léopold ira faire sa visite à votre Empereur probablement vers le 2 septembre à Boulogne. Le Prince Albert y viendra après. Je suis charmée de la première visite. L’esprit réfléchi et sage du roi plaira à l'Emp. Napoléon. On me dit qu'on a de lui (l'Emp.) une peur mortelle en Angleterre, on le comble. de flatteries, on le trouve bien puissant.
Le prince Woronzow est attendu ici, s’il ne vient pas trop tard. Je l’attendrai. Un ami intime de l’année 1801 ! Grand ami de mon frère.
Les Anglais saccagent les églises de la mer blanche. Ils s’attaquent à des moines et des pèlerins. On est exaspéré contre eux chez nous. L’entrée en campagne des Autrichiens traine un peu. Cependant il n’est douteux qu’ils n’acceptent la Valachie et que cela entraine les hostilités. La Prusse tâche toujours de se tirer en dehors. Combien longtemps le pourra-t-elle ? Le prince Charles ne dit pas. Tout le reste de l’Allemagne est avec elle. J’ai beaucoup causé avec ce Prince, le voilà reparti. Ce matin encore il m’a fait une longue visite. Il est au courant de tout, et très intime avec sa sœur, l’Impératrice. Il m’exhorte à lui prêcher la paix ; ah mon Dieu il y a longtemps que je prêche dans le désert. Mais ce n’est plus chez nous qu’il est besoin de le faire.
C’est l’Angleterre, la France, et si vous vouliez bien, l’Angleterre voudrait aussi. Je reconnais que votre Empereur avait raison de me dire qu’il avait mené. Il a mené, il mène et il pourrait mener longtemps. Il devrait bien mener à un congrès. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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112 Val Richer, Dimanche 7 oct. 1855

Nous nous sommes servis des mêmes termes à propos de l'article du Times. Je ne me résigne pas au défaut de courage politique des Anglais en ce moment. D'autant moins qu’ils ont fait tout à l'heure l'expérience de l'efficacité du courage. Le Times avait été tout aussi violent contre le Prince Albert qu’il l’est aujourd’hui contre le mariage Prussien, il a suffi de quelques paroles franches dans les Chambres pour faire tomber tout ce bruit. Il est vrai que la tribune seule peut battre la presse, et la tribune est muette à présent.
Je m'étonne que le Prince Gortschakoff dans sa dépêche du 3, ne dise rien du combat de cavalerie du 29 sept. Les résultats matériels prouvent qu’il n’a pas été sans importance. Peut-être ces mots de sa dépêche : " Hier, l'ennemi a fait un mouvement contre notre flanc gauche, se rapportent-ils à cela. Je ne sais ce que je dis ; votre 3 oct répond à notre 21 sept ; le Prince Gortschakoff ne pouvait parler le 21 de ce qui s'est passé le 29. Quand adopterez-vous le calendrier Européen ? Nous ne sommes pas en voie d’union quelconque. Voilà toute la division Chasseloup Laubat qui part du camp de St. Omer pour la Crimée. Je fais grande attention aux mouvements de troupes ; il part, en ce moment, des renforts, très considérables.
Le Morning Post est aussi violent contre vous que le Times contre le mariage Prussien.
Je suis fâché de ce qu’on vous a dit sur le ménage Brabant. Je souhaite du bien à ces Princes là. Je ne m'étonne pas que le Roi Léopold n'ait pas bien élevé ses enfants. Il faut, avec les enfants, de la sympathie, un mouvement communicatifs, comme il faut de l’air et du soleil aux jeunes plantes. Les grandes personnes ne supportent guère l'ennui ; les enfants bien moins encore ; il les glace et les hébète. La Reine Christine, m'expliquait un jour la médiocrité de la plupart des Princes Espagnols par les vices, de leur éducation. Point d'études et point d'amusements ne rien apprendre et ne se point divertir ; la discipline immobile dans l'oisiveté. L'étude du moins n’a pas manqué au Duc de Brabant ; mais ce n'est que la moitié de ce qu’il faut.

Onze heures
Moi aussi j’ai été fâché que le Journal des Débats ait reproduit l'article du Times au moins fallait-il le blâmer sévèrement. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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107 Val Richer, Mardi 2 oct. 1855

Il se peut que le Times ait raison sur le général Simpson ; je suis même porté à croire qu’il a raison ; mais je ne m'accoutume pas à ces destitutions des généraux par les journalistes. A tout prendre le régime de la grande et libre publicité dans un pays qui peut le supporter sans en être bouleversé, fait beaucoup plus de bien que de mal ; mais il est bien sot et désagréable.
J’ai des lettres d'Angleterre qui parlent de grands préparatifs qu’on fait là aussi pour une campagne d'automne, et d'hiver dans la Mer Noine. Quand on vous aura enlevé la Crimée, en vous attaquera en Asie Les Turcs ne font et ne peuvent faire eux mêmes leurs affaires nulle part.
Je ne m'étonne pas que Lord Stratford reste. Je n’ai jamais cru à son rappel. Le cabinet anglais ne poussera pas jusque là la complaisance, et elle lui couterait trop cher. Lord Stratford, dans la Chambre des Pairs, serait tant que durera la guerre d'Orient, un voisin trop incommode ; il en sait plus, sur ces affaires là, que tous les ministres, et ne leur laisserait pas un instant de repos.
Je suis comme les diplomates ; je ne crois pas à la bonté de Waleski ; mais je ne comprends pas son voyage à Bruxelles ; ni pourquoi le Duc et la Duchesse de Brabant ne viennent pas. Si l'alliance Anglo-Française n'était pas si intime, le Roi Léopold pourrait s’inquièter ; mais il n’a rien à craindre ; sa neutralité est bien gardée.
Onze heures
Voilà le facteur, et point de lettre. J'espère bien que ce n'est qu’un retard et que j'en aurai deux demain. Mais je n’aime pas les retard. Adieu, Adieu. G.
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