Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle

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Auteurs : Bibikov, Elena Pavlovna, princesse Kotschoubey (1812-1888)

Auteurs : Bibikov, Elena Pavlovna, princesse Kotschoubey (1812-1888)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
AN 163 Mi 20 (191).jpg
50 Val Richer, Mardi 8 Juillet 1856

Merci de votre longue lettre. Je la tiens bonne pour deux. A présent j’ai besoin de vous savoir reposée. Il est impossible qu’on ne trouve pas une chambre pour votre fils. Schlangenbad est donc bien à la mode.
Votre lettre me donne un peu de vanité, pour vous et pour moi. Nous avons bien de l'esprit et du bon sens. Nous avions deviné toutes choses comme elles sont. Ni brillantes, ni inquiétantes. Vous vous tiendrez tranquilles. Et comme ici aussi, on a, je crois, envie de se tenir tranquille, l'Europe sera tranquille. Je ne crois à rien de grave en Italie. Le mouvement ne recommencera que lorsqu’on se sera de nouveau ennuyé du repos. Après tout, c’est l’ennui qui est la principale cause du mouvement. C'est à l'ennui que les hommes se résignent le moins.
Je ne croyais pas votre impératrice, si résignée à la mort de son mari. Probablement, tout en la gâtant, il était despote avec elle. Quand on est despote à ce point, on l’est partout ; on l'est sans le vouloir, sans le savoir. Et le despotisme at home est intolérable. En dépit de l'affection, on se sent délivré quand il s'en va. On dit Ouf. Et puis, comme le dit l'Ecriture Sainte, " Un amour plus fort que la mort, c’est si rare !
Je m'inquiète comme vous pour cette pauvre Marion. On dit que le père a laissé toute sa fortune à la mère. Voilà à ce qu’il paraît, un despotisme intolérable, et par dessus le marché, ennuyeux. Je plaindrai beaucoup Marion, si elle est obligée, pour vivre, de vivre constamment avec sa mère. Vous avez raison elle est très cachée. Caractère très Anglais, ce qui aggrave beaucoup les fardeaux de la vie.
J’ai eu hier Albert de Broglie. Il va aux Pyrénées et son père en Suisse pour deux mois. En grand blâme tous deux de la lettre du comte de Paris qui ne réussit pas même auprès de ses amis, presque même auprès de ceux pour qui elle est écrite. Paul de Ségur s'en défend, comme d’une sottise. Le Prince de Joinville a écrit à son neveu une lettre tristement amicale, s'affligeant sans discuter. J’ai des nouvelles, de Claremont. Le Roi Léopold y a déjeuné avant hier avec son fils et sa fille, sa suite, la Légation belge à Londres, toute la famille royale réunie, 40 couverts, grandes toilettes, grand apparat. Compensation pour l'acceptation de la rente de 200 000 francs. On m'écrit qu’il a été fort question à Londres, pendant quelques jours du mariage du Prince Oscar de Suède, avec la Princesse Mary de Cambridge ; mais ce bruit est tombé.
Voilà la vieille duchesse de Montebello morte. Savez-vous ce qu'était sa fortune et ce qu’en aura son fils ? Je la croyais assez considérable ; mais j’ai entendu dire dans ces derniers temps, qu’elle avait beaucoup perdu, je ne sais comment, dans des spéculations à la Bourse. Quel fleau. Les vieux comme les jeunes !

Onze heures
Pas de lettre. J'espère que vous n'avez pas été plus souffrante. Adieu, adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
AN 163 Mi 20 (75).jpg
17. Paris le 27 mai 1856

Je vous ai dit hier je crois qu’Orloff a été le seul étranger prié au grand dîner de Cowley. Pas un seul membre du [Corps diplomatique]. Walevski a porté la santé de la Reine. Cowley celle de l’Empereur. Après celle de l'Emp. Alexandre, puis Le prince Impérial et puis l’Impératrice. N'est-ce pas un drôle d’arrangement ? On veut voir là une grande avance à la Russie qu’avait elle à faire dans ce diner. Le fait est qu'on nous courtise beaucoup à Londres. Bien brusque changement. Les Anglais ici connaissent pas les nuances.
Je n’avais pas la lettre de Constantin sous les yeux lorsque je vous ai écrit hier. Je copie aujourd’hui ce qui me regarde :
" je sais que la Princesse veut me voir, j'en ai aussi le désir le plus vif, mais je ne puis encore rien lui dire de positif sur le lieu qu’on me choisira pour séjour d’été. Ce ne sera pourtant toujours qu’Ems ou Weldbad.
Dés que cette question sera décidée je lui en ferai écrire. Je vois que votre tante a eu du chagrin les derniers temps, je le partage complètement & je désapprouve tout à fait les procédés d'Orloff envers elle ; aussi dès que je reverrai le comte je ne manquerai pas de m’en plaindre à lui pour moi, votre tante est toujours la même & vous savez que je l’aime beaucoup. Ecrivez-lui tout cela de ma part."
Voilà qui est satisfactory. J'ai encore eu une lettre de Constantin de Bromberg hier soir. L’Imp. avait eu un évanouissement en quittant Königsberg. On s’arrêtait tout un jour à Bromberg. La grande duchesse Olga arrivait de Varsovie. On a reçu deux lettres de [?] en route. Constantin a été chargé d'en faire lecture assis entre l’Imp. & le Roi en wagon. Voilà pour mon compte. j’entends bourdonner ici. "
Si la France, l'Angleterre & la Russie s’entendent les affaires de l'Europe seront bien vite réglées."
Mais que devient l’Autriche dans ce cas ? Beaucoup de gens prédisent qu’elle portera la peine de ses péchés, c’est une Russe qui parle. Cependant vous savez bien tout ce que les Anglais pensent d’elle aussi.
Montebello vient de m’amener sa fille qu'il conduit à la Mairie dans une heure. Il a l’air très ému, la petite aussi.
Adieu. Adieu.
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