Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle

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Auteurs : Humboldt, Alexander von (1769-1859)

Auteurs : Humboldt, Alexander von (1769-1859)

Auteurs : Humboldt, Alexander von (1769-1859)

Auteurs : Humboldt, Alexander von (1769-1859)

Auteurs : Humboldt, Alexander von (1769-1859)

Auteurs : Humboldt, Alexander von (1769-1859)

Auteurs : Humboldt, Alexander von (1769-1859)

Auteurs : Humboldt, Alexander von (1769-1859)

Auteurs : Humboldt, Alexander von (1769-1859)

Auteurs : Villemain, Abel-François (1790-1870)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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N°137 Vendredi soir 21, 9 heures

Notre promenade a duré près de six heures, plus de deux heures en voiture, et de trois à pied. Nous avons été de vallée en colline et de colline en vallée, la mer à l’horizon, sous un beau soleil, au milieu d’un beau pays bien boisé, bien cultivé, toujours en présence d’une nature très riante et d’une civilisation très active. Mais sous nos pieds la nature la plus sale et la civilisation la plus grossière qui se puissent imaginer ; des chemins abominables, ou pas de chemin du tout, ce qui valait mieux. Pourtant vous êtes venue là, vous ne m’avez pas quitté ? Quand j’ai vu cette boue, ces trous, ces pierres, je n’ai pas souffert que vos pieds y touchassent ; je vous ai prise dans mes bras, je vous ai portée. Vous étiez bien près de moi, toute appuyée sur moi, les yeux tournés vers moi quelque fois les retournant pour regarder le paysage, puis me les rendant doux et heureux.
Nous avons cheminé, ainsi très agréablement. Mes compagnons, qui n’avaient pas le cœur aussi joyeux, ne marchaient pas aussi légèrement que moi ; ils tâtonnaient, bronchaient. M. Rossi est tombé, Mad. de Meulan est tombée. Ils sont là bas, dans le salon à jouer aux échecs. Moi, j’ai joué une partie de trictrac avec M. Duvergier de Hauranne et je vous reviens, car vous ne jouez pas au trictrac. Je vous répète que Lady Granville a raison, et que M. de Lieven a reçu permission ou plutôt ordre de vous écrire. Pour combien de temps, combien de fois ? Je n’en sais rien.
Avez-vous lu les romans d’Anne Radcliff, les statues immobiles, inanimées, qui sont sur votre chemin et vous empêchent absolument de passer ? Tout à coup vous découvrez un bouton, vous le pressez, la statue se meut, vous ouvre le chemin vous transporte même et vous sert. Il y a un bouton à presser. Vous le savez.
Que signifie, cette arrivée à Weimar des Grandes Duchesses aînées ? Est-ce qu’il y a un ou deux mariages arrangés, à Munich ou ailleurs ? On me disait ces jours-ci que le Prince royal de Bavière était marié en secret, qu’il se défendait par là contre tout ce qu’on voulait faire de lui. Y a-t-il quelque chose de vrai ? Je suis charmé que Marie soit partie. Le conseil de vos amies est bon. Cette manière envers vous n’est pas tenable. Si elle en peut changer, il faut qu’elle en change. Si elle ne peut pas, à plus forte raison. J’ai une vraie pitié de cette jeune fille. Si elle eût eu de l’esprit, et le cœur à la fois un peu vif et sensé, elle se fût si bien trouvée de vous et près de vous ! Elle se fût trouvée trop bien. Quand vous l’auriez mariée, il lui aurait fallu descendre. Décidément sa position est triste. Ce qu’elle aurait de mieux à faire, ce serait de retourner dans son pays, d’épouser un bon gros gentilhomme Allemand et de ne plus penser à tout ce qu’elle a vu et entendu sous votre toit.
Je n’avais plus pensé que les Holland étaient à Paris. Parlez- leur de moi, je vous prie. Lady Holland a été très bonne pour moi. Dites-lui que je regrette beaucoup de ne pas la voir et que je la prie de me garder, malgré cela ses bontés. Partent-ils, bientôt ? Vous m’avez dit que vous m’enverriez une lettre de Lady Clanricarde. Que devient M. Ellice ? Est-il vrai, comme je le vois dans les journaux, que Lord Durham ait déclaré qu’il resterait au Canada. J’ai peine à me figurer que je ne reverrai pas Lady Elisabeth Harcourt. Il faut que je redescende. La partie d’échec doit être finie.

