Guizot-Lieven

Correspondance croisée entre François Guizot et Dorothée de Benckendorff, princesse de Lieven : 1836-1857


1838 : Réflexion politique et élaboration historique


Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857) ; Guizot, François (1787-1874)

Présentation de la collection
Guizot est au Val-Richer du 28 juin au 30 juillet. Il assure ses missions et incarne son mandat parlementaire. Il produit  à Dorothée un journal des visites qu'il reçoit, de ses discours et ses rencontres au cours de missions et évènements en Normandie. Dorothée souligne le changement de thèmes de leur conversation dans une lettre du 4 juillet. Dorothée de Lieven écrit à François Guizot :
[...] J’ai reçu votre lettre, vos poissons. Comme tout à coup tout a changé pour nous. C’est si abrupt. Des habitudes si étrangères à nos habitudes. Des sujets de conversation se différents. Au lieu de politique vous m’envoyez des carpes. 
Voir la lettre

La correspondance s’arrête le 29 juillet et reprend du 17 Août au 4 novembre 1838. Guizot est membre d’un jury, et cela se révèle un très bon prétexte pour quitter quelques jours le Val-Richer et sa famille pour retrouver Dorothée à Paris. (Voir les lettres)

Un des évènements de cette période qui a marqué Guizot et qui occupe la correspondance de l'automne 1838, est la maladie et la mort de la duchesse de Broglie. La santé de la duchesse se dégrade à partir du 13 septembre 1837. (Voir la lettre) Dans la lettre du Dimanche 23 septembre 1838, à 6 heures, Guizot en fait le récit. Dans la même lettre, à 9 heures et demie, il annonce à Dorothée la mort de la duchesse. 

Je ne veux pas que vous soyez malade. J’ai peur que la pauvre Duchesse de Broglie ne le soit beaucoup, beaucoup. Les spasmes se sont emparés d’elle. C’est son mal habituel même en santé. Elle a toujours passé la nuit à rêver, à s’agiter, assiégée par le cauchemar, et plus fatiguée, en se réveillant qu’en se couchant. Il parait qu’elle est dans un état nerveux déplorable. Le mal violent est venu à la suite d’une imprudence qu’elle a faite, il y a quinze jours se croyant débarrassée d’une petite fièvre de rhume. 
[...]
9 h. 1/2
Elle est morte. Je viens de recevoir un mot de son mari. Je pars pour Broglie dans deux heures. Adieu. Adieu. G.
Voir la lettre 

François Guizot va soutenir son ami et sa famille à Broglie à la suite du décès de la duchesse. Guizot tient dans ses Mémoires à mentionner le décès de son amie cette année-là : 
Je me suis acquitté, si jamais on s'acquitte, envers les morts de ce temps qui ont tenu ; dans ma vie, une place très diverse et très inégale. Il ne me reste qu'à marquer ici la triste date de la mort d'une personne dont pendant près de vingt ans, l'amitié m'a été parfaitement douce dans les jours heureux et plus douce encore dans les jours de douleur. La duchesse de Broglie mourut d'une fièvre cérébrale, le 22 septembre 1838 : l'une des plus nobles, des plus rares et des plus charmantes créatures que j'aie vu apparaître en ce monde, et de qui je ne dirai que ce que Saint-Simon dit du duc de Brougogne en déplorant sa perte : " Plaise à la miséricorde de Dieu que je la voie éternellement où sa bonté sans doute l'a mise !"
Mémoires [...], Tome quatrième, pp. 259-260

La mort de son amie, provoque en Guizot une fois encore des réflexions sur la mort, sur le processus du deuil. Il exprime ses ressources et ses tratégies face à cette épreuve. Ces réflexions s'inscrivent dans leurs échanges autour du deuil, de la perte. Voir les mots-clés : Deuil, Décès, Discours du for intérieur, Discours autobiographique