Samedi 7 heures et demie
J’ai ici un petit jeune homme de 16 ou 17 ans du midi, un peu de mes parents, qui achève ses études au Collège Louis le Grand et que j’ai fait venir pour ses vacances. Henriette l’a pris sous sa protection. Hier deux heures avant que nous ne montassions en voiture pour notre promenade, elle est venue me dire tout bas : " Mon père, j’ai engagé Favié à aller à la promenade avec vous. Il dit que cela lui fera plaisir. " Je lui ai représenté qu’il fallait songer au plaisir de tout le monde, que Favié était un enfant dont la société amuserait peu les grandes personnes pour qui la promenade, se ferait qu’elle avait eu tort de l’engager sans m’en parler et Favié n’est pas venue. Mais je l’ai embrassée de bon cœur. J’aime des créatures qui s’occupent des autres et ne craignent pas d’agir par elles-mêmes, de prendre sous leur responsabilité pour obliger ou faire plaisir. Henriette sera une maîtresse de maison très attentive et très aimable et très décidée. Du reste, elle m’a fort bien compris.

10 heures
Pour Dieu, ne soyez pas malade. La lettre de ce matin me laisse tout à fait triste. Voici un triste bulletin de Mad de Broglie : " L’Etat ne s’est point amélioré. La journée d’hier avait été moins agitée ; mais la nuit l’a été davantage. La fièvre est forte. Les médecins ne voient point de nouveaux symptômes ; mais ceux qui s’étaient déjà montrés ne cèdent point. Onze heures. Le calme se rétablit." Adieu. Adieu. Soignez-vous. Il faut que je mette une enveloppe sous l’enveloppe. On ne fait plus que du papier transparent. Je ne crois pas que le principe de la publicité doit aller jusque là. G.

Auteurs : Rossi, Pellegrino (1787-1848)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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119 Val Richer, Dimanche 14 Oct. 1855

Le long rapport du Prince Gortschakoff ne m’a rien appris de nouveau évidemment vous avez fait des pertes, énormes. Je n'y trouve pas la moindre indication d'aucun plan de campagne, ni d'aucun projet futur. Le voyage de l'Empereur aura sans doute reglé les résolutions à cet égard. Il me paraît clair que la défense de Nicolajeff est maintenant votre grande préoccupation. Je n’ai aucune idée des difficultés, ni des moyens de l’attaque ; mais si la guerre continue, comme je n'en doute pas, il est bien probable que Nicolajeff tombera comme Sébastopol.
La petite affaire de cavalerie anglaise du côté de Kertsch n’a pas été heureuse. Là comme ailleurs, ils n’ont pas su combiner leurs mouvements, ni se garder.
Avez-vous remarqué le discours du Maire de Liverpool dans le banquet donné du duc de Cambridge, et son compliment à la Reine Victoria pour la visite qu’elle a fait au tombeau de Napoléon ? Quand les intérêts présents sont prenants, combien le passé s'éloigne vite ! Il faut deux conditions pour rendre acceptables les concessions faites à la politique aux dépens de la dignité. 1° Quelles soient indispensables ; 2° Qu’on y gagne plus en sécurité matérielle qu’on n’y perd en force morale. On croit souvent trop aisément que ces deux conditions se rencontrent. Je ne connais pas beaucoup d'exemples de gouvernement qui se soient réellement compromis par trop de soin de leur honneur. On l'oublie bien plus pour se débarrasser de la peur que pour échapper à un vrai danger.
Qu’est-ce qu’un comte Van der Straten Pouthoz, ministre de Belgique à Madrid ? Je croyais que c'était le Van der Straten que je connais et qui est souvent venu chez moi ; mais il faut que c’en soit un autre, car il m’écrit pour m'envoyer un ouvrage de lui, et il me dit que je ne le connais pas. Soyez assez bonne, je vous prie pour me tirer cela au clair, afin que je sache à qui je réponds quand je répondrai.