Lors de ses séjours au Val-Richer en dehors des sessions parlementaires, Dorothée lui communique des éléments de la réception de la politique menée par Molé le président du conseil de 1836 à 1839. (Voir par exemple les lettres.) Si Guizot est membre du gouvernement Molé de 1836, il ne fait parti du deuxième gouvernement Molé en 1837. ( Voir la collection 1837-1839 : Vacances gouvernementales) Il suit les difficultés de Molé face aux actions de Thiers et ses mouvements de séduction envers les Doctrinaires. Dans le quatrième tome de ses Mémoires, Guizot consacre le chapitre XXIV à ses rapports avec Molé de 1836 à 1837 et l'intitule " Mon alliance et ma rupture avec M. Molé. " (Voir Mémoires [...], Tome quatrième, pp. 167-228).
Lorsque Guizot aborde la session de 1837-1838, et celle de 1838-1839, il souligne le caractère délicat de la situation de Molé avec le gouvernement formé en avril 1837, auquel Guizot a refusé de participer. (Voir Mémoires [...], Tome quatrième, pp. 259). Les questions de politiques intérieures et extérieures de cette période sont recensées et analysées dans le chapitre XXV, intitulé "La coalition(1837-1839)" ( Voir Mémoires [...], Tome quatrième, pp. 259-268). Guizot décrit son attitude pendant cette période :
[...]A travers tous ces incidents intérieurs ou extérieurs, et pendant presque toute la durée du cabinet de M. Molé, je restai dans une attitude tranquille, libre dans mon langage, mais étranger à toute hostilité active ou déguisée. Dans plusieurs occasions, entre autres sur l'intervention en Espagne, sur l'emprunt grec, je pris la parole pour appuyer la politique et les demandes du cabinet, soit parce qu'elles se rattachaient aux actes de l'administration précédente, soit parce que je les trouvais conformes au droit public et aux intérêts du pays. Deux fois seulement , je fus amené, dans les débats de la Chambre des députés, à marquer fortement mon opinion et ma position personnelle, sans attaquer le cabinet, mais sans me préoccuper du déplaisir qu'il en pouvait ressentir.
Mémoires [...], T. IV, pp. 269-270.

Guizot montre comment la dissolution de la Chambre voulue par Molé en 1837 et les élections qui l'ont suivie lui ont rendu la tâche encore plus compliquée. D'autant plus que selon Guizot, elle n'était pas nécessaire. 
[...] C'était évidemment dans le seul intérêt de son amour-propre et de son repos que M. Molé désirait la dissolution. Le Roi y consentit, non sans quelque regret. Les élections se firent, non comme une lutte publique des grands opinions et des grands partis du pays, mais comme une mêlée confuse de candidats appuyés ou repoussés par l'administration, selon qu'ils lui étaient présumés favorables ou contraires. [...] De ces élections ainsi faites sans principes certains et sans drapeaux déployé sortit une chambre désorganisée, étrangère aux engagements fermes et publics.[...]. Quand la session fut ouverte, les conséquences de cet état des partis et des esprits ne tardèrent pas à se manifester.
Mémoires [...], T. IV, pp. 280-281.

(Voir la question de la dissolution dans les lettres de 1837)
Les dernières pages de ce chapitre, sont éclairantes pour comprendre ses échanges politiques avec Dorothée de 1838. Guizot revient sur les sessions de 1837-1838 et de 1838-1839 et en soulignant les succès du cabinet mais surtout ses échecs, mis en évidence par les deux dissolutions de la Chambre en deux ans.
Voir Mémoires [...], T. IV, pp. 282-294. 

Quant à Dorohée, elle poursuit son installation à Paris, séparée de son mari, en luttant toujours pour la négociation de ses nouvelles conditions d'existence : financières et sentimentales. ( Voir la description de la collection 1837 : Guizot en retrait du gouvernement. Dorothée se sépare de son mari) Des tensions apparaissent entre François et Dorothée en septembre et octobre 1838. Il lui écrit le 30 octobre 1838 :
Vous me reprochez de croire que j’ai toujours raison, et je vous ai dit hier qu'envers vous j'étais infaillible. N’avais-je pas bien pressenti et bien répondu ? Tant mieux, si je ne sais pas combien vous m'aimez. Vous me l'apprendrez, en novembre malgré votre incrédulité. L'incrédulité est de l'impiété. Sur ce, Adieu, le meilleur des adieux. Le dernier vaudra encore mieux, car après le dernier viendra le premier, le premier depuis bien longtemps ! Adieu. Je vous disais des bêtises. G.
Voir la lettre

Les lettres sont identifiées avec le mot-clé " Relation François-Dorothée (Dispute)" Voir les lettres

Les documents de la collection

221 notices dans cette collection

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Les 10 premiers documents de la collection :



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Fiche descriptive de la collection

Auteur
  • Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
  • Guizot, François (1787-1874)
Mots-clés
  • Absence
  • Amour
  • Autoportrait
  • Conditions matérielles de la correspondance
  • Deuil
  • Diplomatie
  • Discours autobiographique
  • Discours du for intérieur
  • Femme (mariage)
  • Femme (statut social)
  • Finances (Dorothée)
  • Géographie
  • Géologie
  • Histoire
  • Interculturalisme
  • Politique
  • Politique (France)
  • Relation François-Dorothée
  • Relation François-Dorothée (Dispute)
  • Vie familiale (Dorothée)
  • Vie familiale (François)
GenreCorrespondance
LangueFrançais

CouvertureParis (France)
Mentions légalesMarie Dupond & Association François Guizot, projet EMAN (Thalim, CNRS-ENS-Sorbonne nouvelle). Licence Creative Commons Attribution – Partage à l'Identique 3.0.
Collection créée par Marie Dupond Collection créée le 28/03/2019 Dernière modification le 16/11/2022