Onze heures
Merci de votre lettre intéressante, au milieu de votre précipitation. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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113 Val Richer. Lundi 8 octobre 1855

On fait tout ce qu’on peut à Paris et à Londres, pour consoler le général Simpson des injures du Times. Je suis frappé de l'article du Morning Post qui dit qu’il est autorisé à mettre une partie de ses troupes, à la disposition du Maréchal Pélissier, sous les ordres duquel le général La Marmona s'est déjà mis. Si c’est vrai, c’est un grand pas. Les luttes entre le bon sens et l’orgueil anglais sont amusantes à voir ; on les rencontre à chaque pas dans leur histoire. Au premier moment, c’est toujours l'orgueil au dernier, c’est le bon sens qui l'emporte.
La guerre continuant, je m'attends à apprendre de grandes attaques contre vous à Odessa et à Nicolajeff. Les besoins de la faim et les habitudes de la civilisation protégent encore Odessa. Je ne sais pas bien quelles sont les difficultés d’une attaque autre Nicolajeff ; mais il me semble impossible qu'ayant détruit votre port dans la Mer Noire, on vous laisse votre chantier.
La petite histoire de votre ministre au dîner du Roi de Portugal est drôle.
Connaissiez vous ce M. d'Anaroff qui vient de mourir ? Il m’a écrit trois au quatre fois, comme ministre de l’instruction publique, et une fois, privately, une lettre assez spirituelle, sur l'Etat comparatif des études historiques, en France et en Russie, exempte, à coup sûr de tout préjugé national.
Vous m'avez dit, je crois, que Lord Lyndhurst passerai l'hiver à Paris. Je serai bien aise de le voir. Je lui dirai sans me gêner, ce que je pense de sa campagne de politique étrangère. A l’âge et avec l’esprit et l’expérience de Lord Lyndhurst, on devrait se donner le plaisir de ne parler que raison et de dire la vérité à tout le monde. La vieillesse est bonne à cela, et pour elle, la considération est à ce prix.
Votre lettre de 1799 m’a amusé. Vous vous trouverez quelqu’un à qui faire aujourd’hui. l'aumône qu’on vous demandait alors.
Onze heures
Vous avez raison sur d'Haubersaert. Il a de quoi faire rire. Mais il est très honnête, spirituel, courageux et fidèle. Je passe beaucoup à ces qualités là. Adieu, adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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45 Val Richer, Vendredi 13 Juillet 1855

Le Dr Pantaleone est le premier médecin de Rome, celui qu'Andral recom mande à ses chiens qui vont en Italie ; homme d’esprit en effet, à ce que disent mes enfants qui l’ont vu souvent ; libéral, empris sonné dans la réaction après le siège, mais bientôt mis en liberté parce que la plupart des cardinaux ne peuvent se passer de lui. Très Français d’idées et de goût. Je crois vrai ce qu’il vous a dit de l'état du Pape, à Rome. Le Pape et le Sultan ne se soutiennent plus que par les armées étran gères. Les affaires du Pape peuvent encore s’arranger ; mais pour celles du Sultan, c’est fini de son indépendance. Je ne me lasse pas d'admirer la sottise et le néant de ce qui se fait. On vient de se battre, ou l’on se bat probablement à l'heure qu’il est. Dieu veuille que ce soit avec un résultat. Je doute que ce résultat soit la paix ; mais il fera au moins faire un pas aux événements. Je ne connais rien de plus triste que cette boucherie prolongée et sterile.
La proclamation du Prince Gortschakoff après le 15 est vantarde, beaucoup moins convenable que celle du général Pélissier. Le succès inspire souvent moins bien que le revers. Peut-être est-ce ainsi qu’il faut parler aux Russes ; mais l’Europe lit tout.
La manière de Hübner ne m'étonne pas. C’est toujours le même rôle. Faine à Vienne de la neutralité et à Paris de la bonne grace. Ne point se donner et ne se brouiller à aucun prix. Cela a réussi jusqu'à présent, et je ne vois pas pourquoi, cela ne réussirait pas jusqu'au bat. Ni à Londres, ni à Paris, on n'est en mesure non plus de se brouiller. Il faudrait des succès immenses pour qu’on court cette chance là, et alors l’Autriche ne la couvrait pas. Avec vous surtout, Hübner sera toujours très occidental.
Je trouve que le Roi de Naples l'est bien peu pour un Prince si exposé et si timide. Interdire l'exportation de toutes les denrées quand c'est l’Angleterre et la France seule qui peuvent les acheter ce n’est pas même de la neutralité.
Pourquoi, Antonini a-t-il empêché Serra Capriola de passer par Paris comme il le projetait ?
Honneur à part, les mouvements de Lord John sont trop brusques ; on ne devient pas tour à tour du jour au lendemain, le ministre de la guerre et la paix. Il y a de l'influence et de l'impatience de femme là dedans. Quand les Anglais se laissent prendre par les femmes, légitimes, ou illégitimes, ils sont plus pris que personne. Je ne connais pas grand chose de plus honteux que Lord Nelson à Naples sous le joug de Lady Hamilton. Lady John ne fera rien faire de semblable à son mari, mais beaucoup de pauvretés, probablement inutiles. J’en suis fâché, car elle me plaît, et lui aussi Je ne me préoccupe guère des désordres de Londres. Nos journaux sont des badauds de voir là une grande lutte de l’aristocratie et de la démocratie déjà ceux de Londres Torys, Whigs, ou radicaux, prêchent contre les émentiers.

Onze heures
Je n’ai rien à ajouter qu'adieu, et adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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7 Val Richer, Jeudi 24 Mai 1855

Je reviens à Andral. Il faut le voir toutes les fois qu’il survient, dans votre santé quelque chose de nouveau. Cette enflure de la bouche et du palais indique ordinairement quelque irritation d'estomac. Un régime spécial vous soulagerait. L’avis d’Andral et la surveillance quotidienne d'Olliffe doivent aller ensemble.
J’ai une lettre de Macaulay, toute littéraire et en compliments sur l'ouvrage de mon fils quelques mots seulement qui laissent entrevoir un assez grand dégoût de la politique et une grande incertitude dans la prévoyance de l'avenir. Les chances de la campagne qui va s'ouvrir me touchent infiniment pour les braves soldats qui ont à les subir très peu dans l’intérêt de la paix. Elles ne l’amèneront en aucun cas. Si nous sommes vainqueurs, vous ne céderez point ; si vous êtes vainqueurs, nous ne céderons point. Nous ne pouvons nous faire réciproquement assez de mal pour que l’un ou l'autre parti soit forcé à la paix. Il n'y a point d’issue à la voie dans laquelle on s’est engagé. On vous demande une garantie matérielle que vous ne donnerez pas, et qu'à moins de prendre Sébastopol on ne se donnera pas soi-même. Il faut en revenir aux garanties diplomatiques aux engagements de votre part aux traités d'alliance entre les puissances occidentales contre vous, si vous manquez à vos engagements. Cela seul peut conduire à la paix. Plus j’y pense, plus la neutralité de la Turquie, acceptée par les uns et garantie par quatre, ou par trois, ou seulement par deux, me paraît la seule solution praticable et efficace, autant qu’il peut y avoir quelque chose d'efficace pour prolonger la vie d’un mourant incurable.
Je regrette que M. Gibson et ses amis n'aient pas un peu poussé les ministres pour leur faire dire, si leurs perspectives de paix étaient vraiment sérieuses. Ils n'auraient dû renoncer à la motion qu’en obtenant à cet égard, des paroles un peu signi ficatives. Onze heures Je suis encore bien plus fâché du retrait de la motion Gibson si c’est l'effet de la peur devant les journaux et les cabarets. Quelle pitié ! Adieu, Adieu. G.
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